Pour une écologie sociale et solidaire

Blog d'Aurélien BERNIER

posté le vendredi 18 septembre 2009

Le grand tournant ? / L'état du monde 2010

 

Le grand tournant ? / L'état du monde 2010

50 idées-forces pour comprendre

SOUS LA DIRECTION DE Bertrand BADIE, Dominique VIDAL

 

Rarement le monde a changé aussi rapidement autour de nous. En quelques mois, le président Barack Obama a marqué, au moins verbalement, la rupture avec son prédécesseur. Le krach financier s’est transformé en crise économique et sociale mondiale, montrant à quel point le temps de la souveraineté avait cédé la place à celui de l’interdépendance – même si la fragmentation et le « chacun pour soi » restaient la tentation suprême. La poussée de l’Inde et de la Chine, le retour de la Russie, les ambitions du Brésil et de l’Afrique du Sud éprouvent la volonté occidentale de renforcer son hégémonie. S’agit-il pour autant d’un « grand tournant » ? À travers 50 analyses, rédigées par les meilleurs spécialistes du champ international, L’État du monde 2010 éclaire cette question décisive pour l’avenir.
Inaugurée en 2008, la nouvelle formule de L’état du monde offre à tous les acheteurs du livre l’accès libre pour une durée d’un an aux contenus de son site l’Encyclopédie de L’état du monde < www.etatdumonde.com > (voir le cahier couleur au début du livre).
Véritable « roman de l’actualité mondiale », L’état du monde révèle, au-delà de la succession d’événements immédiate, la tonalité des changements à l’œuvre sur la planète, tandis que le site continue d’offrir toutes les ressources complémentaires de cette analyse : bilans annuels pour chaque État de la planète, tableaux statistiques, chronologies thématiques et continentales, etc.

 

 

Table des matières :

 

Avant-propos


Introduction. Crise dans la mondialisation
, par Bertrand Badie


 I. Nouvelles relations internationales
Obama, du hard power au soft power, par Sylvain Cypel
Une Chine plus puissante et mieux intégrée, par Jean-Luc Domenach
La Russie et son pouvoir à l’épreuve de la crise, par Jean Radvanyi
Réinventions stratégiques de l’« Occident » (1949-2009), par Olivier Zajec
Gouvernance régionale et crise mondiale, par Karoline Postel-Vinay
Ces guerres sanglantes du XXIe siècle, par Dominique Vidal
Faillite des think tanks américains ?, par Philippe Droz-Vincent
De nouvelles voies maritimes mondiales, par Didier Ortolland
Portrait : Dmitri Medvedev, « Yes, he can ? », par Andrei Gratchev
Les livres de l’année
Le « grand tournant » ?, par Pierre Grosser


II. Questions économiques et sociales
Économie mondiale : récession ou dépression ?, par Francisco Vergara
De la nature de la crise financière, par Akram Belkaïd
L’introuvable régulation de l’économie mondiale, par Jacques Le Cacheux
Vers un nouveau Bretton Woods ?, par Dominique Plihon
États en faillite : la fin du « miracle libéral », par Louis Gill
Les trois âges de la piraterie financière, par Jean de Maillard
Le bloc improbable des États émergents, par Michel Rainelli
Les grands enjeux énergétiques, par Nicolas Sarkis
Les nouveaux défis de la lutte contre la faim, par Damien Millet et Éric Toussaint
Les livres de l’année
La crise : récits, explications et solutions, par Christian Chavagneux


III. Sociétés et développement humain
Que reste-t-il des Objectifs du Millénaire ?, par Marcus Taylor
Les inégalités sociales dans les villes américaines, par Sophie Body-Gendrot
Revenus du travail, revenus du capital (1969-2009), par Alain Bihr et Roland Pfefferkorn
L’immigration en débat(s), par Catherine Wihtol de Wenden
Les transferts de fonds des migrants, facteur économique majeur, par El Mouhoub Mouhoud
Visages divers de l’islamisme politique, par Wendy Kristianasen
Portrait : Fernando Lugo, le président inattendu, par Pablo Stefanoni


