Démondialiser et coopérer

Blog d'Aurélien BERNIER

posté le lundi 02 juillet 2012

La Nouvelle République : La pensée verte est mal partie

 

N'en déplaise aux vertes grenouilles qui coassent de concert les vertus de l'écologie politique, du développement durable et autres Grenelle de l'environnement, le Poitevin Aurélien Bernier vient de jeter un nouveau pavé dans leur mare.

Un pavé qui tombe juste au moment où les Verts français viennent de faire une nouvelle démonstration de leur incapacité à faire entendre des électeurs leur petite musique (fiasco d'Eva Joly à la présidentielle) et de leur allégeance contrainte aux partis de gouvernement, pour obtenir l'aumône de quelques députés.

 

René Dumont trahi

Selon ce qui devient une habitude bien établie, Aurélien Bernier, ancien chargé de mission de l'Agence de maîtrise de l'énergie (Ademe) et collaborateur régulier du Monde diplomatique, nous explique en 350 pages comment l'écologie est morte, tuée par la mondialisation.
La démonstration est assez efficace. On y voit les écologistes du monde développé sombrer peu à peu dans l'insignifiance politique au fur et à mesure qu'ils s'éloignent des principes fondamentaux incarnés voici près de 40 ans par un René Dumont pour signer des pactes d'alliance avec les grands partis de gauche, voire du centre et de droite. On y voit ensuite les dits partis de gouvernement récupérer à leur profit quelques thèmes superficiels de l'écologie pour les unir en d'improbables épousailles à la sacro-sainte mondialisation.
On y voit enfin les lobbies industriels et commerciaux comprendre quels juteux profits ils peuvent tirer de ce qu'on a baptisé la « croissance verte » qui, selon Aurélien Bernier, a l'immense mérite de ne faire aucune ombre au libre-échange. L'explosion de la production d'énergie verte, sur les terres arables du monde entier en est l'un des meilleurs exemples.

 

« Comment la mondialisation a tué l'écologie » Les politiques environnementales piégées par le libre-échange. Aurélien Bernier, édition Les Mille et Une Nuits. 353 pages, 19,50 €

 

Vincent Buche
 


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posté le lundi 02 juillet 2012

La déclaration de Cocoyoc du 23 octobre 1974

 

Traduction réalisée par Aurélien Bernier, Bénénice Bernier et Cécile Guillerme. Lire en format brochure - Trente ans ont passé depuis la signature de la Charte des Nations-Unies visant à établir un nouvel ordre international. Aujourd'hui, cet ordre a atteint un moment critique. L'espoir de créer une vie meilleure pour l'humanité toute entière a été largement démenti. Il s'est révélé impossible d'atteindre les « limites intérieures » de la satisfaction des besoins humains fondamentaux. Au contraire, les affamés, les sans abri et les illettrés sont plus nombreux aujourd'hui que lorsque les Nations Unies ont été créées.


Dans le même temps, de nouvelles préoccupations ont commencé à assombrir les perspectives internationales. La dégradation de l'environnement et la pression croissante sur les ressources nous amènent à nous demander si un risque ne pèse pas sur les « limites extérieures » de l'intégrité physique de la planète.


A ces préoccupations, nous devons ajouter que, dans les trente prochaines années, la population mondiale va doubler. Un autre monde va s'ajouter à l'actuel, équivalent en nombre d'habitants, en demande et en espoir.


Mais cette pression cruciale ne signifie pas que nous devons désespérer de l'entreprise humaine, à partir du moment où nous entreprenons les changements nécessaires. Le premier point à souligner est que l'échec de la société mondiale à procurer « une vie sûre et heureuse » pour tous n'est pas dû à un manque de ressources physiques. Le problème aujourd'hui n'est pas en premier lieu celui d'une pénurie physique absolue, mais d'une inéquité économique et sociale et d'un mauvais usage ; la situation difficile dans laquelle se trouve l'humanité a pour origines les structures économiques et sociales et les comportements à l'intérieur des pays et entre les pays.


La plus grande partie du monde n'a pas encore émergé des conséquences historiques de près de cinq siècle de contrôle colonial qui a massivement concentré le pouvoir économique entre les mains d'un petit groupe de nations. A ce jour, au moins les trois quarts des richesses, des investissements, des services et presque toute la recherche mondiale sont dans les mains d'un quart de la population.


Les solutions à ces problèmes ne peuvent pas provenir de l'auto-régulation par les mécanismes de marché. Les marchés classiques donnent un accès aux ressources à ceux qui peuvent payer plutôt qu'à ceux qui en ont besoin, ils stimulent une demande artificielle et génèrent des déchets dans le processus de production, et certaines ressources sont même sous-utilisées. Dans le système international, les nations puissantes ont sécurisé leurs approvisionnement à bas prix en matières premières en provenance des pays pauvres – par exemple, le prix du pétrole a nettement chuté entre 1950 et 1970 – ont accaparé toute la valeur ajoutée de la production et de la revente de biens manufacturés, souvent à des prix monopolistiques.


Dans le même temps, le prix très bas des matières a encouragé l'industrialisation des nations et l'utilisation extravagante et sans précaution de matériaux importés. Encore une fois, l'énergie est le meilleur exemple. Le pétrole à peine au dessus d'un dollar le baril a stimulé la croissance de la consommation d'énergie entre 6 et 11% par an. En Europe, l'augmentation annuelle des immatriculations de voitures a atteint 20%.


En fait, la mainmise des riches sur une part disproportionnée des ressources clé entre en contradiction avec les intérêts à long terme des pauvres en réduisant l'accès aux ressources nécessaires à leur développement et en augmentant leur coût. Autant de raisons pour créer un nouveau système d'évaluation des ressources qui prenne en compte les bénéfices et les pertes pour les pays en développement.


