Pour une écologie sociale et solidaire

Blog d'Aurélien BERNIER

posté le mercredi 15 juillet 2009

Home dans Là-bas si j'y suis


 

Ecoutez l'émission de Daniel Mermet et Renaud Lambert consacrée au film Home, dans laquelle j'interviens sur les compensations, la monnaie carbone et l'écologie antisociale.

 

http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1719

 

C’était beau, c’était très très beau, au début. Il y avait la nature, l’innocence, et puis, et puis, l’homme est arrivé et il a tout gâché.
C’est le thème du film de Yann Arthus-Bertrand, vu par 17 millions de personnes et diffusé dans le monde entier sur tous les supports.
Un film de propagande d’Etat, financé par François-Henri Pinault, PDG du groupe PPR (Pinault-Printemps-Redoute).
Retour sur un bel exemple d’éco-tartufferie (*).
Un reportage de Renaud Lambert
(*) le très a-propos néologisme imaginé par le journal "La décroissance"... à lire et à ce sujet, et bien d’autres
Liens :
-  La Décroissance
Le journal qui traque les écotartuffes depuis plus longtemps que nous.
-  Les éco-tartuffes
Un film de Sophie Divry, du journal "La Décroissance"

 

 


Commentaires

 

1. laurent delmal  le 30-08-2009 à 15:56:08

Bonjour M. Bernier,

Je vous remercie de vos analyses que je trouve très pertinentes. J'ai découvert celles-ci par le biais de l'émission radiophonique "Des sous et des hommes" de Pascale Fourier.

Je voudrais connaître votre position concernant l'actuel projet de taxe carbone du gouvernement de Nicolas Sarkozy. A l'instar des quotas individuels de GES, une telle taxe ne pénalisera-t-elle pas financièrement les ménages qui ont le moins de marges de manoeuvre pour modifier leurs comportements ?

2. Opale  le 09-10-2009 à 07:49:53  (site)

D'accord. +1:)

 
 
 
posté le lundi 22 juin 2009

II faut traiter en même temps les problèmes écologiques et sociaux

Interview parue dans l'Humanité dimanche du 28 mai au 3 juin 2009

 

 

 

 

 

«Le verdissement du capitalisme n'est que du discours», explique Aurélien Bernier, spécialiste des questions environnementales. S'appuyant sur l'exemple des «droits à polluer», il démontre comment le capitalisme s'est emparé de ces questions pour en faire un nouvel objet de spéculation.


HD. Est-ce que le marché des « droits à polluer » a permis de protéger l'environnement puisque c'était son but affiché?


Aurélien Bernier. Absolument pas. En Europe, par exemple, le lobbying des entreprises a entraîné une surdistribution de quotas. Conséquence, le cours de la tonne de carbone s'est effondré de 30 euros à moins de 1 euro. Ensuite, ce marché ne couvre pas tous les pays de la planète. Ni la Chine, ni l'Inde, ni le Brésil ne participent à cette Bourse au carbone. Donc, même si les quotas étaient rares donc chers, les entreprises peuvent continuer à implanter les industries polluantes dans ces pays à bas coûts de main d'œuvre. En réalité, ce système favorise les délocalisations et la désindustrialisation des pays occidentaux au nom de la protection de l'environnement. Cette solution du marché du carbone est la solution qu'ont trouvée les libéraux pour mettre en place de pseudo-mesures de protection de l'environnement sans ne rien toucher aux logiques libérales. Le résultat chiffré est clair : entre 1997 et 2007, les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont augmenté de 35 %. Le protocole de Kyoto avait fixé un objectif de réduction de 5% d'ici à 2012.

C'est en particulier en Chine et en Inde que ces émissions explosent. Parce que leurs marchés se développent mais surtout en raison des délocalisations des industries polluantes produisant des biens qui sont ensuite exportés dans les pays occidentaux. Le transport rajoutant encore à la pollution. Au total, cela représente 20 % des émissions de gaz à effet de serre.


HD. On pourrait objecter que c'est parce que ce marché n'est pas assez développé, pas assez mondialisé que cela ne marche pas.

