Démondialiser et coopérer

Blog d'Aurélien BERNIER

posté le vendredi 28 février 2014

Interventions 2014

 

 

Voici un calendrier de mes interventions programmées pour 2014 autour de mon dernier livre, La gauche radicale et ses tabous.

 

6 février, 18h30 : Poitiers, librairie La belle aventure.

 

12 mars, 20h30 : Belfort, Maison du peuple, soirée débat organisée par Les amis du Monde Diplomatique. http://www.amis.monde-diplomatique.fr/article3933.html

 

18 mars, 20h30 : Poitiers, bar associatif Le Plan B, débat "La gauche est-elle finie?", avec Bertrand Rothé. http://www.barleplanb.fr/la-gauche-radicale-est-elle-finie/

 

10 avril, 20h30 : Clermont-Ferrand, soirée débat organisée par Les amis du Temps des cerises. http://www.amistempsdescerises.org

 

11 avril, 20h30 : Genève, soirée débat organisée par l'hebdomadaire Gauchebdo. http://www.gauchebdo.ch/spip.php?article4570

 

17 avril, 20h30 : Tours.

 

1er mai : Arras, Salon du livre d'expression populaire et de critique sociale. http://www.coleresdupresent.com/index.php?page=salon

 

13 mai, 20h30 : Laval, soirée débat organisée par Attac. http://local.attac.org/attac53/

 

3 juin, 20h30 : Liège, soirée débat organisée par Les amis du Monde Diplomatique. http://www.amis-mondediplo.be/site1/

 

17 juin, 20h30 : Blois, soirée débat organisée par Attac. http://local.attac.org/attac41/

 

4, 5, 6 juillet : Aix-en-Provence, les Rencontres déconnomiques. http://cluster006.ovh.net/~deconnom/

 


Commentaires

 
 
 
posté le jeudi 30 janvier 2014

L'embarras de Pierre Laurent sur les questions européennes

 

 

Le 18 janvier 2014, Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste français et président du Parti de la gauche européenne (PGE), était l'invité de l'animateur Laurent Ruquier dans l'émission « On n'est pas couché », sur France 2 (http://www.france2.fr/emissions/on-n-est-pas-couche/diffusions/18-01-2014_166212).

Interrogé sur différents sujets d'actualité, Pierre Laurent a été interpellé par la journaliste Natacha Polony à propos de mon dernier livre, La gauche radicale et ses tabous, ce qui a donné lieu à l'échange suivant :


Natacha Polony - Il y a un livre qui vient de paraître, d'Aurélien Bernier, qui est membre du Front de gauche, enfin qui est proche du Front de gauche, qui analyse les différents tabous qui, selon lui, empêchent la gauche radicale, la gauche de la gauche, de percer. Et ce qu'il explique est assez intéressant : pour lui, il y a un basculement en 1997, au moment où, dit-il, le Parti communiste accepte d'entrer dans la majorité plurielle en échange de, on va dire, de son basculement sur la question européenne. C'est à dire qu'avant cette période-là, le Parti communiste était très critique sur la construction européenne, parce qu'elle était ultralibérale, parce qu'elle était en train de démanteler tout le modèle social français, et en 97 Lionel Jospin met un marché : en gros, vous serez morts si le PS ne vous aide pas dans les élections locales, ne vous aide pas aux législatives, mais il faut mettre un peu d'eau dans votre vin sur la question européenne.

Alors je vous vois secouer de la tête, vous vous dites que ce n'est pas vrai, pourtant on est quand même très très frappé, pourtant, quand on voit les discours du Parti communiste sur cette question-là, on est frappé par le fait que vous avez acquis cette idée que, finalement... pouvoir réformer de l'intérieur... que, sur l'euro, vous pouvez aussi réformer de l'intérieur, qu'il y aurait cette Europe sociale qu'on pourrait un jour construire... Est-ce que vous vous êtes reniés ? Est-ce que vous vous êtes faits avoir par le Parti socialiste ?


Laurent Ruquier – C'est la real-politik !


Pierre Laurent – Le Parti socialiste vous obsède beaucoup, voyez. On ne se détermine pas par rapport au Parti socialiste sur toutes ces questions. On se détermine par rapport à ce qu'on pense.


Natacha Polony – Sauf que vous avez changé de discours. Le Parti communiste a changé de discours.


Pierre Laurent – Sur l'Europe, je secoue la tête, pourquoi... Moi je préside le Parti de la gauche européenne. C'est toutes les forces politiques qui ressemblent à notre famille politique, qui sont très diverses au plan européen. Celui qui travaille au Parti de la gauche européenne à mes côtés, Alexis Tsipras, qui est le leader de la gauche grecque, qui résiste aux plans d'austérité, on vient de décider qu'il serait notre candidat, à l'échelle de toute l'Europe. Or, le combat qu'on mène ensemble, que je mène avec Syriza, avec Die Linke, avec beaucoup d'autres partis européens, c'est justement un combat de critique radicale de l'Union européenne actuelle, parce que nous, nous pensons que cette construction européenne ultralibérale est la responsable de la crise dans laquelle nous nous trouvons, qui enfonce l'Europe dans le chômage, dans la précarité, qu'il faut radicalement refonder cette Europe, mais effectivement, nous pensons qu'il faut construire un autre espace européen. Nous ne renonçons pas pour autant à l'idée européenne. On peut la faire de manière démocratique, en donnant davantage de pouvoir aux peuples, en mettant la coopération à la place de la mise en concurrence systématique et du dumping.


Cette réponse du dirigeant communiste, et surtout son évitement face à certaines questions, méritent une analyse.


Le tournant « euroconstructif » et ses conséquences


Sans surprise, Pierre Laurent ne s'exprime pas sur le tournant idéologique opéré par Robert Hue en 1997 et défend la stratégie du PCF et du PGE : celle d'une réforme « de l'intérieur » des institutions européennes. Les images montrent un certain embarras du dirigeant de la gauche radicale, sans doute lié au format globalement accusatoire de l'entretien, mais sans doute également au sujet traité dans mon livre et résumé sur le plateau par Natacha Polony. L'embarras est compréhensible, car le tournant stratégique du PCF, sous la pression du Parti socialiste est une réalité incontestable.