IV. Environnement et nouvelles technologies
La lutte contre le changement climatique prisonnière de la finance, par Aurélien Bernier
Les réfugiés de l’environnement, par Donatien Garnier
Croissance verte et décroissance, par Agnès Sinaï
Les politiques énergétiques entre sécurité et défi climatique, par Patrick Criqui
Enjeux éthiques et juridiques de la brevetabilité du vivant, par Philippe Froguel et Gilles Pulvermuller
Internet et l'idéologie de la gratuité, par Serge Proulx et Anne Goldenberg
L’exploration spatiale : nouveaux horizons de recherche, par Claude Lafleur
La mégalomanie des nanotechnologies, par Dorothée Benoit Browaeys
Portrait : Ali Idrissa contre Areva, par Jean-Christophe Servant


V. Enjeux régionaux
L’Amérique latine n’est plus l'arrière-cour des États-Unis, par Jean Daudelin
Retour sur les relations russo-américaines, par Charles Urjewicz
Arc de crise en Asie du Sud-Ouest , par Max-Jean Zins
Du changement au Proche et Moyen-Orient ?, par Bernard Botiveau
Piège afghan pour l’Occident, par Syed Saleem Shahzad
L’Irak, sept ans après, par Hamit Bozarslan
L’ascension de l’Iran au Proche-Orient, par Alain Gresh
Enjeux régionaux et internationaux du « bouclier antimissile », par Georges Le Guelte
L’indépendance du Kosovo, précédent et boomerang, par Jean-Arnault Dérens
Contradictions et ambiguïtés sud-africaines, par Augusta Conchiglia
Darfour, les multiples facteurs d’un conflit complexe, par Jérôme Tubiana
L’Afrique et la communauté internationale face à la crise congolaise, par Jean-Claude Willame
Portrait : Javier Solana, de l’engagement antifranquiste au consensus euro-atlantique, par Frédéric Charillon

 

Le site de l'éditeur

 


Commentaires

 

1. lucieboop83  le 18-09-2009 à 10:51:33  (site)

merci pour toutes ces précisions et informations , c'est un bon moyen de toucher le plus de monde !!

entièrement d'accord avec tout çà !! à 300/100 salut , à bientot !!

 
 
 
posté le mercredi 09 septembre 2009

Taxe carbone, qui paiera?

 

Interview parue dans "La décroissance" de septembre 2009

 

 

- Quel est le principe de la taxe carbone telle qu'elle est définie par Michel Rocard pour le gouvernement ?


Il s'agit de taxer les énergies fossiles en fonction des gaz à effet de serre qu'émettent leur combustion à hauteur de 32 euros par tonne de carbone dans un premier temps, puis d'accroître progressivement le niveau des prélèvements. Les factures de carburant, de gaz, de fuel et peut-être d'électricité, augmenteront donc à partir de 2010. Le gouvernement tente de faire passer la pilule en promettant un chèque « vert » sensé compenser la taxe pour les ménages les plus modestes.


- Quels peuvent être les effets pervers d'une telle taxe ? Est-elle une nouvelle mesure de greenwashing, de croissance verte ?


Non, nous ne sommes plus dans le greenwashing ou la croissance verte. C'est bien pire : nous sommes dans l'écologie antisociale. En effet, les ménages les plus riches pourront se payer des voitures moins polluantes, installer des panneaux solaires ou se déplacer en train. Les plus modestes, par contre, ne pourront pas accéder à ce mode de vie « écologique ». Et ce ne sont pas simplement les tarifs du carburant et du chauffage qui vont augmenter, mais également les prix des produits et des services, qui utilisent eux aussi de l'énergie. Le « chèque vert » ne compensera jamais intégralement cette hausse.

Le plus scandaleux reste que les grands groupes industriels seront exonérés de taxe, puisqu'ils sont déjà assujettis au marché du carbone. Or, les droits à polluer leur sont alloués gratuitement par les États. S'ils manquent de quotas et doivent en acheter sur le marché, ils paient actuellement 14 euros la tonne, soit moins de la moitié de ce qui sera facturé au particulier.

Pour ne prendre qu'un exemple, à 32 euros la tonne de carbone, l'exonération de taxe représente un cadeau de 250 millions d'euros par an fait à Arcelor-Mittal. Ajoutons que la taxe carbone sera accompagnée d'une baisse des cotisations patronales, et le tableau est complet.