A. B. Si les pays émergents comme la Chine ou l'Inde refusent toute contrainte environnementale ou sociale, c'est parce que dans le cadre du marché néolibéral, ils considèrent que ce sont des avantages comparatifs par rapport aux pays occidentaux. Étendre le marché du carbone ne sert pas à grand-chose car les contraintes dans ce cadre sont légères puisqu'elles dépendent des quotas. En réalité, cela ne servirait qu'à étendre un marché spéculatif du droit à polluer. Ils sont en train de reproduire quasiment à l'identique le système du marché du crédit immobilier qui nous a précipités dans la crise. Titrisation de produits à risques, création de produits financiers dérivés, tous les ingrédients sont là pour une prochaine crise, dont le déclencheur serait le marché du carbone. Un marché spéculatif est incontrôlable, instable, imprévisible, on ne peut pas réfléchir sur du long terme.


HD. Donc, pour vous, l'expression capitalisme vert n'a pas de sens ?

A. B. Cette expression a du sens: elle prouve que ce système capitaliste tente de tout récupérer, de tout intégrer à sa logique du profit. Le verdissement du capitalisme n'est

que du discours qui n'a pas de sens dans les actes. La solution pour régler le problème

des gaz à effet de serre serait de remettre en question le système du libre-échange. Notamment en mettant en place une taxe qui permette de réintroduire dans le prix des échanges les coûts sociaux et environnementaux.

C'est le moyen de casser cette spirale des délocalisations. Il faut sortir du système du libre-échange et créer un système d'échanges équitables dans lesquels les coûts sociaux

et environnementaux sont intégrés. Ce marché des droits à polluer prouve qu'il faut répondre à la problématique environnementale en même temps qu'à la problématique sociale car les deux ont la même cause : le capitalisme. Malheureusement, le discours d'une majorité des organisations écologistes se limite à de l'environnementaliste et renvoie à une simple responsabilité individuelle sans aborder les questions de la responsabilité du capitalisme.


entretien réalisé par st. S.


(1) « Le climat, otage de la finance - ou comment le marché boursicote avec les "droits à polluer ». Éditions Mille et Une Nuits. 2008. Dernier ouvrage paru.- « Non au capitalisme vert », ouvrage collectif. Éditions Parangon. Aurélien Bernier est responsable national du Mouvement politique d'éducation populaire (M'PEP). Il a travaillé pendant dix ans pour l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME).

 

 

 


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posté le lundi 22 juin 2009

L'Union européenne, Docteur Jeckyl et Mister Hyde de l'écologie

Article paru dans le numéro 11 de Sarkophage (mai 2009)

http://www.lesarkophage.com/

 

 

Par Michèle DESSENNE (1) et Aurélien BERNIER (2).


  1. Porte-parole du M'PEP (www.m-pep.org)

  2. Secrétaire national du M'PEP en charge des questions environnementales, auteur du livre « Le climat, otage de la finance », 2008, éd. Mille-et-une-nuits, co-auteur du livre « En finir avec l'euro-libéralisme », 2008, éd. Mille-et-une-nuits.


A l'image du fameux personnage de fiction, l'Union européenne possède deux visage, deux personnalités diamétralement opposées. L'une, celle de tribunes, des déclarations officielles, des sommets internationaux, semble plus verte que Nicolas Hulot et Al Gore réunis. Elle vante une croissance respectueuse des écosystèmes, veut produire des énergies propres, et presse les Etats de la planète de réduire sans attendre leurs émissions de gaz à effet de serre. Mais, lorsqu'il s'agit d'adopter de véritables orientations politiques, Mister Hyde s'éveille et prend possession des dirigeants bruxellois. Les belles formules se transforment alors en libéralisme débridé, qui n'admet l'écologie qu'à la condition qu'elle soit source de profits et qu'elle ne vienne jamais remettre en cause l'ordre économique mondial.


Longtemps, des écologistes ont soutenu que la construction européenne avait permis de mieux protéger l'environnement, en tirant vers le haut les pays les plus laxistes. Ce qui est une énorme erreur d'analyse, pour ne pas dire un contre-sens. L'action de l'Union en matière d'écologie est tout à fait perverse. Elle peut se décomposer en trois catégories. D'une part, les mesures symboliques, écolo-éducatives, directement issues de la logique « développement durable » : souvent culpabilisante pour le citoyen, épargnant volontairement les entreprises, ou renvoyant le consommateur à la lecture des étiquettes au dos des produits. Nous pouvons y ranger les innombrables manifestations « grand public » (journée sans ma voiture, semaine ou quinzaine du développement durable, journées du soleil...) ou encore les éco-labels sur les produits de consommation.


