Démondialiser et coopérer

Blog d'Aurélien BERNIER

posté le mercredi 22 octobre 2008

France culture : Les Enjeux internationaux

 

Le commerce des droits à polluer et la logique des États dans la lutte contre le réchauffement de la planète - émission du mercredi 22 octobre 2008 : http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/enjeux_inter/fiche.php?diffusion_id=67318

 

 

 


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posté le mercredi 22 octobre 2008

Forum sur le site du Nouvel Obs : Ecologie et finance

 

Avec Aurélien Bernier, chargé de mission dans l´environnement, auteur de "Le Climat otage de la finance" (Mille et une nuits)

 

Question de : Elsa

Bonjour Aurélien Bernier. Je pense que l´écologie doit être au coeur du débat. L´environnement, sa défense, sa préservation, ça touche pleinement à l´humain, au bien-être de chacun de nous. Et l´humain devrait primer sur le profit. Qu´en dites-vous ? Je prêche peut-être à un convaincu, non ?

 

Réponse : Bonjour à tous et merci au Nouvel Observateur d´organiser cette discussion. Bien sûr, je considère que les questions sociales et environnementales devraient être au coeur des débats. Le développement durable, dans sa conception d´origine, avait l´objectif de trouver un équilibre entre les questions sociales, environnementales et économiques. Malheureusement, l´économie continue à dicter les décisions politiques et le développement durable reste de la poudre aux yeux. Avec le marché des droits à polluer, qui est le sujet central de mon livre, j´explique que nous entrons même dans une nouvelle phase que j´appelle l´écolo-libéralisme, puisque la finance prend la main sur la crise climatique. Pour sortir de ce cercle vicieux, je suis convaincu qu´il faut s´attaquer aux décisions politiques qui ont permis aux multinationales d´obtenir un pouvoir si insolent. En particulier, il faut sortir du libre-échange intégral afin de reprendre un contrôle politique sur les entreprises.

 

Question de : Internaute

POURQUOI LE PETROLE DOMMINE L´ACTUALITE CE L´ECOMONIE MONDIALE ?

 

Réponse : Le pétrole domine l´actualité, car notre modèle de développement est largement basé sur la consommation d´énergies fossiles. Or, le libéralisme, dans sa recherche de profits à court terme, est incapable de répondre aux besoins collectifs, aux enjeux d´avenir, tant que ces perspectives de profits faciles existent. C´est pour cette raison que le débat et la décision politique sont incontournables. Mais les trente dernières années ont montré que tout le processus de mondialisation consistait à déconstruire les systèmes de régulation qui permettraient d´orienter les choix économiques en fonction de l´intérêt collectif. Les mutations nécessaires pour amorcer le passage à l´après-pétrole sont donc très lentes, alors qu´il y a pourtant une véritable urgence. Je crois que c´est une démonstration de l´inefficacité du marché, qui prétend pouvoir gérer sans intervention de l´Etat (et donc sans intervention des citoyens) les problèmes de la société, mais qui n´y parvient dans aucun domaine.

 

Question de : David Chiron Nice

Pourquoi ne pas imposer des voitures roulant a moins de 120km/h avec des restrictions severes sur la consommation autorisee ?

 

Réponse : C´est une possibilité, même si les chiffres prêtent à discussion. Quoi qu´il en soit, le problème central est de savoir comment contraindre les grandes entreprises. On voit aujourd´hui que les gouvernements ont perdu tout pouvoir contraignant puisqu´ils sont en permanence sous la menace du chantage aux délocalisations (voir par exemple cet article sur mon blog : http://abernier.vefblog.net/5.html#Le_chantage_aux_delocalisations_des_pollueurs_en_s) Le seul moyen de briser ce cercle vicieux est de stopper le libre-échange intégral, notamment en contrôlant les importations. Si une entreprise ne peut plus vendre comme elle l´entend ses produits partout sur la planète car ces produits sont interdits ou taxés, elle sera dans l´obligation de s´adapter. Malheureusement, l´Organisation Mondiale du Commerce organise exactement l´inverse au travers de la concurrence "libre" et soi-disant "non-faussée". C´est pour cette raison que je plaide pour la sortie de l´OMC.