Début 1997, le PCF lance une pétition pour refuser le passage à la monnaie unique. En meeting à Paris, Robert Hue déclare le 19 février que la monnaie unique est « un véritable carcan, assurant la soumission des peuples aux conditions fixées par les marchés financiers et annulant par la même toute velléité d'indépendance, tout libre choix des français et des élus qu'ils se donneraient, notamment en matière de politiques économiques et sociales ». La ligne du PCF est encore celle de 1992, et de la campagne contre Maastricht. A cette époque, on lisait dans les Cahiers du communisme que « Maastricht prolonge et focalise ce choix majeur que la grande bourgeoisie a effectué dès le milieu des années 1970, qui consiste à rapetisser la France aux normes communautaires pour gonfler les profits des possédants. »1 Le PCF défendait l'idée d'une « Europe des Nations ». Il était fermement opposé à la monnaie unique et proposait une monnaie commune, qui permette la coopération sans remettre en cause la souveraineté des peuples.


La tournant a lieu en mars-avril 1997. Les négociations pour les législatives (prévues à l'époque pour juin 1998) se déroulent entre les directions du PS et du PCF et par médias interposés. Chacun défend ses positions et le PCF attend des socialistes une « vraie politique de gauche ». Mais le 3 mars 1997, Lionel Jospin déclare : « La direction du PC ne peut pas à la fois dire qu'elle veut gouverner, critiquer le partenaire principal et refuser tout mouvement sur des points essentiels qui assureraient la cohérence d'un futur gouvernement. Qu'il s'agisse de l'euro ou d'un certain nombre de mesures de politique intérieure »2. Même si la diplomatie est de mise, tout le monde comprend qu'il s'agit d'un ultimatum auquel, dans un premier temps, le PCF ne réagit pas. Mais le 21 avril 1997, Jacques Chirac annonce officiellement la dissolution de l'Assemblée nationale et la convocation d'élections anticipées le 25 mai et le 1er juin 1997. Le tempo s'accélère d'un coup. Dès le 29 avril, un accord entre le PCF et le Parti socialiste est trouvé pour une « déclaration commune » sur les grandes orientations politiques. Le compromis obtenu sur l'Europe évoque, de façon très floue, un « dépassement de Maastricht » et un engagement dans des « discussions pour réorienter la construction européenne ». Dans L'Humanité, à la question « Comment dépasser Maastricht ? », Robert Hue répond : « Il reste un an pour un grand débat national, une renégociation »3.


Le PS gagne les élections du 1er juin, le PCF entre au gouvernement... mais cette renégociation n'aura jamais lieu. Le tout premier acte de Lionel Jospin vis-à-vis de l'Union européenne sera de signer, dès le 17 juin 1997, le traité d'Amsterdam qui confirme le passage à l'euro au prix de mesures d'austérité que l'on appelle pudiquement « critères de convergence ». Malgré l'absence d' « Europe sociale », malgré le libéralisme assumé des sociaux-démocrates européens qui accéderont au pouvoir au Royaume-Uni puis en Allemagne, Robert Hue continue à défendre l'idée d'une transformation de la construction européenne. Le 6 novembre 1997, il déclarait « Nous avons besoin d'Europe pour réussir le changement en France »4. Le 3 décembre 1997, il se qualifiait pour la première fois d'« euroconstructif »5. Le 27 mai 1998, il affirmait : « Je ne peux imaginer l'avenir de notre pays en dehors d'un ensemble européen. Et j'ajoute : pour le meilleur et pour le pire. »6 Enfin, le 15 mars 1999, la liste « Bouge l'Europe! » formée par le PCF pour les élections européennes de juin publiait son manifeste, qui débutait par « La France, le monde ont aujourd'hui besoin d'Europe ». Durant toute la campagne, le PCF s'efforçait de montrer qu'on peut changer l'Union européenne et l'euro « de l'intérieur ».


Il y a donc bien eu un tournant du PCF sur les questions européennes en 1997, qui explique aujourd'hui encore la position « euro-réformiste » du PCF et du Front de gauche. Ainsi, en mars 2011, Pierre Laurent affirmait, comme Robert Hue en son temps, qu'aucune politique de gauche en France ne serait possible sans refonte des institutions européennes : « il n'y aura pas de politique de gauche dans ce pays si la France ne reprend pas l'initiative pour changer l'Union Européenne »7. Cette analyse est terrible. Elle signifie que le PCF n'a que deux options : soit réussir le projet titanesque (et totalement irréaliste à court terme) de « refonder la construction européenne », soit renoncer à toute transformation sociale.


Aussi regrettable soit-il, ce changement de stratégie est un fait, et nous ne referons pas l'histoire. Il est même inutile de chercher à savoir quelle est la part de calcul et la part de naïveté dans le comportement des dirigeants communistes de l'époque, Robert Hue en tête. Aujourd'hui, la seule question qui ait du sens est : comment sortir de cette stratégie à laquelle plus personne ne croit ?


Entre la souveraineté et l'Union européenne, le PCF doit choisir


En janvier 2014, une enquête Ipsos/Steria intitulée « Nouvelles fractures françaises » (http://www.ipsos.fr/ipsos-public-affairs/actualites/2014-01-21-nouvelles-fractures-francaises-resultats-et-analyse-l-enquete-ipsos-steria) donnait, sur les questions européennes, des résultats spectaculaires. 70 % des sondés considèrent qu'« il faut renforcer les pouvoirs de décision de notre pays même si cela doit conduire à limiter ceux de l'Europe », contre seulement 17 % qui pensent qu' « il faut renforcer les pouvoirs de décision de l'Europe même si cela doit conduire à limiter ceux de notre pays ». Jamais le désaveu des politiques européennes n'a été aussi flagrant. Cette demande de renationalisation des pouvoirs atteint 81 % chez les sympathisants du Front de gauche et 78 % chez les ouvriers. Alors qu'une propagande incroyable est menée en faveur de l'euro, 33 % des sondés sont pour la sortie de la France de la zone euro et un retour à une monnaie nationale. Ils n'étaient que 28 % en 2013, lors de la première édition de l'enquête.


Les citoyens ont visiblement mieux compris que les directions des partis politiques le besoin de désobéir à l'Union européenne – c'est à dire de restaurer la primauté du droit national sur le droit communautaire – et de sortir de la monnaie unique pour mettre fin à la crise. Il est dommage que la gauche radicale n'admette pas encore qu'il s'agit de mesures incontournable pour mener des politiques de gauche, et qu'elle n'en tire pas la conclusion qui s'impose : tant qu'elle ne clarifiera pas son discours, elle ne sera pas suffisamment crédible et sera battue dans les urnes. Rappelons que le programme du Front de gauche, l'Humain d'abord, propose de mettre en place un « protectionnisme européen » qui nécessiterait un accord des vingt-huit États membres de l'Union européenne, de changer les statuts de la Banque centrale européenne, ce qui nécessiterait un accord des dix-huit États membres de la zone euro, et que, s'il évoque la désobéissance européenne, il le fait sans dire que restaurer la primauté du droit national sur le droit communautaire est un préalable juridique incontournable.