A présent, on comprend mieux l'intérêt du matraquage de films comme Home, avec son discours totalement dépolitisé : il s'agit, en pointant uniquement la responsabilité individuelle et jamais la responsabilité politico-économique, de faire accepter cette écologie antisociale.


- Peut-on taxer le carbone sans conforter les inégalités sociales ? Comment faire ?


Bien-sûr que nous pourrions. Mais pour cela, il faut arrêter de prendre des mesures pseudo-écologiques toutes choses égales par ailleurs. Il est impossible d'exiger des comportements responsables de la part de chaque citoyen sans répartir autrement les richesses. Il faut sortir de cette écologie antisociale défendue par Sarkozy et par des imposteurs comme Cohn-Bendit. Augmenter les bas salaires et taxer le capital, puisqu'il s'agit bien de cela, suppose d'abord de casser le chantage aux délocalisations en mettant fin au libre-échange. La première revendication des écologistes doit être l'instauration d'un protectionnisme environnemental et social. C'est le seul moyen de relocaliser l'économie et donc d'exercer un contrôle démocratique non seulement sur la répartition des richesses, mais également sur les choix de production. Le jour où les mouvements sociaux et les partis de gauche porteront cette revendication, nous pourrons enfin espérer un profond changement de société.

 

 

Post-scriptum :

A ce jour (9 septembre), il semblerait que le montant de la taxe envisagé ne soit plus de 32 euros, mais de 14. Ceci n'enlève rien aux arguments que je développe. Le montant de la taxe est de toute façon amené à augmenter au fil des ans.

 


Commentaires

 

1. lucieboop83  le 18-09-2009 à 10:58:22  (site)

pourtant ce sont des sugets tres importants , et de temps en tant , il faudrait que les blogueurs , lachent un peu la légèreté , et le virtuel pour se plonger un peu plus dans cette réalité ,
qui nous conçerne tous , et , là , maintenant !! à plus tard !!

 
 
 
posté le mercredi 09 septembre 2009

La taxe carbone, ou l'écologie antisociale

 

Article paru dans l'Humanité Dimanche du 27 août

 

Nous ne connaissons pas encore tous les détails de la mise en oeuvre de la future taxe carbone préparée par le gouvernement français, mais une chose est sûre : une nouvelle fois, les plus pauvres paieront à la place des vrais responsables de la crise écologique. Le principe est en effet de taxer les énergies fossiles en fonction des gaz à effet de serre qu'émettent leur combustion à hauteur de 32 euros par tonne de carbone dans un premier temps, puis d'accroître progressivement le niveau des prélèvements. Les factures de carburant, de gaz, de fuel et peut-être d'électricité, augmenteront donc à partir de 2010. Le gouvernement tente de faire passer la pilule en promettant un chèque « vert » censé compenser la taxe pour les ménages les plus modestes. Mais la ficelle est grosse. D'une part, cette compensation sera calculée sur les consommations directes d'énergie. Or, si le prix de l'énergie augmente, les prix des biens et des services augmenteront proportionnellement. Le chèque vert ne compensera jamais intégralement ces hausses. D'autre part, ce type de mesure peut prendre fin à tout moment. Aucune garantie n'a été donnée sur la pérennité de ce chèque, et nous pouvons parier qu'il sera de courte durée. Enfin, la baisse des cotisations patronales est déjà programmée, avec ses conséquences prévisibles : aucune embauche, aucune augmentation de salaire, mais une bénédiction pour les profits des grands groupes.