 

Question de : dede

Bonjour, Que pensez-vous de cette taxe CO2 qui se pratique dans les transports aériens notamment? Où va l´argent versé par les personnes qui se donnent bonne conscience en la payant? A quoi sert-elle précisément?

 

Réponse : Vous faites référence au système des compensations, que je traite dans le livre. Il s´agit de financer, en contrepatrie d´émissions de gaz à effet de serre, des projets "propres", sur la base du volontariat. En particulier, les compagnies aériennes le proposent de plus en plus. Cette idée pose deux problèmes. D´une part, les personnes qui en ont les moyens peuvent payer pour polluer en toute bonne conscience, sans limite maximum autre que celle de leur portefeuille. Mais surtout, il y a un problème temporel. Si vous faites un vol en avion, vous émettez une tonne de CO2 en quelques heures. Mais les sociétés de compensation vous feront payer une somme correspondant par exemple à une plantation d´arbres qui mettra 100 ans à absorber cette tonne de CO2. Donc, il n´y a une véritable "neutralité carbone" qu´au bout d´un siècle! Résultat : avec ce système, nous courons toujours après les émissions réelles, qui elles, ne cessent d´augmenter.

 

Question de : David Chiron Nice

Etes-vous le frere de Michelle ?

 

Réponse : Non, désolé.

 

Question de : Mobinaute

Je m´Apele hakim je veut savoir quelle est la cause de cet crise mondiale?

 

Réponse : Si vous parlez de la crise environnementale, je pense qu´elle a exactement les mêmes racines que la crise sociale. Nous vivons en fait la crise du néolibéralisme, qui se caractérise d´une part par une dimension mondialisée et d´autre part par un poids incroyable pris par la finance. Nous avons créé un immense marché planétaire largement dérégulé, et cette dérégulation a donné les pleins pouvoirs aux grand groupes. D´autre part, la finance intervient dans de très nombreux domaines. La spéculation peut porter sur les crédits immobiliers, le pétrole, les produits alimentaires... et maintenant les droits à polluer. Il faut tirer les conclusions politiques de ces crises à répétition et de la crise environnementale en particulier en réhabilitant la décision politique.

 

Question de : Internaute

Monsieur Bernier est-il au courant qu´une énergie très hautement écologiste (et gratuite), à même de remplacer à très bon prix toutes les énergies fossiles, est refusée par toutes les instances, alors que la seule qui a osé donner réponse sur le fond et la forme (une cellule innovation de Montpellier) s´est prononcé de façon formelle sur la validité de la cette technique innovante....

 

Réponse : Malheureusement, je ne vois pas à quoi vous faites allusion. Je ne peux donc pas répondre de façon précise. Désolé.

 

Question de : Internaute

l´alibi de cette crise pour ne rien faire,ca suffit,les ecolos font quoi,trop consensuel et pas dans la resistance,les pesticides autorisesa nouveau et pire,les eoliennes cadenassées,loi inique sur instalationclassée,etc,alors le paquet devrait ne pas aller au banque mais au sauvetage du vivant et creera des emlois ,le seul secteur d´avenir,pourquoi ce suicide collectif des politiques,les citoyens eux s´organisent et en on marre.

 

Réponse : Effectivement, la crise financière va servir d´alibi pour continuer dans l´inaction en matière d´environnement. Déjà, l´Allemagne, la Pologne, l´Italie rejettent le plan climat européen, qui ne contenait pourtant rien de révolutionnaire. Mon livre tente justement de convaincre que, pour faire de l´écologie, il faut absolument faire de la politique et s´attaquer clairement au libéralisme. Malheureusement, trop de mouvements écologistes tentent au contraire de dépolitiser leur discours, ce qui est une erreur fondamentale.