A la veille des élections européennes de 2014, la question est de savoir si le Front de gauche radicalisera ou non son programme. En novembre 2013, le Comité du Projet du PCF, chargé de proposer des orientations pour le programme politique, publiait un document intitulé « Refonder l'Europe » (http://www.pcf.fr/43018), dans lequel on peut mesurer l'embarras des communistes sur la question.


Dans un court paragraphe, le Comité du Projet du PCF donne sa vision de la construction européenne : « Le type d’ « Union » répondant le mieux, selon nous, à ces buts communs [de solidarité et de coopération entre États] est une construction qui ne cherche pas à reproduire au niveau européen la structure d’un État national quelle qu’elle soit. Il s’agit, à nos yeux, d’une union de nations et de peuples souverains et associés, donc d’un cadre très spécifique à créer d’un commun accord. » Ce positionnement est très important, puisqu'il affirme le besoin de préserver et de reconquérir la souveraineté nationale et populaire, dans une perspective de coopération. Or, depuis le tournant « euroconstructif » de Robert Hue, le PCF restait extrêmement timide, voire silencieux, sur le sujet. Il s'agit donc d'une évolution positive.


Pour autant, le Comité du Projet est loin de revenir aux positions du PCF du début des années 1990. Dès les premières pages de son document, il « récuse le qualificatif d’eurosceptiques ». Les auteurs considèrent que « la grande majorité [des citoyens] se rendent compte du besoin impérieux d’un cadre européen dans la mondialisation » et que la sortie de l'euro, concertée ou non « n'est pas une solution ». Ils ne proposent finalement que de mettre en place un nouveau traité en remplacement de celui de Lisbonne. Ils ne formulent aucune mesure de rupture en cas d'échec de cette stratégie : pas de désobéissance européenne, pas de retour à la monnaie nationale, même comme deuxième choix. Dès lors, l'Europe des nations souveraines et solidaires que le PCF appelle de ses vœux n'est qu'un rêve lointain. Et puisque la quasi-totalité des mesures proposées par le Front de gauche sont conditionnées à ce changement « de l'intérieur » de l'Union européenne, tout son programme est bâti sur du sable.


Dans ces conditions, on voit mal comment la personnalité d'Alexis Tsipras suffirait à convaincre les électeurs français de voter pour le Front de gauche aux élections européennes de mai 2014. Par contre, on voit très bien comment le rejet des politiques européennes pourra mener à une abstention massive et à un score élevé, voire très élevé, pour le Front national. S'il veut éviter la catastrophe, le Front de gauche doit impérativement changer de ligne et revenir au discours radical qui était celui du PCF en 1992. Or, le Front de gauche ne changera pas de ligne si le PCF n'y est pas prêt. Les communistes doivent relire leur propre histoire et retrouver, sur l'Europe, leur cohérence et leur radicalité d'avant les « années Robert Hue ». Il leur reste moins de quatre mois pour le faire.

 

Aurélien Bernier

30/01/2014

 

 

1Gérard Streiff, « Maastricht-Elysée . L'impossible quête d'un référendum apolitique », cahiers du communisme, septembre 1992.

2L'Humanité, 4 mars 1997.

3« Une dynamique à gauche pour répondre aux exigences citoyennes », L'Humanité, 29/04/1997.

4« Robert Hue : redonner du sens à l'Europe », L'Humanité, 6 novembre 1997.

5« Robert Hue : un esprit euroconstructif », L'Humanité, 3 décembre 1997.

6« Robert Hue : un nouvel élan est nécessaire », L'Humanité, 27 mai 1998.

7« Le Front de gauche rejoue les airs du « non » européen », Libération, 2 mars 2011.

 


Commentaires

 

1. placide-PRCF  le 01-02-2014 à 16:20:01  (site)

Pour compléter cette analyse, il faut rappeler que de très nombreux communistes sont entrés en rupture avec ce virage euroconstructif, réformiste du PCF.
Cette position a été combattue en interne, notamment par les communistes réunis autour de G Gastaud. Un certains nombre d'entre eux seront d'ailleurs exclus par les réformateur-mutant qui dirigent toujours le PCF.
En 1997, G Gastaud sort d'ailleurs un livre Mondialisation capitaliste et projet communiste qui démontre et dénonce le caractère intrinsèquement capitaliste de la construction européenne.
Aujourd'hui, il existe de nombreux communiste, organisés ou inorganisés dans et hors du PCF qui sont résolument contre ce virage de la direction du PCF. Je pense en particulier à mon mouvement, le PRCF, mais aussi à tout les autres y compris le PRCF signataire de l'appel des assises du communisme.
Pour combattre la montée des idées fascisantes dans ce pays, pour remettre le progrès social et la démocratie à l'offensive face à l'oligarchie capitaliste, il y a urgence à rassembler les progressistes, les républicains, les communistes en un large front affirmant qu'il fait primer la défense et l'extension des acquis du CNR, la souveraineté populaire sur la construction européenne. Un front pour la sortie de l'UE du capital. C'est bien ce que propose le PRCF, et avec lui le M'PEP et les CPF.
Dernière précision, il est édifient de voir PLaurent, président d'un PGE grassement subventionné par la commission européeene, ignoré l'isolement du PCF dans le mouvement communiste internationale.
Il suffit de lire la récente déclaration de l'Initiative regroupant une 30e de partis et mouvement communistes d'europe et non des moindres au sujet des élections européennes.
http://www.initiative-communiste.fr/articles/international/initiative-declaration-des-partis-communistes-des-travailleurs-pour-le-developpement-de-la-lutte-des-classes-lors-des-elections-europeennes/

2. Leulier  le 03-02-2014 à 22:34:40  (site)

Vous sembler assimiler, dans vos articles et lors de vos interventions dans les médias, le Front de Gauche au Parti Communiste Français. S'il en est bien sûr une composante importante, il n'en est pour autant pas la seule.
Puisque vous prenez comme illustration l’émission "On n'est pas couché", vous pouvez consulter la dernière, ou le co-président du Parti de Gauche était invité, et ainsi apprécier la différence de position sur l'euro par exemple. On est pas (encore?) sur les positions que vous défendez (ou sur celles du M'PEP ou du PRCF), mais il y a quand même une nette différence avec celles du PCF.
http://www.dailymotion.com/video/x1av728_on-ne-peut-pas-continuer-avec-cet-euro-la-j-l-melenchon_news