Le principal effet de relations économiques aussi biaisées s'observe dans les inégalités en matière de consommation. Un enfant d'Amérique du Nord ou d'Europe consomme outrageusement plus que son homologue Indien ou un Africain – un fait qui rend douteuse l'attribution de la pression sur les ressources à la seule augmentation de la population du Tiers monde. L'augmentation de la population est bien sûr une des raisons de l'augmentation de la pression sur les ressources mondiales. La planète est finie et une multiplication infinie du nombre d'habitants et de la demande ne peut être indéfiniment soutenable. De plus, des pénuries peuvent apparaître localement bien avant qu'on ne détecte un dégradation générale de certaines ressources.


Une politique de conservation des ressources et, d'une certaine façon, de gestion des ressources rares menacées dans le cadre du nouvel ordre économique doit rapidement remplacer la rapacité actuelle et l'absence de précaution. Mais le fait est que, dans le monde actuel, l'énorme contraste entre la consommation par personne de la minorité riche et de la majorité pauvre a bien plus d'impact que le nombre d'humains sur l'utilisation de ressources et leur dégradation. Ce n'est pas tout.


Depuis la conférence de Bucarest sur la population, il est clairement établi que le manque de ressources pour le développement humain est l'une des causes de l'explosion démographique, l'absence de moyens pour le développement exacerbant les problèmes démographiques.


Ces relations économiques inégales contribuent directement à augmenter les pressions sur l'environnement. La baisse des prix des matières premières a été un facteur de l'augmentation des pollutions, a encouragé la production de déchets et une économie du jetable chez les riches. La pauvreté qui perdure dans de nombreux pays en développement a souvent conduit les gens à cultiver des terres nouvelles, provoquant d'énormes risques d'érosion des sols, ou à migrer dans des villes surpeuplées et physiquement dégradées.


On ne compte pas les problèmes qui découlent d'une dépendance excessive au système de marché, restreint aux relations internationales.


L'expérience des trente dernières années montre que la recherche exclusive de croissance économique, voulue par le marché et poursuivie par les élites puissantes, a le même effet désastreux à l'intérieur des pays en développement. Les 5% les plus riches accaparent tous les profits tandis que les 20% les plus pauvres ne peuvent que s'appauvrir encore. Au niveau local comme au niveau international, les maux de la pauvreté matérielle proviennent d'un manque de participation des gens et de dignité humaine, et d'une absence totale de pouvoir pour déterminer leur propre sort.


Rien ne peut illustrer plus clairement le besoin de réformer l'actuel ordre économique et la possibilité de le faire que la crise qui a touché les marchés mondiaux ces deux dernières années. Le triplement des prix des fertilisants agricoles et de produits manufacturés dans un contexte d'inflation mondiale a frappé plus durement les populations les plus pauvres. De fait, le risque d'une rupture complète d'approvisionnement menace la vie de millions de personnes du Tiers monde. Mais on ne peut pas appeler ce phénomène une pénurie. Les récoltes existent, mais sont consommées ailleurs, par des personnes très bien nourries. La consommation par personne de céréales en Amérique du Nord a cru de 350 livres depuis 1965, principalement pour la production animale, et atteint 1 900 livres aujourd'hui. Ce supplément de 350 livres est quasiment égal à la consommation annuelle d'un Indien. Les Américains du Nord étaient réellement affamés en 1965... Cette augmentation a contribué à une surconsommation qui va jusqu'à menacer leur santé. Ainsi, d'un point de vue strictement physique, il n'y aura pas de pénurie cet hiver. Il suffirait d'une petite partie des « surplus » des riches pour combler la pénurie de toute l'Asie. Il existe un exemple encore plus frappant de ce qu'on peut appeler la surconsommation dans les nations riches et de la sous-consommation qu'elle provoque dans les pays pauvres. La multiplication par quatre du prix du pétrole grâce à l'action conjointe des pays producteurs affecte nettement le rapport de forces sur les marchés mondiaux et redistribue massivement les ressources en faveur de certains pays du Tiers monde. Elle a permis de renverser l'avantage dans le commerce du pétrole et de mettre près de 100 milliards par an à la disposition de certaines nations du Tiers monde. Qui plus est, dans un domaine critique pour les économies des Etats industrialisés, ce profond renversement des pouvoirs les expose à ce que connaissent bien les pays du Tiers monde : l'absence de contrôle sur des décisions économiques vitales.


Rien ne peut illustrer plus clairement la façon dont le marché mondial, qui a continuellement opéré pour augmenter le pouvoir et la fortune des riches et maintenu le relatif dénuement des pauvres, trouve ses racines non pas dans des circonstances physiques impossibles à changer mais dans des relations politiques qui peuvent, dans leur nature profonde, subir de profonds changements. Dans un sens, le combat pour un nouvel ordre économique est déjà engagé. La crise du vieux système peut aussi être une opportunité pour en bâtir un nouveau.


Il est vrai que, pour l'instant, les perspectives se limitent à la confrontation, l'incompréhension, les menaces et les conflits. Mais encore une fois, il n'y a pas de raison de désespérer. Les crises peuvent aussi être des moments de vérité dans lesquels les nations apprennent à admettre la faillite du vieux système et à rechercher un cadre pour un nouvel ordre économique.


Gouverner, c'est essayer de guider les nations, avec leurs intérêts divergents, leurs pouvoirs et leurs richesses, vers un nouveau système qui soit capable de mieux articuler les « limites intérieures » des besoins humains essentiels et de le faire sans violer les « limites extérieures » des ressources planétaires et de l'environnement. C'est parce que nous croyons que cette tâche est à la fois vitale et possible que nous demandons plusieurs changements dans la conduite des politiques économiques, dans la direction prise en matière de développement et dans la conservation de la planète, qui nous apparaissent comme des composantes essentielles du nouveau système.