 

Question de : Jo

Le professeur Chorons´appelait en fait Georges Bernier. Etait-il votre père?

 

Réponse : Non, désolé. Je n´ai aucun lien, ni avec Michelle, ni avec Georges, ni avec le ministre de l´agriculture (qui s´appelle Barnier, avec un "a").

 

Question de : Internaute

En quoi le climat est-il otage de la finance ?

 

Réponse : Le climat est otage de la finance pour deux raisons. Tout d´abord, les grands groupes spéculent sur la rentabilité des solutions "vertes" (énergies renouvelables, captage du CO2, etc.) et rachètent des petites ou moyennes entreprises actives dans ce domaine. Mais ne nous y trompons pas : le principal objectif reste le profit financier et les fausses bonnes solutions sont également utilisée pour atteindre cet objectif (comme par exemple le stockage du CO2). Plus grave, le Protocole de Kyoto a mis en place une Bourse du carbone. On distribue aux entreprises des droits à polluer, et on permet l´achat et la vente de ces droits sur une place boursière. Mon livre explique comment des fonds d´investissement spéculatifs ou des industriels spéculent déjà en achetant ces droits à bas prix et en les revendant lorsque le cours monte pour dégager des bénéfices. Non seulement ce système est pervers, mais il est aussi inefficace : en dix ans, les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont augmenté de 35%.

 

Question de : Internaute

Comment résister aux pressions des entreprises ?

 

Réponse : Il ne s´agit pas seulement de résister aux pressions, mais bien de reprendre un contrôle politique sur l´économie. Comme je l´ai écrit plus haut, l´urgence est de mettre fin au libre-échange intégral pour casser ce chantage aux délocalisations et à la concurrence internationale qui nivelle tout par le bas. Je propose de le faire en taxant les importations sur la base de critères sociaux et environnementaux. Ensuite, nous pourrions très bien conditionner l´attribution des aides publiques (65 milliards d´euros par an en France!) et celle des marchés publics (plus de 230 milliards par an!) au respect d´engagements sociaux et environnementaux. Voici un article sur mon blog qui traite de ces questions: http://abernier.vefblog.net/1.html#_Environnement__un_levier_de_300_milliards_dans_le

 

Question de : Internaute

Comment envisagez-vous l´avenir ?

 

Réponse : L´avenir est assez sombre en ce qui concerne le climat. Il faudrait diviser par 2 les émissions d´ici 2050 nous disent les scientifiques. Or, elles ont augmenté de 35% entre 1997 et 2007. Notre seule chance est de créer un mouvement suffisamment puissant au niveau de la société pour sortir du système libéral. Je crois que cela doit passer par les urnes, et réclame du courage politique pour proposer des solutions de rupture. Je pense qu´il faut sortir de l´OMC et lancer une autre forme de construction européenne que celle de l´Union actuelle, qui est totalement acquise au libéralisme et impossible à réformer. Je vous renvoie à un nouveau mouvement dont je fais partie, et qui s´appelle le Mouvement Politique d´Education Populaire (M´PEP) : http://www.m-pep.org/ Ces questions y sont clairement posées.

 

Question de : Internaute

Comment sensibiliser l´opinion publique ?

 

Réponse : Par les livres, les forums comme celui-ci, l´activité des associations... Mais encore faut-il aborder le coeur du sujet. On nous abreuve actuellement d´informations sur le climat, mais personne ne parle par exemple de ces droits à polluer dont j´explique le fonctionnement dans mon livre. Curieux, non?

 

Question de : Internaute

Pourquoi a t on l´impression que l´enjeu du climat n´est pas pris au serieux ?

 

Réponse : Je crois surtout que la sphère politique a perdu progressivement ses capacités d´intervention sur l´économie libérale. Sans doute la question est-elle de plus en plus prise au sérieux, mais encore faut-il oser s´engager dans la rupture. Vous trouverez en réponse aux questions précédentes mon analyse sur le besoin de sortir du libre-échange. Vous pourrez également lire ce texte sur mon blog : http://abernier.vefblog.net/7.html#Les_vraies_victimes_de_la_tyrannie_libreechangiste

 

Question de : Internaute

La crise financière a-t-elle un impact sur l´environnement ?