Dans une deuxième catégorie, figurent des législations qui pouvaient sembler prometteuses au départ, mais qui furent consciencieusement rabotées par les lobbies. L'un des exemples les plus éclairants reste le règlement REACH, qui a vu les industriels de la chimie corriger la copie de l'Union européenne sans que cette dernière n'y trouve à redire. Ainsi, malgré les revendications des associations, certaines substances cancérigènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction n'ont pas été interdites par REACH au motif discutable que les industriels n'auraient pas eu de solution immédiate pour les remplacer. Alors que le Parlement européen proposait de rendre obligatoire le remplacement des produits chimiques dangereux par des alternatives plus saines à chaque fois qu'il était possible de le faire, cette disposition essentielle est supprimée fin 2005 par le Conseil. Le texte adopté sera tout à fait inoffensif pour les grandes entreprises, qui ont pourtant l'audace de réclamer de l'argent aux pouvoirs publics pour le mettre en application1.


Enfin, la dernière catégorie comprendrait les « bonnes » mesures que l'Union impose aux Etats, comme la directive dite « nitrate » ou les objectifs de production d'énergies renouvelables figurant dans le plan énergie-climat (20% de la consommation d'ici 2020). De bonnes décisions dans l'absolu, mais totalement hypocrites dans la pratique. Il est en effet facile d'imposer des obligations de résultats aux Etats membres en plaçant le curseur à tel ou tel niveau. Mais il est tout à fait scandaleux de mener dans le même temps des politiques qui vont dans le sens exactement inverse. Ainsi, l'Union européenne établit des niveaux de qualité des eaux à respecter par chaque pays, mais utilise la quasi-totalité des ressources de la Politique agricole commune pour développer une agriculture intensive qui détruit les écosystèmes et ruine les paysans. Elle veut réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais organise le démantèlement des services publics de l'énergie pour offrir la production et la distribution à des sociétés privés obnubilées par la recherche de rendement financier. Elle confie aux Etats le soin de garantir la coexistence des différents systèmes agricoles, mais elle autorise sans hésiter chaque variété de plante transgénique qui fait l'objet d'une demande de commercialisation.


La vérité est que la construction européenne qui nous est imposée est un désastre pour l'environnement. A l'image des entreprises, l'Europe a placé le terme « développement durable » à toutes les pages de ses textes officiels, mais elle persévère bel et bien dans le libre-échange, la concurrence économique acharnée et la destruction des acquis sociaux. Les deux directives qui encadrent la commande publique en Europe font bien-sûr référence au développement durable. Mais, quelques lignes plus loin, elles imposent de se soumettre à la libre-concurrence et de conserver le prix comme principal critère de choix. Ainsi, une collectivité pourra s'approvisionner en produits biologiques pour la restauration, mais il est hors de question qu'elle puisse privilégier les circuits courts qui génèrent pourtant nettement moins de pollution. Des aliments biologiques produits industriellement et transportés en camion sur des milliers de kilomètres resteront en concurrence « libre et non faussée » avec des productions locales de qualité. Avec un levier économique énorme ― les marchés publics représentent environ 15% du PIB européen ― l'occasion était pourtant belle de provoquer un changement radical d'un point de vue écologique, mais aussi social. Malheureusement, les directives sont on ne peut plus claires : les actions en faveur du développement durable ne seront acceptées que dans le cadre étroit de la non-discrimination commerciale.


Seuls les grands naïfs peuvent encore croire que les choses s'amélioreront avec le temps. Car les dernières oeuvres de Bruxelles en la matière laissent sans voix : adoption en 2001 d'une directive autorisant la dissémination des plantes transgéniques contre l'avis d'environ 80% des citoyens ; mise en place dès 2005 d'un marché de droits à polluer permettant de spéculer sur le cours de la tonne de gaz à effet de serre ; révision récente du règlement de l'agriculture biologique pour tolérer la présence de 0,9% d'organismes génétiquement modifiés ; alignement des limites maximales pour les résidus de pesticides dans les fruits et légumes sur les dispositions des Etats les plus laxistes ; choix de développer les agro-carburants ou le captage-stockage du dioxyde de carbone... La liste est longue.