3. Guillaume Foutrier  le 17-02-2014 à 11:00:16  (site)

Votre livre est une contribution essentielle dans un débat qui s'ossifie et tombe dans les pièges du "michéisme" et du "soralisme". Soutenir votre analyse est un véritable exercice de funambule, entre procès d'intention nationalistes et récupérations soraliennes ou lepénistes.
Votre nom est rapidement apparu dans les commentaires d'une série d'articles que je viens de publier sur mon blog Mediapart contre les (faux ?) aveuglements de l'intelligentsia de gauche, en particulier chez les historiens. Mes deux premiers billets qui ont lancé une vive polémique parmi mes collègues historiens ("sur la gauche, l'histoire et le roman national") sont un peu longs mais posent les problèmes. Les trois suivants sont plus courts et plus politiques. J'y vais un peu fort, certains amis me l'ont reproché, mais le ton est à la mesure de mon exaspération face à l'inintelligence et la légèreté politique des débats actuels.

http://blogs.mediapart.fr/blog/guillaume-foutrier

 
 
 
posté le vendredi 27 décembre 2013

La gauche radicale et ses tabous, en librairie le 2 janvier 2014

 

 

Le constat est douloureux, mais irréfutable : malgré le succès de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon en 2012, le Front national réussit bien mieux que le Front de gauche à capter le mécontentement populaire. Comme dans la plupart des pays d'Europe, la crise du capitalisme profite moins à la gauche « radicale » qu'à une mouvance nationaliste favorable au capitalisme ! Tel est le paradoxe analysé dans ce livre.


Paralysé par la peur de dire « la même chose que Le Pen », le Front de gauche s'enferme dans trois contradictions. Il veut restaurer la souveraineté populaire mais ne défend plus la Nation, seul espace possible pour une réelle démocratie. Il lutte pour une « autre Europe », sociale et solidaire, mais n'assume pas la nécessaire rupture avec l'ordre juridique et monétaire européen. Il est anticapitaliste mais renonce au protectionnisme contre le libre échange mondialisé qui brise toutes les résistances. Souveraineté nationale, désobéissance européenne et protectionnisme : tels sont les trois sujets tabous dont la gauche radicale doit se ressaisir, au lieu de les abandonner au Front national qui a beau jeu de se présenter comme le seul protecteur du peuple français face à la pression des marchés et à l'Europe ultralibérale.

 

Aurélien Bernier
La Gauche radicale et ses tabous
éditions du Seuil
date de parution : 2 janvier 2014

 

 


Commentaires

 

1. Kurosawa  le 01-01-2014 à 18:20:42

Bonjour et Bonne Année ! J'attends votre livre avec impatience mais je me demandais si vous énoncez dans votre ouvrage le "protectionnisme solidaire" voté par le Parti de Gauche.

Car malheureusement, les médias ont déjà choisi le FN et cette année, ils vont exposer FN = protectionnisme alors que d'autres partis le mettre en valeur.

Bien entendu, cela ne sera pas la même incidence et conséquence si il est au main du FN que du PG et peut-être du FDG.

Merci beaucoup et merci pour votre travail.

édité le 01-01-2014 à 19:21:03

2. dquivilou  le 02-01-2014 à 16:49:35

Mélenchon tape sur l'UE mais ne veut surtout pas la quitter, qui comprend ?
La gauche est engluée dans son idéologie alors qu'il y a le feu. Le problème n'est pas la gauche ou la droite mais : qui gouverne la France aujourd'hui ?
L'UPR est l'alternative crédible au FN et au FDG car il est le seul parti à proposer la sortie de l'UE par l'article 50. Son programme est clair contrairement aux autres partis qui changent d'avis comme de chemise.

3. Le Maze  le 06-01-2014 à 22:41:18

La couverture est accrocheuse. Mais le synopsis insinue qu'il faudrait se rapprocher des thèses du FN pour le rattraper.
ça ne donne pas envie d'acheter le bouquin !
Voeux de progrès.
YM

4. Gaston Lefranc  le 07-01-2014 à 23:40:46  (site)

J'ai lu votre réponse à Sapir publié sur son blog (http://russeurope.hypotheses.org/1894) ; très intéressant. Vous dites notamment "certains trotskistes commencent à accepter l’idée d’un protectionnisme « de gauche », d’une désobéissance européenne, voire d’une sortie de l’euro" ; vous pensiez à la tendance CLAIRE du NPA ?
Nous menons à la bataille, à l'intérieur du NPA, pour la rupture anticapitaliste avec l'UE et l'euro.
Pour ceux que cela intéresse, notre position sur l'UE est ici : http://tendanceclaire.npa.free.fr/article.php?id=531

5. gorgerouge  le 08-01-2014 à 07:08:54  (site)

La fusée à trois étages et les deux entonnoirs

Le premier étage de la fusée se trouve dans « Sauf le respect que je vous dois », de Fabienne Godet. On pourrait l’appeler l’étage de la responsabilité individuelle dans les dysfonctionnements économiques, les patrons sont des salauds égoïstes etc.

Ce premier étage avait déjà été visité lors du 24 décembre à midi, à Groslay dans le Val d’Oise, au Sancerre. Nous étions à table avec Gérard.

Notre conversation sur les difficultés économiques à la SNECMA avait débouché sur cette réflexion de Gérard : « que ce soit la droite ou la gauche ça n’y change rien ». J’ai volontairement demandé, « pour voir » comme on dit au poker : « et alors ? C’est quoi la solution ? » Et là, silence gêné, la discussion a tourné court, j’ai senti que le spectre du Front National rôdait alentours. Comme si un entonnoir nous menait vers le FN.

Quand je racontais ça à Mourad, le soir même, devant les 7 autres personnes présentes, au moment précis où je prononçais les mots « Front National », c’est comme si j’avais déclenché un programme préenregistré, sorte de second entonnoir qui nous empêche de réfléchir, et il s’est mis à nous dérouler tout son argumentaire anti FN. Alors que FN ou pas, pour ou contre, finalement l’essentiel est ailleurs !

Le second étage est ce que j’aurais pu dire à Gérard : ce qu’un autre Gérard, Foucher celui-là, nous avait magistralement expliqué la veille au soir en nous présentant son livre : « Les secrets de la monnaie ». Le système fait que les employeurs n’ont pas le choix : soit ils restent en l’état et, face à la concurrence internationale de la main d’œuvre à bas coûts, ils perdent des clients et ferment la boutique, soit ils baissent leurs coûts tout en licenciant une partie de leur personnel. Les solutions de Gérard Foucher passent par la reconquête de notre souveraineté monétaire nationale et le retour au franc. Donc par les urnes. Et encore, on l’a vu avec le référendum sur le traité de Maastricht : il est certaines victoires électorales qui se transforment en échec.