Le but du développement


Notre première préoccupation est de redéfinir l'ensemble des buts du développement. Celui-ci ne doit pas avoir pour but de développer les choses, mais les hommes. Les êtres humains ont des besoins fondamentaux : la nourriture, la sécurité, l'habillement, la santé, l'éducation. Tout processus de croissance qui ne permet par de les satisfaire – ou, encore pire, qui les perturbe – est un travestissement de l'idée de développement. Nous sommes toujours dans une période où le plus important en matière de développement est la satisfaction des besoins fondamentaux pour les populations les plus pauvres de chaque société. Le but premier de la croissance économique doit être d'améliorer les conditions de vie de ces groupes. Une croissance qui bénéficie seulement à la minorité la plus riche et maintien ou accroît les disparités entre et au sein des pays n'est pas du développement. C'est de l'exploitation. Le temps est venu de lancer une véritable croissance économique qui conduise à une meilleure répartition et à une satisfaction des besoins fondamentaux. Nous croyons que 30 ans d'expérience, avec l'espoir qu'une croissance économique rapide bénéficiant à quelques uns va irriguer la plus grande partie de la population, ont montré qu'il s'agissait d'une illusion. Par conséquent, nous rejetons l'idée de la croissance d'abord et d'une juste répartition des bénéfices ensuite.


Le développement ne doit pas être limité à la satisfaction des besoins fondamentaux. Il y a d'autres besoins, d'autres buts et d'autres valeurs. Le développement inclut la liberté d'expression et de publication, le droit de donner et de recevoir des idées et des impulsions. Il y a un profond besoin social de participation pour poser les bases de sa propre existence et pour contribuer à créer le monde futur. Par dessus tout, le développement englobe le droit de travailler, ce qui ne signifie pas seulement le droit d'avoir un travail, mais celui d'y trouver un accomplissement personnel, le droit de ne pas être aliéné à travers des procédés de production qui utilisent les hommes comme des outils.


La diversité du développement


Au delà des besoins matériels, des buts et des valeurs, la plupart de ces choses dépend de la satisfaction des besoins fondamentaux, qui est notre première préoccupation. Aujourd'hui, il n'y a pas de consensus quant à la stratégie à suivre pour satisfaire ces besoins fondamentaux. Mais nous avons de bons exemples, même dans les pays pauvres. Ils montrent que le point de départ du développement varie considérablement d'un pays à l'autre, pour des raisons historiques, culturelles et pour d'autres raisons. En conséquences, nous soulignons la nécessité de suivre différentes routes vers le développement. Nous rejetons la pensée unique qui voit le développement essentiellement et inévitablement comme l'effort fait pour imiter le modèle historique de pays qui, pour différentes raisons, sont actuellement riches. C'est pourquoi nous rejetons le concept « d'écarts » dans le développement. Le but n'est pas de « se mettre à niveau », mais d'assurer une qualité de vie pour tous avec une base productive compatible avec les besoins des générations futures.


Nous avons parlé de la satisfaction à minima des besoins fondamentaux. Mais il y a aussi un niveau maximum : il y a des planchers mais aussi des plafonds. Les hommes doivent manger pour vivre. Mais il peuvent aussi trop manger. Cela ne sert à rien de produire et de consommer de plus en plus s'il en résulte une augmentation des antidépresseurs consommés et des hôpitaux psychiatriques. De la même manière que les hommes ont des capacités limitées pour absorber la consommation matérielle, nous savons que la biosphère a une capacité limitée. Certains pays prélèvent d'une manière qui est hors de proportion avec leur poids dans la population mondiale. Ainsi, ils créent des problèmes environnementaux aux autres comme à eux-mêmes.


En conséquences, le monde ne doit pas seulement faire face à l'anomalie du sous-développement. Nous devons aussi parler de types de développement surconsommateurs qui violent les limites intérieures de l'homme et les limites extérieures de la nature. Vu de cette manière, nous avons tous besoin de redéfinir nos buts, d'adopter de nouveaux modes de vie, avec des comportements de consommation plus modestes chez les riches. Même si la priorité est de sécuriser le minimum vital, nous devrions étudier ces stratégies de développement qui pourraient aussi aider les pays prospères, pour leur propre intérêt, à trouver des modes de vie plus humains, exploitant moins la nature, les autres, et eux-mêmes.


L'autonomie


Nous croyons qu'une stratégie de base pour le développement passe par l'amélioration de l'autonomie nationale. Ceci ne signifie pas l'autarcie. Cette autonomie implique des bénéfices mutuels issus du commerce et de la coopération et une plus juste redistribution des ressources pour satisfaire les besoins fondamentaux. Cela signifie avoir confiance en soi, dépendre de ses propres ressources humaines et naturelles et avoir la capacité de fixer ses propres objectifs et de décider par soi-même. Cela exclut toute dépendance vis à vis d'une influence et d'un pouvoir extérieur qui pourrait se transformer en pression politique. Cela exclut des modèles commerciaux d'exploitation privant les pays de leurs ressources naturelles pour leur propre développement. C'est évidemment une ouverture pour le transfert de technologies, mais en se concentrant sur l'adaptation et la diffusion des technologies locales. Cela implique de décentraliser l'économie mondiale, et parfois aussi l'économie nationale pour favoriser la participation personnelle. Mais cela implique également une coopération internationale en faveur de l'autonomie. Plus que tout, cela signifie avoir confiance dans les peuples et les nations, dépendre de la capacité des peuples à inventer eux-mêmes et à générer de nouvelles ressources et de nouvelles techniques pour améliorer leur capacité à les assimiler, de les mettre au bénéfice de la société, de prendre en main les levier économiques et de créer leur propre mode de vie.