Mais le masque de l'Union est peut-être définitivement tombé avec la crise financière. L'Allemagne, pays « vert » par excellence dans l'imaginaire collectif, fut le premier à avouer qu'il préférait sauver la compétitivité de ses entreprises plutôt que réduire son empreinte écologique. Dès fin septembre 2008, Angela Merkel annonçait qu'elle ne cautionnerait pas « la destruction d’emplois allemands du fait d’une politique inappropriée sur le climat ». Immédiatement suivie par l'Italie et les pays de l'Est, elle a obtenu sans peine un plan énergie-climat sans la moindre contrainte pour l'économie.


Cette situation pose un problème politique majeur. Puisque chaque texte qui sort d'un Parlement national, chaque décret ou arrêté se doit absolument d'être euro-compatible, la conclusion est limpide. Un véritable gouvernement de gauche arrivant au pouvoir dans un Etat membre n'aura d'autre solution que de pratiquer la désobéissance européenne pour mettre en oeuvre ses engagements. Il faudra dénoncer la directive 2001/18 et le règlement 1829/2003 pour interdire les OGM dans les champs et dans l'alimentation. Il faudra dénoncer la directive 2003/87 instaurant le système de Bourse du carbone pour démanteler le marché des droits à polluer et mener des politique de lutte contre le changement climatique sérieuses. Il faudra refuser d'abonder le budget de la Politique agricole commune tant que celle-ci financera une agriculture intensive détruisant la paysannerie et les écosystèmes. Il faudra dénoncer les deux directives sur les marchés publics afin d'imposer la prise en compte de critères sociaux et environnementaux au lieu de se soumettre à la libre-concurrence, plus que jamais synonyme de dumping.


En matière d'environnement comme en matière de social, il faudra oser dire « non », au quotidien, chaque fois qu'une mesure progressiste se heurtera aux tables de loi de l'euro-libéralisme. Une fois ces actes de désobéissance accomplis, il restera à poser une question encore malheureusement taboue. Si cette Europe-là a vocation à empêcher toute mesure de gauche, pourquoi rester dans l'Union? Ne serons-nous pas condamnés à quitter cette construction politique déplorable à tous points de vue pour créer l'Europe que nous voulons?

 

1« Reach: l’industrie chimique demande un soutien financier », Journal de l'environnement, 11/02/2009. http://www.journaldelenvironnement.net

 


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posté le lundi 25 mai 2009

Dissoudre la Gauche ou prôner la désobéissance européenne

Interview réalisée par Pascale Fourier, à écouter sur le site "J'ai du louper un épisode" :

 

http://j-ai-du-louper-un-episode.hautetfort.com/archive/2009/05/25/aurelien-bernier-dissoudre-la-gauche-ou-proner-la-desobeissa.html

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis quelque temps, le M'PEP, le Mouvement Politique d'Éducation Populaire développe un nouveau concept, la « la désobéissance européenne ». Qu'est-ce?...


La désobéissance européenne, une nécessité


Aurélien Bernier : Ce concept de désobéissance européenne, il faut d'abord le resituer par rapport à une analyse sur la construction européenne. Au M'PEP, on dit clairement que la construction européenne est faite pour empêcher toute politique de gauche. On le voit bien au quotidien avec les directives sur les services publics, sur le temps de travail, les directives sur les OGM:on a un carcan libéral qui a enfermé les Etats et qui aujourd'hui les empêche de mener une autre politique que l'ultra- libéralisme, « l'eurolibéralisme » comme on peut dire pour qualifier ce libéralisme à l'européenne. Et donc si on veut mettre en œuvre une véritable politique de gauche, il va falloir s'affranchir du cadre législatif européen et donc pratiquer ce qu'on a appelé la « désobéissance européenne ».


Désobéissance européenne et désobéissance civile


Pourquoi la désobéissance européenne? Pourquoi ce terme ? Parce qu'il renvoie, bien sûr, à la notion de désobéissance civile, qui elle-même renvoie à des personnages comme Gandhi, comme Martin Luther King, qui renvoie plus récemment à une toute autre échelle aux gens qui s'opposent aux OGM et qui transgressent la loi, puisqu'il va falloir transgresser la loi, les lois européennes, pour mettre en œuvre une politique de gauche.