Dit autrement, ce second étage montre que si les patrons étaient « gentils », premier étage, le système ne tiendrait pas non plus.

Et le troisième étage, que Fabienne Godet comme Gérard Foucher ne voient pas, c’est ma tarte à la crème : le pic de pétrole.

Les solutions ? Ce que Gérard Foucher fustigeait dans le cas où ses préconisations ne seraient pas mises en place : « retour au potager pour tout le monde » ! La formule est un peu courte et provocatrice. Davantage de précisions se trouvent sur le blog de gorgerouge.

"La gauche radicale et ses tabous" traite-t-il du pic de pétrole (2014 ou 2015 selon Benoît Thévard) et de ses conséquences ?

6. HM  le 08-01-2014 à 20:02:02

Bonjour Aurélien,
Je m'empresse d'acheter ton livre. Le problème de fond est bien la souveraineté perdu et c'est illusoire de la retrouver en restant dans l'Euro et l'UE.
La position du Front de Gauche sur l'Europe est inaudible et sa focalisation contre le FN est inefficace et fait le jeu de ce dernier en le mettant au centre du jeu politique.
Demain soir j'irai voir le film "Les jours heureux" suivi d'un débat. Je compte demander à Attac s'il est d'accord d'organiser un débat sur la sortie de l'Euro et de l'UE ? C'est devenu un débat incontournable.
Une idée : pour les élections européennes, ne serait-il pas possible d'envisager un appel de personnalités pour boycotter ces élections ?
H Marteau

7. CF74  le 16-01-2014 à 20:21:12

je n'ai pas encore lu "la gauche radicale" mais l'accueil que lui a réservé le dernier "politis" -prévisible mais décevant - m'amène à découvrir ce blog moi qui me suis échiné (modestement) à écrire sur le blog de mélenchon que la solution pour la gauche passait par la sortie de l'europe, de l'euro et de toutes les structures du néolibéralisme !!. Blacklisté sur le blog mélenchonnien, je ne peux que partager le propos du bouquin et toute la question est donc: comment faire pour populariser ces thèmes sachant que le FDG est en perdition (causes électoralistes et d'appareils), que le NPA a raté sa démarche et que les forces alternatives ont de si petits muscles !!!.

8. PYMartin  le 25-02-2014 à 16:14:18

Cet ouvrage n'échappe pas entièrement à un travers courant actuellement à gauche : se définir principalement contre, et donc « par rapport à », le FN, avec parfois une fascination suspecte. Le problème n°1, ce n'est pas le FN mais bien l'Union Européenne. Ceci étant, nous sommes tous conscients de ce que la soumission, les ambiguïté, les incohérences, et en réalité la lâcheté, des politiques de gauche (ou se disant tels) sur l'U.E. ont ouvert un boulevard sur lequel le FN s'est engouffré.
Il faut prendre les problèmes dans l'ordre : si on offrait aux citoyens et aux électeurs une analyse, une stratégie et un discours cohérents sur la sortie de la France de l'U.E., beaucoup d'entre eux retrouveraient le chemin de la gauche.
A par cela, deux points de détail :
Page 34,ligne 11 : « première » et non pas « deuxième » guerre du golfe.
Page 76, ligne 8 : « dans les années 1959 à 1969 » et non « 1950 à à 1960 » : le général de Gaulle est revenu au pouvoir mi 1958 ; au début, il était trop occupé avec les institutions et la guerre d'Algérie pour s'intéresser à la PAC, qui était d'ailleurs dans les limbes.

9. HDom  le 03-03-2014 à 21:21:30

D'autres motifs sont à rajouter aux raisons qui font que beaucoup de travailleurs ne se retrouvent pas dans le FdG. Comme les revendications concernant les régularisations sans condition de tous les sans-papiers, les prises de position du FdG favorables à des mesures "sociétales" comme le mariage pour tous, la PMA et la GPA. Non comprises ou pas acceptées, ces positions font aussi parties des causes du rejet.
Ouvrier moi-même, j'ai été adhérent au PG et j'ai eu à faire face à l'intolérance et au refus de discuter sur des positions qui étaient plus des copiés/collés de lobbys externes pratiquant l’entrisme qu'issues de discussions internes.
Certains, comme le philosophe Jean-Claude Michéa, pensent que le libéralisme a besoin de deux jambes pour fonctionner correctement. La première serait représentée par la droite et l'extrême droite qui déstructure la société dans ses volets économiques et politiques, la seconde serait tenue par la gauche et l'extrême gauche qui la déstructure dans ses fondements sociaux et culturels. Et tout cela pour créer un Monde globalisé, mondialisé, uniformisé, etc. pour le plus grand bonheur de la classe dominante. La droite y trouvant son marché unique à l’échelle de la planète et la gauche son être universel, asexué et culturellement insipide.
Dans ces conditions, les ouvriers n'auraient pas le choix. Si nous ne voulons pas subir les conséquences désastreuses pour nos conditions de vie au quotidien, des déstructurations économiques, nous sommes contraints d’opter pour le moins pire des deux camps et d’accepter par ce choix les déstructurations culturelles qu’il véhicule. Désespérant.
Personnellement, j'ai quitté le PG et je me suis rapproché du M'PEP, mais je n'arrive pas à blâmer ceux de ma classe sociale qui se laissent séduire par le faux discours du FN.
Dans le combat Front contre Front, Mélanchon a perdu toutes les batailles. Et ceux qui l’accusaient de servir de voiture balai au PS pour la présidentielle risquent d’avoir eu raison. Je n’ai jamais été favorable à cette stratégie, car je la suspectais de vouloir éviter les attaques trop dures envers un camp avec lequel on pourrait éventuellement travailler. Aujourd’hui encore des voix au PS réclament l’entrée de membres du FdG au gouvernement. Sans compter les notables du PC qui sont prêts à toutes les courbettes pour préserver leurs mandats.
Entendre sur la chaine parlementaire un type comme Besancenot dire que ce qui l’interpelle c’est le sort des travailleurs au niveau mondial et qu’il est au-delà des préoccupations des seuls salariés français, on comprend pourquoi le NPA s’est vidé de ses nouveaux adhérents aussi vite qu’il s’était rempli.
C’est à se demander si certains qui se disent à gauche souhaitent vraiment que cela change et que finalement, ils s’accommodent très bien du confort que la société leur autorise.
Et il y en a qui s’étonnent de la montée du FN !