Dans ce processus, une éducation qui permette une véritable conscience sociale et la participation joueront un rôle fondamental et il faudra s'interroger pour savoir si cela est compatible avec le modèle scolaire actuel.


Pour atteindre cette autonomie, des changements économiques, sociaux et politiques fondamentaux des structures de la société seront souvent nécessaires. De même, le développement d'un système international compatible et capable de supporter les évolutions vers plus d'autonomie est tout aussi nécessaire.


L'autonomie au niveau national implique aussi un détachement temporaire du système économique actuel. Il est impossible de développer l'autonomie au travers de la participation pleine et entière à un système qui perpétue la dépendance économique. Les plus grandes parties du monde d'aujourd'hui sont composées d'un centre exploitant une vaste périphérie, ainsi que notre héritage commun, la biosphère. L'idéal dont nous avons besoin est un mode de coopération harmonieuse dans lequel chacun fait partie du centre, ne vivant aux dépends de personne, en partenariat avec la nature et en étant solidaire des générations futures.


Il existe une structuration international du pouvoir qui résistera à de tels changements. Ses méthodes sont bien connues : la volonté de maintenir les mécanismes biaisés de marché existants au niveau international, d'autres formes de manipulation économique, la rétention de capitaux, les embargos, les sanctions économiques, l'utilisation subversive de services de renseignement, la répression et la torture, des opérations de contre-insurrection, et même des interventions à plus grande échelle. A ceux qui envisagent de telles méthodes, nous disons : « bas les pattes. Laissez les pays trouver leur propre chemin vers une vie plus épanouissante pour leurs citoyens ». A ceux qui sont, parfois sans le vouloir, les outils de tels projets – universitaires, hommes d'affaires, policiers, soldat, et beaucoup d'autres – nous disons : « Refusez d'être utilisés pour nier le droit des autres nations à se développer ». Pour les scientifiques travaillant dans le domaine de l'écologie ou des sciences sociales, qui aident à concevoir les instruments de cette oppression, nous disons : « le monde a besoin de vos talents pour des projets constructifs, pour développer de nouvelles technologies au bénéfice des hommes et qui n'endommagent pas l'environnement ».



Propositions pour l'action


Nous appelons les leaders politiques, les gouvernements, les organisations internationales et la communauté scientifique à utiliser leur imagination et leurs moyens pour élaborer et commencer à mettre en oeuvre, aussi vite que possible, des programmes visant à satisfaire les besoins fondamentaux des plus pauvres partout dans le monde, ce qui implique, partout où cela s'impose, des distributions d'aide en nature. Ces programmes doivent être conçus de façon à ce que la conservation des ressources et la protection de l'environnement soient assurés.


Nous considérons que cette tâche prioritaire serait facilitée en instituant un nouvel ordre économique international plus coopératif et équitable.


Nous sommes conscients que le système mondial et les politiques nationales ne peuvent pas être changées du jour au lendemain. A ce tournant de l'histoire, les changements majeurs qui sont nécessaires pour répondre aux défis de l'humanité ont besoin d'acquérir une maturité. Mais ils doivent être enclenchés immédiatement, pour que l'impulsion aille croissante. La session extraordinaire de l'Assemblée générale des Nations Unies sur le nouvel ordre économique a lancé le processus et nous le soutenons totalement. Mais ceci n'est que l'étape préliminaire qui doit se développer dans une déferlante d'activités internationales.


La Charte des Droits économiques et des devoirs des Etats, proposée par le président du Mexique, M. Luis Echevarria, et mis en discussion aux Nations Unies devrait constituer un pas important dans la bonne direction. Nous demandons à ce qu'elle soit adoptée aussi vite que possible.


Dans un cadre qui assurerait la souveraineté nationale sur les ressources naturelles, les gouvernements et les institutions internationales devraient placer la gestion des ressources et de l'environnement à un niveau global. L'objectif premier serait de faire bénéficier ceux qui ont le plus besoin de ces ressources et de le faire en respectant le principe de solidarité avec les générations futures.


Nous soutenons la mise en place de régimes internationaux forts pour l'exploitation des biens communs qui ne tombent pas sous le coup d'une juridiction nationale. Nous insistons sur l'importance des fonds et des sous-sols marins, et éventuellement de l'eau qui les surplombe. Un régime maritime doit être établi, chaque pays du monde étant représenté de manière à n'en favoriser ni n'en léser aucun, et ce régime doit s'appliquer à un maximum de surface océanique. Un tel régime devrait développer graduellement des mesures de conservation des ressources et des technologies environnementales pour explorer, développer, traiter et répartir les ressources des océans au bénéfice de ceux qui en ont le plus besoin.


L'accès aux biens communs devrait être taxé au bénéfice des couches les plus pauvres des pays les plus pauvres. Ce serait une première étape vers la mise en oeuvre d'un système de taxation international qui génèrerait des transferts automatiques de ressources vers l'aide au développement. Avec la création d'un fonds pour le désarmement, la taxation internationale pourrait éventuellement remplacer des programmes d'aide traditionnels. En attendant la mise en oeuvre de ces nouveaux mécanismes, nous recommandons vivement que le flux de ressources internationales vers les pays du Tiers monde soit largement augmenté et strictement dédié aux besoins fondamentaux des couches les plus pauvres de la société.