 

Réponse : Oui, effectivement. D´une part, dans une période de crise, plus personne ne songe à mener des politiques environnementales qui pourraient menacer la compétitivité des entreprises. Les pays européens effectuent donc un spectaculaire demi-tour sur le climat en ce moment même. D´autre part, les financiers ont anticipé la récession : le prix de la tonne de CO2 sur le marché des droits à polluer a commencé à chuter. Ceci montre que nous devons sortir de la concurrence internationale débridée, car le besoin d´être "compétitif" justifie tous les renoncements. Il faut rétablir des règles.

 

Question de : Internaute

Le protocole de Kyoto sert-il a quelque chose ?

 

Réponse : D´après moi, non, pour plusieurs raisons. D´une part, les engagements de réduction (-5,2% en l´espace de 22 ans!) ne sont pas à la hauteur des enjeux. D´autre part, il n´existe aucune contrainte : si un pays ne respecte pas son engagement, il ne se passe strictement rien, aucune sanction n´étant prévue. Enfin, il introduit la mécanique perverse du marché des droits à polluer, que je dénonce dans "Le climat otage de la finance".

 

Question de : Internaute

Comment vous qualifier-vous ? Economiste, écologiste ou altermondialiste ?

 

Réponse : Pas économiste, puisque je n´ai pas cette qualification. Ecologiste et altermondialiste me paraissent restrictifs, même s´il faut bien accepter les raccourcis. Je pense surtout être républicain et vouloir une société démocratique qui défende à la fois l´intérêt collectif et l´épanouissement des individus face aux intérêts privés.

 

Question de : Internaute

Etes-vous pour la responsabilisation individuelle ?

 

Réponse : Bien-sûr, il faut se responsabiliser. Mais l´action individuelle est insuffisante. Il est frappant de constater à quel point le discours officiel en matière d´écologie focalise sur le comportement individuel et oublie la responsabilité des grandes puissances économiques et la responsabilité des choix politiques. Quand on organise le commerce international de façon à produire des volailles en France, nourries avec du soja brésilien, qui sont ensuite exportées en Afrique pour être consommées, il y a un impact terrible sur l´environnement et sur le social. Curieusement, on nous dit de fermer le robinet en nous brossant les dent, mais on parle rarement de ces choix, qui ne sont pas une fatalité : les règles de l´OMC sont des décisions politiques.

 

Question de : Internaute

Quelle est la part de responsabilité des entreprises ?

 

Réponse : Le temps imparti étant terminé, je vous invite à consulter mes réponses aux précédents message... Merci pour cette discussion par ordinateur interposé et bonne continuation à tous. Aurélien BERNIER

 

Question de : Internaute

Est-on obligé de légiférer et d´imposer des taxes pour préserver l´environnement ?

 

Réponse : Je pense que oui. Le discours qui nous a été servi avec le développement durable consistait à dire d´une part que les entreprises pouvaient s´auto-responsabiliser, et d´autre part que la science était là pour réparer. Soyons pragmatiques, et regardons l´état de la planète depuis que les entreprises font du développement durable : quasiment tous les indicateurs se dégradent à une vitesse affolante. Il faut réguler et taxer. D´ailleurs, le monde de l´entreprise (je veux parler des entreprises à taille humaine et non des multinationales) fait une erreur d´analyse en refusant en bloc l´intervention de l´Etat. Au contraire, il faut une intervention pour protéger d´une concurrence internationale profondément faussée. Quand du textile chinois produit dans des conditions déplorables est importé avec un minimum de taxes, c´est l´entreprise qui paie correctement ses salariés et qui respecte l´environnement qui est pénalisée. L´Etat peut permettre d´inverser la tendance avec ce type d´outils.