 
 
 
posté le lundi 10 juin 2013

Un écologiste peut en cacher un autre

 

 

On n’imaginait pas, il y a peu encore, de discours institutionnel ou de politique générale omettant de se référer au fameux « développement durable ». Mais, depuis la crise d’août 2008, cette notion est en passe d’être supplantée par une autre, mieux adaptée à la période : le « New Deal vert ».

 

Diffusé par les Nations unies pour « diriger les flux financiers et inciter le marché à s’occuper du plus grand enjeu planétaire de notre époque (1) », ce projet bénéficie du soutien de personnalités influentes, dont l’ancien vice-président des Etats-Unis Albert Gore (2) ou le Britannique Anthony Giddens (3), théoricien d’une très libérale troisième voie entre capitalisme et socialisme. Les écologistes ne semblent pas en reste, puisque deux ouvrages de personnalités « vertes » — qui ne représentent pas nécessairement tout le mouvement — adoptent déjà green Deal comme titre : celui du député wallon Jean-Marc Nollet (4), en 2008, et celui de l’économiste français Alain Lipietz (5), en 2012.

 

Si ce concept connaît un tel succès, c’est que, à l’image du développement durable, il ratisse large. Pour Giddens, « les marchés sont sous le feu de la critique, mais, correctement régulés, ils seront utiles pour lutter contre le changement climatique ». Nollet et Lipietz sont plus virulents pour dénoncer le « libéral-productivisme » — pour reprendre la formule de ce dernier —, mais ils assument leur approche réformiste : « Le prochain modèle sera certainement un modèle capitaliste, car il n’y a pas de candidat alternatif », affirme Lipietz.

 

Dès lors, le salut passerait par les expérimentations locales et par la réforme des institutions supranationales, Organisation mondiale du commerce (OMC) et Union européenne en tête. Mais du cadre national, il n’y aurait rien à attendre — ou si peu. C’est la raison pour laquelle l’économiste fustige toujours, sept ans plus tard, la « campagne souverainiste-nationaliste de la droite de la droite et de la gauche de la gauche » lors du référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen.

 

La volonté de dépasser l’Etat, qui tourne parfois à la haine de la nation, n’est pas nouvelle chez certains écologistes. En 1979, à la veille de la première élection du Parlement européen au suffrage universel, la journaliste Catherine Decouan, du mensuel La Gueule ouverte, écrivait : «  [La nation] est un territoire qui a été inventé de toutes pièces par des légistes, borné autoritairement par des frontières et constitué en vue de la guerre. (...) Cette analyse est partagée depuis longtemps par les écologistes et les régionalistes, qui préfèrent voir les Etats-nations se fédéraliser de l’intérieur et se fédérer à l’extérieur (6). » Et d’appuyer son raisonnement par des considérations physiques : « Dans la pratique, les écologistes ignorent les frontières, parce que les problèmes qui les préoccupent les ignorent aussi. »

 

Converti au fédéralisme européen en même temps qu’à l’écologie, Lipietz n’est plus l’intellectuel audacieux qui critiquait — avec brio — les renoncements de la gauche gouvernementale et les errements de la « deuxième gauche » libérale-libertaire (7). En 1984, il estimait que la France devait sortir du serpent monétaire européen, dévaluer fortement sa monnaie par rapport au mark allemand et adopter un protectionnisme intelligent. Il se déclarait même favorable, si nécessaire, à des mesures unilatérales : « Ce que nous devons chercher, c’est le moyen de poursuivre une voie de progrès économique et social, si possible avec tous nos partenaires du traité de Rome, et le cas échéant sans eux, mais avec tous les pays tiers qui le voudraient. » On comprend mal pourquoi cette stratégie serait aujourd’hui périmée. A moins que l’extrême droite, ressuscitée en France dans le milieu des années 1980, ne joue si bien son rôle d’épouvantail qu’elle incite à rejeter par principe toute action nationale dissidente, si exemplaire soit-elle.

 

Aurélien Bernier

Auteur, notamment, de l’ouvrage Comment la mondialisation a tué l’écologie (Mille et une nuits, Paris, 20012).

Article paru dans Le Monde diplomatique, octobre 2012

 

 

 

(1) Le «  Global Green New Deal  » est lancé le 22 octobre 2008 par le Programme des Nations unies pour l’environnement.

(2) «  We will create green new deal, says Gore  », The Guardian, Londres, 14 mars 2009.

(3) Anthony Giddens, The Politics of Climate Change, Polity Press, Londres, 2009.

(4) Jean-Marc Nollet, Le Green Deal. Proposition pour une sortie de crises, Le Cri, Bruxelles, 2008.

(5) Alain Lipietz, Green Deal. La crise du libéral-productivisme et la réponse écologiste, La Découverte, Paris, 2012.

(6) Catherine Decouan, La Dimension écologique de l’Europe, Entente, Paris, 1979.

(7) Alain Lipietz, L’Audace ou l’Enlisement, La Découverte, Paris, 1984.

 


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posté le lundi 10 juin 2013

En Equateur, la biodiversité à l’épreuve de la solidarité internationale

 

 

Article paru dans Le Monde diplomatique, juin 2012

 

 

Du 20 au 22 juin, le sommet international Rio + 20 sur le développement durable se tiendra au Brésil. Alors que les pays riches cherchent à imposer une économie « verte » compatible avec l’ordre néolibéral, certains proposent des solutions plus originales. C’est le cas de l’Equateur, qui défendra à Rio un projet visant à concilier souveraineté nationale, progrès social et protection des écosystèmes.

 

par Aurélien Bernier, juin 2012 
               

Juin 2007. Le président équatorien Rafael Correa, élu le 26 novembre 2006, annonce le lancement d’une démarche qualifiée de « révolutionnaire » : le projet Yasuní-ITT. Celui-ci prévoit que l’Equateur renoncera à l’exploitation pétrolière au cœur du parc naturel de Yasuní — où ont déjà lieu trois forages d’exploration (Ishpingo, Tambococha et Tiputini, d’où l’abréviation ITT) — si la « communauté internationale » accepte de verser au pays un dédommagement correspondant à la moitié des recettes attendues, estimées à plus de 7 milliards de dollars sur treize ans. Les fonds ainsi collectés permettront à Quito de développer les énergies renouvelables, de préserver et réparer les écosystèmes tout en protégeant les populations indigènes (dont certaines vivent en isolement total), de mener des recherches sur la valorisation de la biodiversité, ou encore de bâtir des programmes sociaux destinés en priorité aux populations des zones concernées.