La science et la technologie doivent répondre aux buts que nous cherchons à atteindre. La recherche actuelle et les modèles de développement n'y contribuent pas. Nous appelons les universités, les autres institutions d'enseignement supérieur, les organisations de recherche et les associations scientifiques de par le monde à reconsidérer leurs priorités. Conscients des bénéfices découlant d'une recherche libre et fondamentale, nous soulignons le fait qu'il existe un réservoir d'énergie créative sous-utilisée dans l'ensemble de la communauté scientifique mondiale, et qu'elle devrait être mieux centrée sur la recherche de la satisfaction des besoins fondamentaux. Cette recherche devrait autant que possible être menée dans les pays pauvres, de manière à endiguer la fuite de cerveaux.


Un système des Nations unies rajeuni devrait permettre de renforcer les capacités locales en matière de recherche et de contrôle de la technologie dans les pays en développement, pour promouvoir la coopération entre eux dans ces domaines et pour soutenir la recherche pour une meilleure utilisation, plus innovante, de ressources potentiellement abondantes pour satisfaire les besoins fondamentaux de l'humanité.


En même temps, de nouvelles approches des styles de développement doivent être introduites au niveau national. Elles demandent des recherches originales sur des modèles de consommation alternatifs, sur les types de technologies, les stratégies d'utilisation des terres, autant que sur les exigences en matière d'éducation pour les soutenir. La surconsommation qui absorbe des ressources et crée des déchets doit être réduite tandis que la production de biens essentiels pour les plus pauvres doit être augmentée. Des technologies générant peu de déchets et consommant peu d'eau devraient remplacer celles qui dégradent l'environnement. Des circuits plus harmonieux de prise de décisions doivent être mis en oeuvre pour éviter la congestion des métropoles et la marginalisation des zones rurales.


Dans beaucoup de pays en développement, de nouveaux styles de développement impliqueraient une utilisation bien plus rationnelle de la force de travail disponible pour mettre en oeuvre des programmes centrés sur la conservation des ressources naturelles, l'amélioration de l'environnement, la création des infrastructures nécessaires et des services pour augmenter la production alimentaire et pour renforcer les capacités domestiques de production industrielle pour produire des marchandises destinées à la satisfaction des besoins fondamentaux.


Avec un ordre économique international plus équitable, une partie des problèmes d'accès aux ressources et d'utilisation de l'espace pourront être pris en compte grâce à un changement de la géographie industrielle mondiale. L'énergie, les ressources et les considérations environnementales donnent une force nouvelle à l'aspiration légitime des pays pauvres qui souhaitent voir considérablement augmenter leur part dans la production industrielle.


Des expériences concrètes sur le terrain sont également nécessaires. Nous considérons que l'effort actuel du Programme des Nations unies pour l'environnement qui définit des stratégies et soutient des projets en faveur d'un développement socio-économique et écologique (l'éco-développement) au niveau local ou régional constitue une contribution importante. Les conditions devraient être créées pour que les peuples apprennent par eux-mêmes au travers de leurs pratiques comment utiliser au mieux les ressources spécifiques des écosystèmes dans lesquels ils vivent, comment concevoir des technologies appropriées, comment s'organiser et s'éduquer dans ce but.


Nous appelons les leaders d'opinion, les enseignants, toutes les parties concernées à contribuer à augmenter la prise de conscience publique sur les origines et la sévérité de la situation à laquelle l'humanité doit aujourd'hui faire face. Chaque personne a le droit de comprendre pleinement la nature du système dont elle fait partie comme producteur, consommateur, et surtout comme l'un des milliards d'habitants de la planète. Elle a le droit de connaître qui tire les bénéfices de son travail, qui tire les bénéfices de ce qu'elle achète et vend, et la façon dont cela enrichit ou dégrade l'héritage planétaire.


Nous appelons les gouvernements à se préparer à agir lors de la Session extraordinaire de l'assemblée générale des Nations Unies pour que les dimensions et les concepts du développement soient étendus, pour qu'une juste place soit donnée aux buts du développement dans le système des Nations Unies et que les changements nécessaires soient initiés. Nous croyons fermement que, puisque les sujets du développement, de l'environnement et de l'utilisation des ressources sont des problèmes globaux essentiels et qui concernent le bien-être de toute l'humanité, les gouvernements devraient utiliser pleinement les mécanismes des Nations unies pour les résoudre et que le système des Nations unies devrait être rénové et renforcé pour faire face à ses nouvelles responsabilités.


Epilogue


Nous reconnaissons à la fois la menace des « limites intérieures » des besoins humains fondamentaux et celle des « limites extérieures » de ressources planétaires. Mais nous croyons également qu'un nouveau sens du respect pour les droits humains fondamentaux et pour la préservation de notre planète progresse derrière les conflits et les confrontations de la période actuelle. Nous avons foi dans le futur de l'humanité de cette planète. Nous croyons que ces modes de vie et les systèmes sociaux peuvent évoluer pour devenir plus justes, moins arrogants dans leurs exigences matérielles, plus respectueux de l'environnement planétaire dans son ensemble. La voie à suivre ne passe pas par le désespoir, par la fin du monde, ou par un optimisme béat devant les solutions technologiques successives. Elle passe au contraire par une appréciation méticuleuse, sans passion, des « limites extérieures », par une recherche collective des moyens d'atteindre les « limites intérieures » des droits fondamentaux, par l'édification de structures sociales exprimant ces droits et par tout le travail patient qui consiste à élaborer des techniques et des styles de développement qui améliorent et préservent notre patrimoine planétaire. »

 


Commentaires

 

1. vince120  le 26-08-2012 à 21:27:24

Bonjour
suite à l'atelier du FdG de ce week-end j'ai été fouillé pour lire cette Déclaration de Cocoyoc et outre ce blog je suis aussi tombé sur un site avec semble t'il l'original de la version française
http://www.mauricestrong.net/images/cocoyoc/cocoyoc_declaration_french.pdf
ou http://www.mauricestrong.net/index.php/cocoyocdeclarationfrench

En tout cas merci Aurélien de m'avoir fait découvrir ce texte ! pas pris une ride et tout est posé... que de temps perdu par les apôtres de la peinture verte !