Pourtant, le scandale ne s'arrête pas là. Les principaux émetteurs de gaz à effet de serre dans l'industrie sont déjà soumis au système des droits à polluer échangeables. Ils se voient allouer des quotas carbone qui peuvent être vendus et achetés en Bourse, la loi de l'offre et de la demande fixant le prix « optimum » pour la pollution. Or, les firmes en question seront exonérées de taxe carbone. Alors que le citoyen ou la PME paiera 32 euros à chaque tonne de carbone émise, ces grandes entreprises reçoivent leurs droits à polluer gratuitement. Par exemple, Arcelor-Mittal dispose d'environ 8 millions de quotas par an pour six usines implantées en France, ce qui équivaut à un droit à émettre gratuitement 8 millions de tonnes de carbone. A 32 euros la tonne, le cadeau fait à cette multinationale en l'exonérant de taxe carbone dépasse les 250 millions d'euros par an. Mais ce n'est pas tout. Si ces firmes manquent de droits à polluer, elle les achètent sur le marché où le prix actuel est d'environ 14 euros par tonne, soit moins de la moitié du tarif qui sera appliqué aux particuliers. Enfin, les grands groupes qui ont habilement su pratiquer le lobbying ont obtenu bien plus de quotas qu'il ne leur en fallait. Pour l'année 2008, Arcelor-Mittal disposait d'un excédent de droits à polluer d'un million de tonnes en France. Vendus sur le marché au comptant, ils représentent plus de 15 millions d'euros de bénéfices.


Voilà donc à quoi sert le discours dominant sur l'écologie qui culpabilise le citoyen et sensibilise au problèmes de la planète grâce aux images dépolitisées d'Arthus-Bertrand. A faire accepter des mesures totalement antisociales. L'imposteur Cohn-Bendit, en passe de devenir le meilleur porte-parole du gouvernement, applaudit des deux mains. Il ose même parler de « révolution ». Et tout laisse à penser que nous n'en sommes qu'au début. Grâce à l'argument de la concurrence internationale, les grandes firmes parviendront toujours à éviter la contrainte en Europe tout en redéployant leur activité dans les pays à bas coût de main d'oeuvre. A l'inverse, les petites ou moyennes entreprises et les populations paieront... jusqu'à l'explosion sociale qui pourrait arriver plus vite qu'on ne le pense.


Pourtant, la taxe carbone n'est pas intrinsèquement mauvaise. Elle est comme tous les outils de fiscalité environnementale qui sont utilisés toutes choses égales par ailleurs : injuste et donc inacceptable. Il faut prendre le problème à l'envers. C'est une répartition équitable des richesses qui permettra de promouvoir ou d'exiger des comportements plus écologiques. Il faut taxer le capital et augmenter les revenus du travail avant de mettre en place des contraintes environnementales que les citoyens pourront alors assumer. Pour cela, l'objectif premier doit être de casser le chantage aux délocalisations et de reconstruire une économie locale capable d'amener le plein emploi. Il existe un outil qui permettrait d'y parvenir : le protectionnisme écologique et social. Mais les dizaines d'articles parus récemment dans les médias sur la future taxe carbone ne présentent jamais cette mesure comme un préalable à tout véritable programme de protection de l'environnement. A regarder les profits de multinationales comme Arcelor-Mittal, on comprend très bien pourquoi.

 

 

Post-scriptum :

A ce jour (9 septembre), il semblerait que le montant de la taxe envisagé ne soit plus de 32 euros, mais de 14. Ceci n'enlève rien aux arguments que je développe. Le montant de la taxe est de toute façon amené à augmenter au fil des ans.

 


Commentaires

 

1. lucieboop83  le 18-09-2009 à 10:52:46  (site)

domage , il manque des commentaires , je viendrai , car on en sait jamais assez !! merci pour tout !!

 
 
 
posté le lundi 10 août 2009

Ne soyons pas des altermondialistes benêts

 

Débat Aurélien Bernier

 

 

Du 1er au 9 août 2009, à Notre-Dame-des-Landes (44), la « Semaine de résistance » visait à mobiliser les organisations militantes et les citoyens contre un projet local de nouvel aéroport, et plus largement, à débattre des politiques de lutte contre le changement climatique. A cette occasion, un débat politique intitulé « Comment les politiques prennent en compte l’écologie » a été organisé le 7 août. Il a rassemblé 500 personnes. Les intervenants étaient Yannick Jadot et François Dufour (Europe Ecologie), Jean-François Pélissier (Alternatifs), Corinne Morel-Darleux (Parti de Gauche), Aurélien Bernier (M’PEP), Vincent Liegey (Europe Décroissance), Christine Poupin (NPA), et Bernard Frot (Mouvement écologiste indépendant). 

Voici le texte rédigé de mon intervention, les extraits vidéo et quelques photos.