 

A première vue, le projet Yasuní a tout de l’idée géniale. Alors que les négociations internationales sur le climat et la biodiversité s’enlisent, il éviterait d’émettre les quatre cents millions de tonnes de dioxyde de carbone correspondant à l’exploitation de ces ressources, tout en préservant l’un des écosystèmes les plus riches de la planète. Sans rompre avec la logique de « valorisation », et donc de marchandisation, de la nature, il s’oppose malgré tout au productivisme néolibéral : dans un pays pauvre et dépendant des activités pétrolières, il amorcerait une conversion écologique et sociale de l’économie. Mais, derrière l’image idyllique, les difficultés sont nombreuses.

Et le pétrole restera sous terre

Ancien ministre de l’économie, M. Correa met en œuvre une politique proche de celle du président vénézuélien Hugo Chávez : nationalisations, mesures sociales et adoption d’une nouvelle Constitution favorable aux plus pauvres. Il décide également de réduire le service de la dette, à la suite d’un audit dénonçant l’illégitimité d’une grande partie du fardeau (lire « La dette, quelle dette ? »). Le chômage baisse, les salaires du secteur public augmentent et le pays s’émancipe de la tutelle des organisations internationales ; mais une tentative de coup d’Etat, en septembre 2010, rappelle l’extrême fragilité de cette « révolution citoyenne ». Les relations de M. Correa avec les populations indigènes, et notamment avec la puissante Confédération des nationalités indigènes d’Equateur (Conaie), sont tendues. Parmi les mouvements amérindiens, certains critiquent les politiques extractives du gouvernement, qui mettent en péril leur habitat ; d’autres s’inquiètent des tentatives d’interdire certaines traditions jugées peu compatibles avec la reconstruction de l’Etat équatorien (telles certaines pratiques de justice coutumière qui légitiment parfois le lynchage).

 

Dans la géopolitique équatorienne, le pétrole occupe une place essentielle. Pour l’Etat, il constitue une ressource indispensable au financement des programmes sociaux (en 2008, la rente pétrolière représentait la moitié de son budget général), en même temps qu’il maintient le pays sous la dépendance d’entreprises étrangères (lesquelles contrôlent plus de 40 % de l’extraction) et du marché américain. Pour les populations indigènes, il est parfois l’unique source d’emploi. Mais il engendre également désastres écologiques et sanitaires, ainsi que des pratiques néocoloniales imposées par l’industrie extractive. Le groupe militant Acción Ecológica s’y attaque frontalement et se bat de longue date pour une interdiction des nouveaux forages. En février 2011, la condamnation pour pollution de la compagnie pétrolière Chevron (plus de 18 milliards de dollars !), confirmée un an plus tard en appel, a représenté une grande victoire.

 

Dès la formation du gouvernement Correa, la question de l’exploitation pétrolière provoque des affrontements au sommet de l’Etat. En l’espace de dix ans, l’idée d’un moratoire et d’une société postpétrolière a germé dans la mouvance intellectuelle de gauche, dont l’un des porte-parole est l’économiste Alberto Acosta. Devenu ministre de l’énergie et des mines en 2007, il finalise le projet Yasuní, dont les bases étaient jetées avant l’arrivée au pouvoir de M. Correa. Face à lui, l’entreprise étatique EP Petroecuador cherche au contraire à convaincre le gouvernement qu’il faut exploiter de toute urgence le pétrole du parc naturel. Avec l’augmentation du prix du baril sur le marché mondial (de 60 dollars au début de 2007 à plus de 100 dollars en 2012), les gisements ITT, particulièrement difficiles d’accès, offrent de nouvelles perspectives de rentabilité.

 

Le président doit donc choisir entre un moyen rapide mais destructeur de financer son programme politique et la satisfaction des revendications écologistes et indigènes. A l’issue de débats tendus, il tranche de façon habile : l’Equateur laissera le pétrole sous terre en échange d’une compensation financière. Ce faisant, il transfère la responsabilité de l’exploitation ou non des gisements à la « communauté internationale ». Approuvé durant l’été 2008, le projet Yasuní est présenté au sommet de Copenhague sur le climat en décembre 2009. Après une passe d’armes avec les Nations unies, M. Correa obtient la création d’un fonds fiduciaire directement géré par l’Equateur. Le 3 août 2010, celui-ci est opérationnel. Le gouvernement se fixe l’objectif de réunir 100 millions de dollars avant le 31 décembre 2011 et multiplie les déplacements dans les pays occidentaux pour y défendre sa cause.

Un succès plus que mitigé

Mais, rapidement, le manque d’enthousiasme des donateurs potentiels suscite des inquiétudes. Seuls quelques pays s’engagent à verser de l’argent : Espagne, Allemagne, Italie... Vingt mois après l’ouverture du fonds, le total des virements effectués n’est pas à la hauteur des espoirs. L’Espagne — où il existe une importante communauté équatorienne — est le seul pays occidental à avoir effectivement contribué, pour un montant de 1,4 million de dollars. Deux collectivités territoriales françaises (la région Rhône-Alpes et le département de Meurthe-et-Moselle) ainsi que quelques pays qui ne figurent pas parmi les plus gros pollueurs ou les plus riches (Chili, Colombie, Géorgie, Turquie) ont également abondé le fonds pour des montants compris entre 50 000 et 200 000 dollars chacun. D’autres promesses, comme celle faite par la Wallonie, ne se concrétisent pas. Après plusieurs annonces contradictoires, l’Allemagne choisit une voie différente de « soutien », en privilégiant une coopération bilatérale qui lui garantit des investissements profitables.

 

L’engagement le plus important ? Peut-être l’italien... qui prend la forme non pas d’un don, mais d’une annulation de dette externe de 51 millions de dollars. Derrière l’effet d’annonce, au beau milieu d’une crise de la dette particulièrement sévère en Italie, difficile de connaître le véritable poids de l’initiative Yasuní dans la décision de Rome : en 2006, la Norvège n’avait pas eu besoin de l’argument écologique pour annuler, sous la pression des associations, 20 millions de dollars de créances détenues sur l’Equateur. Faute de mieux, Quito accepte ces contributions multiformes et considère comme atteint l’objectif de collecter 100 millions de dollars fin 2011. Le compteur du fonds, lui, reste néanmoins bloqué à 3 millions de dollars.