édité le 26-08-2012 à 23:27:58
édité le 26-08-2012 à 23:34:38

2. abernier  le 27-08-2012 à 11:53:35  (site)

Bonjour,

Effectivement, mais ce texte est une traduction assez moyenne et Maurice Strong l'a mis en ligne après la parution de mon article dans Le Monde diplomatique et de mon livre.
Johan Galtung a également publié récemment des traductions allemandes et italiennes je crois.

Bien cordialement,

Aurélien Bernier

 
 
 
posté le mercredi 20 juin 2012

Chat sur le site de 20 minutes

Rio+20: Vous avez interviewé Aurélien Bernier pour son essai «Comment la mondialisation a tué l'écologie»

8 contributions
Créé le 19/06/2012 à 12h05 -- Mis à jour le 20/06/2012 à 12h28
Un Indien d’Amazonie devant une affiche du sommet sur l’environnement Rio+20, à Brasilia en juin 2012.

Un Indien d'Amazonie devant une affiche du sommet sur l'environnement Rio+20, à Brasilia en juin 2012. Eraldo Peres/AP/SIPA

VOS QUESTIONS - L'écrivain a répondu à vos questions...

[Le chat est terminé]

Kleoira: Pourquoi, selon vous, les pays ne souhaitent pas entreprendre une vaste réforme écologique? Le peuvent-ils vraiment, du fait des énormes difficultés économiques qu'ils connaissent?
La plupart des pays sont pris au piège de la mondialisation. Pour faire une vaste réforme écologique, il faudrait que l'environnement prime sur les règles commerciales. Or, c'est l'inverse. Les difficultés économiques proviennent de ce système de libre échange et de la dérégulation financière. Comme il est impensable de modifier d'un seul coup les règles de l'économie mondiale, il faut procéder autrement. Un pays qui élirait un véritable gouvernement de gauche soucieux d'écologie devrait prendre des mesures de régulation du commerce et de contrôle des mouvements de capitaux. Ainsi, il pourrait stopper le chantage aux délocalisations, éviter le dumping et contraindre les entreprises sur son territoire à respecter des règles sociales et environnementales. Les profits pourraient être taxés pour répartir les richesses. Contrairement à ce que l'on entend souvent dire, ce pays ne serait pas isolé. Un tel exemple de rupture avec la libre concurrence et le laisser faire donnerait des idées à tous les mouvements sociaux dans les autres pays, et nous aurions des mouvements massifs de revendication. C'est ainsi que, de proche en proche, les règles pourraient changer.
Julie: Est-il vraiment possible de nourrir l'ensemble de la planète au bio, consommer de l'énergie 100% propre, manger moins de viande? Je pense qu'il faut surtout changer les consciences et là, est-ce selon vous, vraiment le rôle des politiques?
Je ne pense pas que ce soit seulement un problème de conscience individuelle. Aller vers une agriculture paysanne, des énergies moins polluantes et une alimentation saine, c'est un projet politique. Ce projet inclut également l'égalité entre citoyens, entre peuples, les solidarités internationales, la paix. Les changements individuels ne suffisent pas, il faut des changements politiques. Mais vous avez raison, il faut une prise de conscience : les peuples doivent prendre conscience qu'on peut agir face à la mondialisation des multinationales. Ils doivent prendre conscience qu'il est possible de désobéir à l'OMC, à l'Union européenne, aux marchés financiers. Nous devons sortir du fatalisme et comprendre que ce que le politique a fait (la mondialisation), le peuple peut le défaire.
Subversive: A quelle échelle, nous, de simples citoyens, pouvons-nous influencer les décisions des grands ? Merci de votre réponse.
En faisant de la politique. Cela ne veut pas dire forcément adhérer à un parti. Mais intervenir en politique, et pas seulement en votant. Il faut rejoindre des associations citoyennes, des mouvements qui traitent des vrais sujets : la démondialisation, la souveraineté populaire, la coopération internationale. Il y en a de nombreux. Ils interpellent les élus, font de l'éducation populaire, et c'est de cette manière que nous pourrons être plus nombreux et entendus.
Shimoda: L'écologie est une idée, pas un parti politique, donc cette idée appartient à tous et non pas à certains partis, comme EELV. Qu'en pensez-vous?
C'est vrai, mais c'est le cas également pour d'autres valeurs: la solidarité, la fraternité... Les partis Verts se sont formés pour défendre ce sujet à une époque où peu de gens se souciaient d'écologie. Mais ils s'y sont mal pris : ils n'ont jamais analysé correctement la mondialisation et n'ont jamais envisagé de démondialiser l'économie pour créer à nouveau de l'emploi, pour stopper le dumping social et environnemental. Ils ne s'attaquent pas frontalement au libre échange ni au capitalisme. De fait, il était évident que les autres partis reprendraient à leur compte l'écologie. L'important pour la suite est de tirer les conséquences des erreurs du passé et de penser une écologie sociale et solidaire qui passe par la démondialisation. Je pense qu'il faudra un rassemblement de partis et de mouvements de gauche.
JPb2: Le début d'une conscience environnementale, ne passe-t-il pas par Internet, notamment en Chine? N'est-ce pas là une forme de mondialisation?
Internet peut effectivement aider aux mobilisations, permettre certaines formes d'expression démocratique. Mais la vraie démocratie, c'est donner le pouvoir aux peuples. Or, la mondialisation confisque le pouvoir aux peuples. Bien souvent, un gouvernement ne veut plus prendre de mesures contraires aux règles de l'Organisation mondiale du commerce. Il ne veut plus voter une loi contraire au droit européen. Nous aussi, en Europe, sommes confrontés à un viol permanent de la démocratie. Et c'est la libre concurrence, la mondialisation, qui en est la cause ou la justification. Il ne faut pas confondre les outils comme Internet, qui dépassent les frontières géographique, et la mondialisation en tant que projet politique. Cette mondialisation là est une catastrophe.