Il y a des points communs avec la désobéissance civile et il y a des points de divergence. Je crois que le point commun, c'est de faire bouger les lignes, et de faire bouger les lignes dans le cadre d'un débat public. On ne peut plus supporter ce libéralisme qui s'impose aux Etats, y compris à des Etats qui voudraient mener des politiques de gauche. Il faut le dire, il faut dire pourquoi on est prêt à désobéir. En même temps, il y a une légitimité profonde puisque la notion d'obéissance suppose accepter des ordres, accepter d'aller dans une direction, mais accepter en connaissance de cause parce qu'on sait que ça va dans le bon sens. On sait que ça profite à l'intérêt général. Et obéir, c'est totalement différent de se soumettre. Parce qu'à partir du moment où les ordres, le mouvement qu'on doit suivre ne va plus dans le sens de l'intérêt général, on n'est plus dans l'obéissance, on est dans la soumission.


Mais la principale différence avec la désobéissance civile, c'est que la désobéissance civile met en cause la force contraignante de la loi, alors que la désobéissance européenne remettrait en cause la hiérarchie des lois : il s'agit de refuser que le droit européen s'impose et impose des politiques libérales aux Etats. Mais bien sûr on reste dans un système républicain où la loi nationale conserve toute sa valeur !



Pascale Fourier : Tout à l'heure, vous disiez que la construction européenne était faite pour empêcher toute politique de gauche. On pourrait vous dire : « Mais non, il suffit juste d'attendre que tous les pays européens ou une majorité de pays européens soient gouvernés par des gouvernements de gauche, et à ce moment-là il n'y a plus besoin de désobéissance européenne... Par nature, on arrivera à une construction sociale chère aux socialistes par exemple ! » . Non ?


L'urgente nécessité d'agir...


Aurélien Bernier : Ca, dans l'absolu, on peut toujours imaginer que ce soit possible... On peut rêver une Europe qui soit complètement différente... On peut rêver de gouvernements qui soient tous de gauche et qui soient tous d'une vraie gauche, pas de la social-démocratie qui s'accommode très bien du système... Mais le fait est que ce n'est pas le cas. Et qu'on ne peut que constater que, depuis des années, des décennies, on construit une Europe de plus en plus libérale, avec des directives de privatisations, avec la directive Bolkenstein, avec des directives qui mettent en place le marché du carbone qui empêchent toute fiscalité écologique. Voilà véritablement le sens de la marche.


Et donc la question, c'est de savoir jusqu'à quand on peut tolérer ça. Est-on prêt effectivement à attendre que nos rêves se réalisent, parce qu'on rêve tous évidemment d'une Europe solidaire et démocratique où les peuples pourraient s'exprimer et où la politique européenne serait représentative du souhait des peuples ! Mais s'il faut attendre 20, 30, 50 ou 100 ans que cette situation-là se présente, entre-temps, on aura continué à détruire le social, à détruire l'environnement, à détruire les solidarités. Je crois qu'aujourd'hui on ne peut plus attendre, et la crise dans laquelle on est entré a encore renforcé ce sentiment. Les choses s'aggravent à une vitesse incroyable ! Le dernier scandale en date est quand même le refus de l'Union Européenne d'entendre l'expression démocratique des peuples, le peuple français quand il a voté Non, le peuple néerlandais, et maintenant le peuple irlandais. Et on voit bien qu'on est dans une machine infernale qui va vers toujours plus de libéralisme et qui s'affranchit totalement de la souveraineté populaire.


Faire une politique de Gauche est incompatible avec les textes européens.


Donc il faut agir et on est dans une situation qui peut se résumer assez simplement: on a une gauche de gauche dans un certain nombre de pays qui fait des propositions tout à fait intéressantes; mais si on prend ces propositions et qu'on les pointe une par une et qu'on regarde si elles sont compatibles ou non avec le droit européen, eh bien il y en a peut-être, allez 5 % qui au final seront compatibles avec le droit européen, c'est-à-dire que sur un programme progressiste 95 % des décisions ne pourraient pas être appliquées parce que l'Union Européenne empêcherait l'ensemble de ces propositions. Donc à partir de là, pour une gauche de gauche, aujourd'hui, qu'il y a deux solutions:soit elle continue à décrire un monde idéal dans lequel on rêve tous de vivre et qui verra peut-être le jour dans quelques des décennies -ou peut-être pas; soit elle dit que, pour mettre en œuvre son programme politique, il faudra pratiquer la désobéissance européenne et qu'elle est prête à la pratiquer.