 

Dans son avant-dernier livre, Comment les riches détruisent la planète (Seuil), Hervé Kempf s’en prend à juste titre aux « écologistes benêts ». Qu’ils soient militants associatifs ou politiques, les écologistes benêts sont ceux qui ne voient le monde qu’à travers la crise écologique en oubliant la crise sociale. Ceux qui défendent une écologie qui ne serait « ni de droite ni de gauche ». Ceux qui prétendent sauver les écosystèmes sans mettre fin au capitalisme.

Depuis la parution de ce livre en 2007, les écologistes benêt n’ont pas disparu, bien au contraire. Les choses se sont même aggravées. A présent, certains vont jusqu’à assumer sans le moindre complexe un capitalisme vert qui nous promet des éoliennes et des centrales photovoltaïques par milliers, mais sans la moindre remise en cause de l’ordre économique mondial qui tente même d’y puiser une seconde jeunesse.

 

Aller au fond des choses

Face à cette offensive extrêmement dangereuse, nous ne devons pas être nous aussi des militants politiques ou des altermondialistes benêts. Pour cela, il faut bien-sûr promouvoir une écologie clairement antilibérale, mais surtout, il faut aller au fond des choses. Ce qui n’est actuellement pas le cas. Nous avons travaillé pour imaginer le monde idéal que nous aimerions construite. Mais le mouvement altermondialiste ne dit jamais comment sortir concrètement et rapidement du néolibéralisme. Pour illustrer cette forme d’autocensure, prenons trois exemples.

 

Premièrement, l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Dix ans après le contre-sommet de Seattle, le mouvement altermondialiste n’a toujours pas de discours clair au sujet de cette institution. Nous entendons parler de réformer l’OMC, de limiter ses pouvoirs. Nous entendons dire qu’il faut « sortir l’agriculture des compétences de l’OMC ». Mais que faut-il comprendre ? Qu’il faut y laisser les services et l’industrie ? Qu’il faut laisser l’OMC empêcher toute mesure ambitieuse de protection de l’environnement au nom de la libre-concurrence ? Soyons clairs. L’OMC est un rassemblement de fanatiques ultralibéraux. Elle n’est pas réformable, et il faut tout simplement en sortir.

 

Deuxième exemple : le protectionnisme. Depuis des années, nous observons et dénonçons les ravages que produit la mondialisation néolibérale sur le plan social et sur le terrain de l’écologie. Le libre-échange, qui met en concurrence les pays à bas coûts de main d’œuvre et les pays développés et qui produit de façon inévitable un alignement vers le pire, est le véritable cœur de cette mondialisation néolibérale. Il faut donc en finir, et le seul moyen d’y parvenir rapidement est d’instaurer un protectionnisme écologique et social sur des bases universalistes. Taxer aux frontières les productions qui polluent et qui ne respectent pas un certain nombre de critères sociaux ne signifie pas se replier sur notre petit territoire national, mais vise au contraire à jeter les bases d’un commerce réellement équitable à l’échelle de la planète.

 

Enfin, le dernier exemple constitue le principal tabou des mouvements sociaux, et il s’agit bien évidemment de la question européenne. Si un gouvernement de gauche ‒ la vraie gauche antilibérale, cela va de soi ‒ arrivait au pouvoir en France, la quasi-totalité de ses propositions se heurterait aux traités, aux directives et aux règlements européens. Nous le savons tous. Interdire les OGM, développer les services publics, mettre en place une fiscalité de justice sociale... Tout cela est interdit par le droit communautaire. Nous savons pertinemment qu’une fois au pouvoir, nous devrions pratiquer la désobéissance européenne et construire du droit national qui, parce qu’il serait socialement juste et soucieux de l’écologie, serait contraire au droit européen. Nous le savons tous, mais seul le M’PEP ose le dire et le revendiquer. Pourquoi ? Ce silence est incompréhensible, alors même que l’abstention atteint des sommets, que l’altermondialisme s’essouffle et que le fatalisme n’a jamais été aussi présent.