Julien: Le capitalisme peut-il, selon vous, être écologique?
En apparence oui. Si la réparation de l'environnement devient rentable, les capitalistes feront des bénéfices avec. Si des technologies efficaces du point de vue de l'environnement apparaissent et qu'elles offrent plus de profits, ils les exploiteront. Mais il existe une contradiction fondamentale. Le capitalisme met en concurrence les activités en fonction d'un seul critère : les profits à court terme. Les investissements vont là où les profits sont élevés et rapides. Or, en écologie, les ressources ont des délais très différents pour se régénérer. Il faudrait donc accepter des temps de retour sur investissement différents. Or, le capitalisme, par définition, ne les accepte pas.
Acho: A quoi sert vraiment le sommet de «Rio +20»? Êtes-vous optimiste, pessimiste par rapport aux accords qui pourront être signés suite à cet événement?
Officiellement, il s'agit pour les Nations unies de confirmer la notion de développement durable. J'explique dans le livre que le développement durable est en fait l'adaptation des politiques environnementales au tournant de la mondialisation néolibérale: le développement durable n'a rien de subversif, il s'appuie sur la croissance économique, prône le libre échange, et considère que la technologie et les multinationales vont sauver le monde. Donc, à Rio, il s'agit de continuer dans cette voie, en introduisant en plus la notion d'économie «verte». Pour les entreprises, la définition de l'économie «verte» est très importante: il en découlera des subventions pour certains secteurs d'activité. Par exemple, si l'on considère que stocker les rejets industriels de carbone dans le sous-sol fait partie de l'économie verte, cette technologie recevra des fonds publics. Il n'y a donc aucun changement à attendre de Rio+20.
Isabelle: Devant l'hypocrisie des politiques au sujet de l'importance de l'écologie, que préconisez-vous comme actions autres que nos traditionnelles pétitions et regroupements de citoyens en associations ?
Il faut les mettre face à leurs contradictions. Notamment ceux qui ont de bonnes intentions mais qui n'osent pas aller au bout de leur logique. Il faut montrer aux partis Verts qu'ils ne peuvent rien faire s'ils ne portent pas des mesures concrètes de rupture avec la mondialisation. Et donc, des mesures de rupture avec l'Union européenne, qui est totalement vouée au libre échange et à la libre concurrence. Il faut désobéir à l'Union européenne! Il faut également convaincre les partis traditionnels de gauche qu'on ne peut plus défendre le productivisme. Je pense que la sortie de crise viendra du politique. Sans doute d'un rassemblement de partis démocratiques, de courants de pensée progressistes qui veulent dé-mondialiser l'économie pour rendre le pouvoir aux peuples. Mais pour cela, il faut un mouvement populaire qui défende une vision sociale de l'écologie. Pour le construire, il faut débattre et convaincre.
Tony59: Je pense que vous devriez allez voir du côté des USA, de la Chine, de l'Inde. Ces pays refusent tout accord qui tient à l'écologie. N'est-ce pas plutôt la mondialisation qui peut sauver l'Ecologie?
C'est exactement l'inverse. C'est à cause de la mondialisation (c'est à dire de la concurrence internationale) que ces pays refusent d'assumer une contrainte environnementale. Tant que la mondialisation (en fait le libre échange) existera, il ne sera pas possible de sortir de cette impasse. Car avec le libre échange, les multinationales peuvent faire du chantage aux délocalisations: elles refusent les normes environnementales en menaçant de fermer et de s'implanter dans des pays moins exigeants. Et ça fonctionne. Arcelor Mittal l'a fait en 2008, et les gouvernements belges et français ont renoncé à les contraindre à réduire leurs gaz à effet de serre.
Mythique: J'ai lu sur la mondialisation: «Elle est une étape nécessaire pour permettre aux pays du tiers-monde, de devenir des pays industrialisés et développés, et de ne plus être seulement des exportateurs de matières premières.» N'est-ce pas plutôt un moyen de trouver de la main d'œuvre à bas prix, tout en polluant d'avantage la planète à cause des transports aériens et autres?  
En fait, ce que l'on appelle la mondialisation est la libre circulation de plusieurs éléments: les marchandises, les informations et les flux de capitaux. Après la seconde guerre mondiale, les puissances économiques occidentales voulaient d'une part faire barrage au communisme et d'autre part continuer à augmenter leurs profits. Le commerce international était la meilleure façon de faire les deux. Les Etats-Unis avaient intérêt à la mondialisation, d'abord pour trouver de nouveaux marchés, ensuite pour baisser leurs coûts de production. Afin de pouvoir vendre dans les pays riches les produits fabriqués dans les pays à bas coût de main d'œuvre, ils ont obtenu la suppression des droits de douane, des normes, des quotas, de tous les obstacles au commerce et aux investissements: c'est le libre échange. Aujourd'hui, le résultat est une mise en concurrence des travailleurs entre eux, mais aussi des régimes fiscaux des Etats ou de leurs réglementations. Les multinationales vont là où les conditions sont les plus favorables pour elles, ce qui est un désastre pour les travailleurs et pour la planète.
Subversive: Au Brésil même, comment faire comprendre à ce pays, que les OGM sont à moyen terme une manière d'appauvrir les milieux ruraux, que les bio carburants représentent un danger certain pour l'équilibre alimentaire du monde, que l'Amazonie et les indiens doivent être protégés? La folie de croissance du Brésil en pleine émergence ne risque-t-il pas de donner encore plus de puissance aux sociétés agro-alimentaires internationales dévoreuses? Enfin, leur projet de barrage ne devrait-il pas être revu entièrement?