Je crois que la volonté du M'PEP, c'est vraiment de mettre ce débat sur la table parce que c'est le débat central. C'est pour cela que la gauche est complètement prisonnière... Elle est complètement dans l'échec aujourd'hui parce qu'elle refuse de poser ce débat sur la table. Et une fois qu'on l'aura posé, on verra bien quels sont les partis qui acceptent l'idée de la désobéissance européenne et ceux qui ne l'acceptent pas. Et là on pourra trier, et là on pourra savoir pour qui voter.



Pascale Fourier : Et concrètement cette désobéissance européenne pourrait prendre quelle forme ?


Aurélien Bernier : Concrètement, il y a plusieurs niveaux :une désobéissance européenne défensive et une désobéissance européenne offensive.


Désobéissance défensive... et offensive


La désobéissance européenne défensive, ce serait de faire de la résistance, de refuser la transcription en droit national des directives libérales. Quand on dit « les directives libérales », ça en fait beaucoup... Il y a donc déjà de quoi faire... Ce sont les directives de libéralisation, la dérégulation du marché de l'énergie par exemple, la directive Bolkenstein, la directive sur les OGM, celle qui instaure le marché des droits à polluer... Enfin il y a largement de quoi faire !


Mais ce n'est pas suffisant parce que là on est simplement dans la résistance. Il faut également une désobéissance européenne offensive, c'est-à-dire une désobéissance qui permette de reconquérir du terrain, de reconquérir ce qu'on a perdu à travers quelques décennies de libéralisme effréné; donc c'est reconstruire des services publics, des services publics qui ont été privatisés, libéralisés; c'est créer de nouveaux services publics pour répondre à de nouveaux besoins; c'est par exemple faire une loi nationale qui interdise définitivement la culture d'OGM et pas simplement utiliser une tolérance que permet la directive européenne pour momentanément éviter qu'on ait des OGM pendant un an ou deux, mais vraiment faire une loi d'interdiction comme le veut la majorité des citoyens. Voilà, c'est vraiment reprendre la main et pouvoir mettre en œuvre des politiques de gauche et construire. On n'est pas simplement dans la résistance, on est dans la construction.


Et bien sûr ça veut dire qu'on serait attaqué par l'Union Européenne qui ne pourrait évidemment pas supporter qu'on crée du droit qui soit contraire au droit européen. Et qui dit désobéissance européenne, dit bien sûr refuser de payer des astreintes, puisqu'on serait condamné à des restreintes, et évidemment il s'agirait de refuser de les payer.


Le dernier exemple qu'on peut donner est un exemple qui concerne la politique agricole par exemple où l'Union Européenne fait la promotion d'une agriculture intensive qui utilise des quantités phénoménales de produits chimiques qui polluent, une agriculture qui produit des aliments de mauvaise qualité, qui détruit la paysannerie... Il est évident qu'il serait hors de question d'abonder le budget de la politique agricole commune pour mener ce genre de politique. Donc la dernière façon de désobéir, ce serait de ne plus donner d'argent pour pratiquer ces politiques libérales et donc d'utiliser ces moyens financiers autrement. Par exemple au niveau agricole en développant une agriculture respectueuse de l'environnement, une agriculture paysanne, en réorientant la production pour aller vers plus d'autonomie, et puis en développant aussi des coopérations avec d'autres Etats puisque, bien sûr, l'idée ce n'est pas de se replier sur des frontières nationales: ce n'est pas parce qu'on s'affranchit du cadre de cette Union Européenne -qui est une construction européenne parmi d'autres qui auraient été possibles... On ne va pas se replier ! Il faut créer de nouvelles alliances, et donc on pourrait comme ça développer de nouvelles alliances, développer des partenariats agricoles par exemple avec d'autres pays qui seraient sur la même ligne, et d'ailleurs qu'ils soient dans l'Union Européenne actuelle ou non.


Libre-échange...