 

Organiser la contre-offensive

L’enjeu de cette clarification, qui concerne tous les militants de la gauche et de l’écologie politique, est énorme. Nous ne pouvons plus l’éviter, sauf à nous contenter de luttes de résistance (contre un projet d’aéroport, contre une fermeture d’hôpital, contre une parcelle d’OGM...) sans jamais passer à la contre-offensive. Or, nous devons reprendre la main. C’est en étant cohérents et crédibles que nous redonnerons aux citoyens l’espoir de changer le cours des choses et, qu’au final, nous gagnerons.

 

 

 

 

Voir aussi

 

L'intervention en live et en vidéo :

 

 


Extrait du débat (Corinne présidente) : 
 
 
 

 Et quelques photos : (merci à Jean-Charles)

 

NDDL 2

Le visuel de la mobilisation

 

 

Le site
 

NDDL 1

Les stands des organisations politiques

 

Débat Aurélien Bernier

Le débat sur l'écologie politique

 

 Débat 3 Aurélien Bernier

Corinne Morel-Darleux du PG et Yannick Jadot d'Europe écologie

 

Débat 4

Vincent Liegeay, d'Europe décroissance

 

Débat 2 Aurélien Bernier

 et moi

 

 


Commentaires

 

1. Ignatius  le 14-08-2009 à 17:16:09  (site)

Bonjour

1- Merci de reprendre ton texte sur ton blog car sur le site du M’PEP, pas de possibilité de placer un commentaire.

2- Très bien de ne pas être un "écologiste benêt" ; mais encore faudrait-il être un "écologiste". Car sinon, cela donne à entendre que tous les écologistes seraient des "benêts".

- Ecrire qu’il est nécessaire d’être "écologiste" ne signifie pas que c’est suffisant : évidemment !

- Je reçois une lettre de diffusion du M’PEP (merci à celui qui m’a abonné ;=) ; la dernière m’informait d’une Lettre du M’PEP au Front de Gauche. Je n’y ai trouvé qu’une seule occurrence de "écolo" : pour évoquer "Europe-Ecologie". Dois-je alors déduire de cette absence que pour le M’PEP tous les écologistes sont des "benêts" ?

3- J’en viens aux 3 exemples "concrets" donnés dans ton intervention : OMC, protectionnisme et Europe.

- Le type même d’exemples "abstraits" ; au sens où "abstraire", c’est séparer les choses, les "extraire".

- Car en réalité, ta critique est "abstraite" car, quoi qu’elle en dise, elle ne va pas "au fond des choses".

- Le "fond des choses", c’est la question du pouvoir. Plus exactement, sa concentration aux mains des élites (finance, politique, média, industrie). "Et si l'on remonte à la source de cette concentration, on trouve l'instauration du SYSTEME de l'économie de marché - avec l'économie de croissance qui en est résultée - et l'introduction parallèle de la "démocratie" représentative" (Fotopoulos, Démocratie générale, p.15).

- Faire de la conquête du pouvoir un préalable du changement de la société, c’est répéter les mêmes erreurs historiques du "socialisme réel" et de la "social-démocratie". Après les "déçus de la gauche", les futurs "déçus de l’Autre gauche" ?

- Peut-on faire autrement ? Peut-on changer la société sans prise préalable de pouvoir (de l’Etat, dans les régions, etc.) ?

- Vendredi dernier, lors du débat, il m’a semblé que les Objecteurs de Croissance proposaient une "véritable stratégie de transformation", c’est-à-dire une critique cohérente et anti-systémique du capitalisme, en combinant les expériences des alternatives concrètes et des contre-pouvoirs dans les luttes sociales avec un projet de société, sans dédaigner la visibilité électorale : bref, de quoi commencer sans attendre non pas une "contre-offensive » mais une sortie définitive du capitalisme.

http://nanorezo.free.fr/spip.php?article82

Merci d’avoir lu jusqu’au bout.

Michel Lepesant

édité le 14-08-2009 à 17:24:06

2. abernier  le 27-08-2009 à 16:51:23  (site)

Bonjour,

Merci pour cette contribution. J'avais déjà lu avec intérêt vos écrits sur le site des objecteurs de croissance.