Effectivement, le Brésil utilise pour se développer des mécanismes conformes à l'ordre économique international. Le moyen d'éviter ce développement catastrophique serait qu'il puisse renoncer à exporter massivement certains produits (les produits agricoles notamment) pour réorienter sa production vers le marché intérieur. Il faut donc revoir de fond en comble les politiques commerciales internationales. Certains pays d'Amérique latine sont en train d'essayer de sortir de cette dépendance aux exportations: l'Argentine, par exemple. C'est la voie à suivre. Ensuite, évidemment, il faut négocier entre Etats pour un partage équitable des ressources.

LionelDuplaa: Pourquoi avoir rédigé cet essai? A qui s’adresse-t-il en priorité? 
Cet essai est une sorte de « livre noir » de l'écologie politique. Il raconte la véritable histoire des rencontres internationales sur l'environnement, la véritable histoire de la mondialisation, et comment les deux sont liées. Il raconte aussi comment de nombreux dirigeants politiques ont instrumentalisé la question écologique à des fins politiciennes: Sarkozy, bien-sûr, mais avant lui Chirac, Mitterrand ou encore Valéry Giscard d'Estaing dès les années 1970. Il s'adresse à tout public, mais devrait intéresser tout particulièrement ceux qui se posent des questions sur l'écologie et sur le libre échange.

Merci aux lecteurs du site de 20 Minutes pour la qualité de ces questions. Evidemment, les réponses courtes sont parfois frustrantes pour l'auteur comme pour le lecteur. Ceux que le sujet intéresse trouveront des éléments plus précis dans mon livre, «Comment la mondialisation a tué l’écologie», disponible dans toutes les bonnes librairies, mais également dans les précédents: Désobéissons à l'Union européenne, Ne soyons pas des écologistes benêts, Le climat otage de la finance… Je vous invite également, si vous le souhaitez, à poursuivre le débat sur mon blog (abernier.vefblog.net) ou à me retrouver sur Facebook. Et peut-être à bientôt, en chair et en os, lors d'une soirée débat...

http://www.20minutes.fr/article/956257/rio20-interviewe-aurelien-bernier-essai-comment-mondialisation-tue-ecologie

 


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posté le mercredi 20 juin 2012

Gauche Hebdo : il faut inventer un protectionnisme écologique et social

 

 

 

 

 

 

Article paru dans le N°24, 15 juin 2012

 


Commentaires

 
 
 
posté le jeudi 14 juin 2012

Comment la mondialisation a tué l'écologie

 

 

 

Le débat scientifique sur la réalité du changement climatique a ses imposteurs. Mais, en matière d’environnement, les plus grandes impostures se situent dans le champ politique.

 

Lorsque l’écologie émerge dans le débat public au début des années 1970, les grandes puissances économiques comprennent qu’un danger se profile. Alors que la mondialisation du capitalisme se met en place grâce à la stratégie du libre échange, l’écologie politique pourrait remettre en cause le productivisme, l’intensification du commerce international et

les délocalisations de l’industrie vers les pays à bas coût de main-d’oeuvre.

 

Avant même que la communauté internationale ne se réunisse pour débattre des crises environnementales, les tenants de la mondialisation rédigent les conclusions : aucune mesure de protection de l’environnement ne devra entraver le commerce.

 

Depuis quarante ans, un pacte tacite s’est instauré : au sein des gouvernements, des institutions internationales, lors des grands sommets, seules des mesures cosmétiques, ne portant pas atteinte au libre échange et à la mondialisation, sont tolérées. Il est grand temps de faire tomber les masques et raconter en détail l’histoire politique, totalement

méconnue, qui révèle la supercherie d’une prétendue conversion à l’écologie des grands de ce monde.


Aurélien Bernier a travaillé dix ans pour l’Agence de l’environnement et de la maîtrise

de l’énergie (Ademe). Ancien membre d’Attac, il est membre du Mouvement politique d'éducation populaire (M'PEP). Il collabore fréquemment au Monde diplomatique.

Il est notamment l’auteur aux éditions Mille et une nuits de Le Climat, otage de la finance (2008), Ne soyons pas des écologistes benêts (2010), Désobeissons à l’Union européeenne ! (2011).

 

En librairie le 13 juin 2012

 

 


Commentaires

 

1. klamst  le 20-06-2012 à 14:07:22  (site)

Diffusion ce jour sur Médiaterre International de l'annonce de la parution de l'ouvrage !

http://bit.ly/PscSbV

édité le 20-06-2012 à 16:09:25

2. erasmusnights  le 02-05-2013 à 23:14:06  (site)

Face a cette atteinte à l’écologie , les gouvernements restent jusque la bouche cousue , et n'entravent en rien le bon déroulement de leurs affaires , quitte a puiser toutes les ressources pour faire grimper leur économie . Ne sont-ils pas conscients du danger qui les guettent ? ou serions-nous ,écologistes, en train d'amplifier les choses ?A chaque Meeting des nations unies , on promet de prendre des mesures d'urgence mais ceci ne se fait pas réellement sur terrain ? a quand une prise de conscience générale ? serait-on en train de creuser notre propre tombe ? du moins celle des générations a venir ?

3. Centre d'appel  le 07-05-2013 à 09:33:40  (site)

Bonjour,est ce que cet ouvrage existe en format E-book?

 
 
 
 

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