C'est la même chose en matière de fiscalité où aujourd'hui il est clairement exclu de prendre des mesures protectionnistes dans le cadre de l'Union Européenne. On voit très bien à quoi conduit le libre-échange. Nous avons à affronter une désindustrialisation qui est absolument catastrophique. Les grandes multinationales vont s'implanter dans des pays à bas coûts de main-d'œuvre où on a quasiment aucune protection environnementale.. Elles vont donc polluer loin, mais vont polluer autant qu'elles veulent... On voit bien les conséquences sur l'emploi, les conséquences sociales, dans les pays industrialisés. Et ce libre-échange mène également à une perte de contrôle démocratique sur la production. Parce que, bien sûr, une usine qui est implantée en Chine, on ne peut pas la contrôler démocratiquement, on ne peut pas influencer les choix de production, on ne peut pas influencer les méthodes de production. Et donc il faut casser cette spirale libre-échangiste.


Et le seul moyen, c'est de mettre en place une nouvelle forme de protectionnisme, qui soit un protectionnisme écologique et social, c'est-à-dire qu'on taxe les importations sur la base de critères environnementaux et sociaux. Ca, c'est un exemple, peut être un des meilleurs exemples, du besoin de pratiquer la désobéissance européenne. Parce qu'un tel protectionnisme ne verra jamais le jour au niveau de l'Union Européenne: il faudrait d'abord que les 27 Etats soient d'accord et puis en plus que la Commission européenne en ait envie.... Donc il faudra le pratiquer à une autre échelle, et si un État voulait mettre en place ce type de mesure, il lui faudrait faire de la désobéissance européenne.



Pascale Fourier : Finalement, vous proposez quelque chose qui se fait au plan national, si j'ai bien compris ( même si ensuite ça peut être des décisions conjointes de différents Etats qui peuvent toujours tomber d'accord pour faire la même chose). On pourrait vous dire que finalement vos propositions remettent d'une certaine façon en cause l'Europe elle-même. Or l'Europe est en elle-même un bien, du moins c'est ce que je comprends en écoutant les médias d'une façon générale et les politiques. Je suis donc un peu surprise parce que ça risque vraiment de mettre en cause cette construction qui a demandé beaucoup d'efforts et qui est une nécessité...


UE, le débat émotionnel


Aurélien Bernier : Alors ça, c'est une illustration d'un amalgame qui est absolument insupportable, qui est un amalgame entre l'idée d'Europe et la construction européenne qu'on subit qui est cette Union Européenne qu'on a construite. Évidemment l'idée d'Europe a toujours un sens ! Evidemment l'idée de solidarité de coopération entre les peuples a toujours du sens, l'idée d'éviter les guerres, l'idée d'éviter les crises a du sens. Mais si on regarde l'histoire de l'Union Européenne, on voit que ce n'est absolument pas le cas. L'union européenne n'a pas évité les guerres: on a eu une guerre terrible en ex-Yougoslavie, et l'Union Européenne n'a absolument pas évité ça. L'Union Européenne n'évite pas les crises, sinon on ne connaîtrait pas la crise dans laquelle on est. L'Union Européenne ne permet pas d'aller vers plus de solidarité: au contraire on a une mise mise en concurrence entre les peuples, entre les économies, on va mettre en concurrence des pays d'Europe de l'Est avec un coût de main-d'œuvre faible avec les pays industrialisés - et on tire tout vers le bas.


Je crois qu'il faut absolument sortir de ce débat émotionnel où les européistes essaient toujours de ramener sur le terrain émotionnel, bien sûr. Il faut avoir une analyse objective des politiques européennes. Alors pour prendre un exemple, ce qui formidable, c'est en matière d'environnement, parce que, quand on regarde les discours des représentants de l'Union Européenne, on a l'impression qu'ils sont plus écolo que Nicolas Hulot et All Gore réunis. Mais quand on regarde les politiques de l'Union Européenne, on est dans l'agriculture intensive, on est de la promotion des OGM, on est dans le libre-échange donc dans la consommation effrénée d'énergie et donc on est dans la destruction de la planète. Et je crois que sur tout ces sujets, il faut faire un examen objectif des politiques européennes... On n'est pas bien sûr contre l'idée de solidarité, l'idée d'empêcher les guerres, l'idée que les peuples échangent, communiquent, commercent même. Mais on est bien dans l'examen objectif des politiques européennes. Cette construction est une construction ultralibérale et donc, si on veut une autre Europe, il va falloir changer non pas l'Europe, mais changer d'Europe et peut-être reconstruire quelque chose de haut en bas pour aller vers l'Europe qu'on souhaite.


 

 

 


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posté le jeudi 21 mai 2009

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