Quelques éléments de réponse rapides en attendant d'autres textes :

- le M'PEP a sur son site de nombreux documents qui traitent de la question écologique. L'un de nos premiers colloques, le 6 décembre 2008, portait sur ce thème, et Paul Ariès y avait fait une intervention brillante. Je vous invite à consulter les enregistrements : http://www.m-pep.org/spip.php?rubrique99

- les trois points que je développe sont très concrets au contraire. Nous sommes bien d'accord que le capitalisme néolibéral et la concentration des pouvoirs sont au coeur de notre critique. Mais pour atteindre ce système, il faut bien passer par des actions politiques concrètes, comme la sortie de l'OMC ou la désobéissance européenne.

- nous avons un vrai désaccord sur l'utilité de l'engagement politique. Il ne s'agit pas d'obtenir une "visibilité", mais de prendre le pouvoir à l'oligarchie.
Ne reproduisons pas les erreurs de la gauche, mais ne reproduisons pas non plus celles de l'écologie politique, qui a renoncé à changer la société pour changer "la vie", à une échelle individuelle, familiale ou communautariste.
Sans prise de pouvoir, les multinationales continueront à dicter leurs lois.

Bien cordialement,

Aurélien Bernier

3. Ignatius  le 30-08-2009 à 16:15:17  (site)

Bonjour

je ne crois pas que ce soit un vrai désaccord sur l'utilité de l'engagement politique : car cela pourrait faire croire qu'il s'agit là de divergences d'opinions personnelles (d'autant que je crois que l'un comme l'autre, en acceptant de s'engager dans de petites formations politiques, nous montrons un vrai intérêt désintéressé pour la politique).

Mais, d'une certaine façon, c'est pire encore car nous touchons à ce qui est un noeud tragique que rencontrent tous ceux qui veulent sortir du capitalisme : la question du pouvoir.

Je ne crois pas qu'il faille présenter cela comme un désaccord (ce qui laisserait supposer soit que l'un des 2 a raison et l'autre tort, soit qu'une synthèse serait possible) mais comme le dilemme fondamental dont nous tenons chacun l'un des bouts.

Car, quand tu écris que "Sans prise de pouvoir, les multinationales continueront à dicter leurs lois" : tu as raison de fustiger un angélisme qui laisserait croire que les forteresses vont tomber toutes seules.

Mais, de l'autre côté, et de façon tout aussi vraie, ai-je tort de penser que "dès que la logique du pouvoir est adoptée, la lutte contre le pouvoir est perdue" et dans ce cas, le naïf n'est-il pas celui qui croit qu'il pourra prendre le pouvoir sans se faire prendre par lui ?

Une fois que l'on a compris et accepté nos deux "bouts du dilemme", et si, comme moi, on a cessé de croire à la réconciliation dialectique finale, il reste non pas un "antagonisme" mais un "agonisme (selon la distinction de Chantal Mouffe : http://altergauche26.ouvaton.org/articles.php?id=145&id_rubrique=231).

De quoi alors comprendre que, non pas malgré nos désaccords, mais grâce à notre agonisme, nous pouvons nous demander "Comment riposter ensemble ?"
(http://nanorezo.free.fr/spip.php?article90).

Merci d'avoir lu.

Bien amicalement.

Michel lepesant

 
 
 
posté le mercredi 15 juillet 2009

La "neutralité carbone" en tête de gondole

Dans un article publié sur Contre-feux, Matthieu Courtecuisse souhaite que les grands groupes intègrent pleinement la contrainte des émissions de gaz à effet de serre pour participer à la lutte contre le changement climatique. Sur ce point, on ne peut qu'être d'accord avec lui. Malheureusement, ses postulats et ses notions posent de nombreux problèmes.

 

Je me risquerai à résumer en une phrase l'esprit du texte : les entreprises, lourdement mises à contribution par la réglementation sur les émissions de gaz à effet de serre, devraient tendre vers la neutralité carbone, ce qui permettrait aux consommateurs d'arbitrer leurs achats en fonction de cette variable.