 

On aurait pu croire que les organisations non gouvernementales (ONG) seraient plus motivées que les Etats. Il n’en est rien. Sur les sites Internet des grandes associations environnementalistes, les moteurs de recherche ne répondent pas au mot-clé « Yasuní ». Qu’il s’agisse du Fonds mondial pour la nature (World Wide Fund for Nature, WWF), de Greenpeace ou des Amis de la Terre, aucune structure n’a adopté de position officielle sur ce dossier. Officieusement, elles sont partagées. Greenpeace apprécie la proposition de non-extraction du pétrole, mais ne soutient, par principe, aucun projet gouvernemental. Les Amis de la Terre sont également sensibles à ce moyen d’éviter d’émettre des gaz à effet de serre et à la préservation de la biodiversité, tout autant qu’au respect des droits indigènes, mais ils craignent que Yasuní ne légitime le « chantage écologique ». Pour M. Sylvain Angerand, chargé de la campagne sur les forêts tropicales, « il faut un véritable débat sur Yasuní. Laisser le pétrole sous terre est une bonne chose. Mais solder la dette écologique que les pays du Nord ont contractée vis-à-vis des pays du Sud n’implique pas forcément un remboursement financier ». Par ailleurs, tout comme une partie des indigènes, l’association critique les politiques extractives de l’Equateur, qui restent intensives.

 

Lancée en 2010 par des ONG équatoriennes, la pétition internationale de soutien à Yasuní a reçu, en Europe, les signatures de responsables de l’Association pour une taxation des transactions financières et pour l’aide aux citoyens (Attac), du Front de gauche, du Nouveau Parti anticapitaliste, de Die Linke et de nombreux députés européens écologistes (1). Mais seul le Parti de gauche français s’intéresse réellement à un projet qui entre dans sa conception de la « planification écologique ». Les dirigeants des Verts, qui aimeraient soutenir Yasuní sans avoir l’air de soutenir le gouvernement Correa, jugé trop proche du « populisme à la Chávez » qu’ils dénoncent (2), demeurent simples signataires.

 

Depuis son lancement, le projet se heurte à d’innombrables difficultés. La crise financière de l’automne 2008 et l’échec du sommet de Copenhague en 2009 ont presque achevé des négociations internationales sur le changement climatique déjà mal en point. Les Nations unies concentrent leurs efforts sur l’adoption d’un dispositif de lutte contre la déforestation, baptisé REDD+ (Reducing Emissions from Deforestation and Degradation), qui doit faire largement appel au secteur privé, aux marchés du carbone, et dont les mécanismes de décision resteraient aux mains des grands Etats. L’intrusion du projet Yasuní dans les débats n’est pas du goût des pays développés, et l’austérité budgétaire est un bon prétexte pour l’évacuer poliment. Mais sans doute les pays riches craignent-ils plus que tout l’effet d’entraînement que pourrait avoir la démarche équatorienne : accepter de financer Yasuní, c’est ouvrir la porte à des centaines de projets de même nature portés par des pays du Sud qui réclameraient le même traitement.

 

Dans ce contexte hostile, l’Equateur se tourne vers les entreprises, avec l’espoir qu’elles se montrent plus généreuses que les Etats. Outre qu’elle s’annonce très incertaine, cette solution présente des risques réels de récupération. Les donateurs bénéficieraient en contrepartie d’un « marketing d’affinité », c’est-à-dire de droits d’utilisation de la marque Yasuní pour la commercialisation de produits (3). On frémit à l’idée de voir des constructeurs automobiles ou de grands énergéticiens arborer le logo officiel de l’initiative, « Produit Yasuní — Créer un monde nouveau »... Mais le gouvernement Correa pourrait emprunter une voie encore plus dangereuse, envisagée au lancement du projet : l’intégration au marché du carbone. Les « certificats de garantie Yasuní » émis en échange des contributions financières seraient alors convertis en crédits carbone qui viendraient compenser les rejets de gaz à effet de serre des pays riches ou des multinationales (4). Si cette option semble pour l’instant écartée, rien ne dit qu’elle ne pourrait pas resurgir en dernier recours.

Au-delà des schémas préconçus

La conversion écologique d’un petit pays pauvre comme l’Equateur n’a rien d’évident. Les chances de réussite de l’initiative Yasuní sont minces, et l’objectif premier de M. Correa consiste probablement à maintenir le projet en vie jusqu’aux prochaines élections nationales, en 2013. Difficile en effet de donner des signes d’affaiblissement alors que la Conaie, favorable à Yasuní, organisait en mars 2012 une grande marche sur la capitale pour « dire non à l’exploitation minière à grande échelle dans le pays » et défier le gouvernement. Mais en l’absence de perspectives de financements nouveaux, on voit mal comment la diplomatie équatorienne pourrait continuer à faire preuve d’autant d’optimisme qu’aujourd’hui.

 

Paradoxalement les commentaires sur le projet Yasuní et son lot d’incertitudes tendent à masquer les autres succès, encore fragiles mais bien réels, de la « révolution citoyenne » menée par M. Correa. Pour des mouvements verts ou altermondialistes occidentaux friands de symboles, l’initiative correspond à des schémas préconçus : un peuple indigène qui serait écologiste par nature (5) ; des énergies fossiles forcément mauvaises qui entraveraient le développement d’énergies renouvelables forcément bonnes ; des enjeux environnementaux qui seraient susceptibles, comme par magie, de transcender les clivages politiques... Qui plus est, elle entre en résonance en Europe avec des luttes locales, comme celles que mènent les mouvements d’opposition à l’extraction des gaz de schiste. Il est donc tentant de s’en faire une vision simple, voire simpliste. Pourtant, il est impossible de déconnecter le projet Yasuní du processus révolutionnaire en cours en Equateur, un processus qui doit composer avec une réalité sociale, économique, avec des rapports de forces délicats ; bref, à l’image de l’écologie politique, une idée simple dans un jeu complexe.

 

Aurélien Bernier

Auteur de Comment la mondialisation a tué l’écologie, Mille et une nuits, Paris, 2012.

(2) Cf. notamment l’intervention de M. Daniel Cohn-Bendit au Parlement européen, le 18 janvier 2012, sur la situation en Hongrie, dans laquelle il qualifie le gouvernement vénézuélien de «  totalitaire  ».

(3) «  L’initiative Yasuní ITT et le secteur privé  », ambassade de l’Equateur.

(4) Lire «  Faut-il brûler le protocole de Kyoto  ?  », Le Monde diplomatique, décembre 2007.

(5) Lire Renaud Lambert, «  Le spectre du pachamamisme  », Le Monde diplomatique, février 2011.

 


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