 

Pour commencer, l'auteur ne définit pas ce qu'est la "neutralité carbone", ce qui est bien dommage

 

Il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais de "neutralité carbone"

Des produits utilisent déjà cet affichage, à l'image d'un chocolat commercialisé par Alter-éco. "Je ne suis pas un chocolat comme les autres, je suis parfait !" indique le slogan publicitaire sur le site Internet. Pourquoi ? Car l'entreprise compense les émissions de gaz à effet de serre liées à la production du chocolat. Le principe de la compensation est simple. Le fabriquant émet un volume X de gaz à effet de serre pour produire une plaquette du parfait chocolat. Il paie en contrepartie la plantation d'une forêt qui captera un volume X de CO2. Petite ombre au tableau, rarement avouée : le volume X est émis par l'industriel dans un délai très court; la forêt, elle, mettra une bonne centaine d'années pour arriver à « neutraliser » autant de CO2. Si elle n'est pas détruite d'ici là, bien évidemment. Dès lors, tout le monde aura compris qu'il n'y a jamais eu et qu'il n'y aura jamais de neutralité. Les émissions réelles iront toujours bien plus vite que la croissance des arbres. Et si toutes les entreprises compensaient, on ne saurait même plus où mettre les nouvelles forêts !

 

Deuxièmement, l'arbitrage par le consommateur en fonction du bilan écologique des produits est loin d'être gagné

 

Il suffit d'observer les très faibles parts de marché des produits écolabellisés, biologiques ou  "durables" pour constater qu'ils ne s'adressent qu'aux classes relativement aisées. A supposer qu'une norme fiable soit mise en place pour les déterminer, les étiquettes carbone ne changeront strictement rien à l'affaire : les hauts revenus pourront s'attarder sur cette question, mais les pauvres continueront d'acheter au moins cher. Et je veux bien parier toutes mes économies qu'il existera des entreprises pour leur vendre des produits "sales", mais bon marché.

 

Car Mathieu Courtecuisse fait preuve d'un grand pessimisme en affirmant que des contraintes "toujours plus fortes" pèsent sur les entreprises

 

Les grands groupes ont déjà obtenu le rejet de la taxe carbone et la création d'un marché de droits à polluer qui ne leur coûte rien

Ces dernières ne semblent pas si inquiètes, et elles auraient bien tort de l'être. Rappelons que les grands groupes ont obtenu, grâce à un intense lobbying, le rejet de la taxe carbone et la mise en place d'un marché de droits à polluer qui ne leur coûte rien, et qui peut même, avec un brin de jugeote, rapporter quelques profits en Bourse. La totalité de la "contrainte carbone" pèse sur les producteurs d'électricité qui peuvent en répercuter le coût sur une clientèle captive et ne se gênent pas pour le faire. Les industries soumises à la concurrence internationale – c'est à dire toutes les autres ou presque ! – obtiennent quant à elles autant de quotas carbone qu'elles le souhaitent à grand renfort de chantage aux délocalisations. Arcelor-Mittal l'a fait en France comme en Belgique. De suffisants, les volumes de quotas sont devenus excédentaires, et la vente des surplus sur le marché du carbone rapportera 1,2 milliard d'euros au groupe !

 

La vérité est que les politiques menées en matière de lutte contre le changement climatique sont dramatiquement inefficaces car totalement compatibles avec le libre-échange. Nous en voyons les résultats. La désindustrialisation s'accélère dans les pays du Nord. Les grandes multinationales vont produire là où les coûts de main d'oeuvre sont bas et où les réglementations environnementales sont inexistantes. Entre 1997 – date de finalisation du protocole de Kyoto – et 2007, les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont augmenté, selon les estimations, de 25 à 35%.

 


Les comités carbone sont peut-être nécessaires, mais une question bien plus politique et plus urgente doit être posée

 

Soit nous poursuivons dans le libre-échange, et l'alignement par le bas continuera en matière de social comme en matière d'écologie. Soit nous mettons en place un protectionnisme social et environnemental qui permettra de faire payer le prix de leurs choix aux entreprises qui délocalisent. Ce débat devrait être au centre des négociations sur le changement climatique. Il devrait apparaître dans toutes les revendications écologistes et syndicales, dans tous les projets politiques. Malheureusement, il ne figure nulle part ou presque. C'est ce que l'on peut appeler un tabou libéral.

 

 

 

Aurélien Bernier a publié en 2008 Le climat, otage de la finance (Editions Mille-et-une-Nuits)
 


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