 

Question de : Internaute

Faut -il acheter des produits bio ou commerce équitable pour contribuer à la préservation de l´environnement ?

 

Réponse : C´est un moyen d´agir. Mais ce type d´action a deux limites : il ne joue qu´à la marge (le bio et le commerce équitable sont une goutte d´eau) et il est réservé aux personnes qui en ont les moyens. Je pense qu´il faut, en plus de cela, militer pour un commerce équitable à l´échelle de la planète. Il faut d´autres règles commerciales. Je vous invite à lire la Charte de la Havane, qui faillit entrer en application à la fin de la seconde guerre mondiale, et qui avait cet objectif. Malheureusement, les libéraux s´y sont opposés. Voici un texte à ce sujet: http://www.m-pep.org/spip.php?article607

 

http://forums.nouvelobs.com/1464/Aurelien_Bernier.html

 


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posté le mercredi 22 octobre 2008

Alternatives économiques

 

Aurélien Bernier, ex-membre d'Attac France, président de l'association Inf'OGM, tire à boulets rouges sur le protocole de Kyoto visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre et sur les mécanismes de marché censés en faciliter la mise en oeuvre. Les objectifs de Kyoto ne sont pas à la hauteur des enjeux. Et le système d'échange de droits à polluer laisse croire que la "finance carbone" offre des outils à même de gérer la crise climatique.


Ce livre est à la fois injuste et juste. Il est injuste lorsqu'il discrédite le principe d'un marché du carbone: l'existence même de ce marché signifie que l'environnement a enfin une valeur et que des règles du jeu ont été instaurées (celui qui pollue au-delà de son quota doit payer). Le marché du carbone, ce n'est pas le libéralisme en marche, c'est au contraire de la régulation, ce que l'auteur admet au détour de certaines pages, tout en assénant le contraire. En revanche, il a parfaitement raison de dénoncer le niveau insuffisant de cette régulation, qui ne permet pas de répondre à la gravité de la situation. Il faut imposer des contraintes plus fortes et se donner les moyens d'en vérifier l'application.


Comment ne pas être d'accord ? Mais les "il faut" et les "y'a qu'à" d'un ouvrage aussi pertinent que faible dans son analyse des rapports de force politiques sont ici d'un piètre secours. Et pas sûr que préconiser une sortie du protocole de Kyoto au nom de son indigence (actuelle) soit la meilleure façon de faire avancer les choses.

 

Antoine de Ravignan

 

Post sciptum:

 

Cet article montre que son auteur croit au principe des drois à polluer, ce qui est tout à fait son droit.

Mais l'argumentation utilisée laisse dubitatif.

 

Par exemple :

 

"l'existence même de ce marché signifie que l'environnement a enfin une valeur et que des règles du jeu ont été instaurées"

Ah bon? A 0,02 € la tonne de CO2 en décembre 2007, on peut estimer que l'environnement a une valeur?

Et une réglementation des pouvoirs publics avec des sanctions sévères, elle, ne donnerait aucune valeur à l'environnement? 

 

"Le marché du carbone, ce n'est pas le libéralisme en marche, c'est au contraire de la régulation, ce que l'auteur admet au détour de certaines pages, tout en assénant le contraire."

Affirmation assez osée. Et contre-sens, puisque je prétends le contraire. Mais je le démontre au long des 160 pages du livre, alors qu'Alternatives économiques se contente de ces trois lignes. 

 

"un ouvrage aussi pertinent que faible dans son analyse des rapports de force politiques"

Que signifie "rapports de forces politiques" dans cette phrase?

Compte-tenu du reste de l'article, on peut l'interpréter comme les rapports de forces existants dans le cadre de l'actuelle mondialisation libérale.

Effectivement, si l'on renonce à sortir du système, les rapports de forces existants permettent de faire uniquement ce que fait la communauté internationale : intervenir à la toute petite marge, et ne surtout pas parler de ruptures avec le libre-échange intégral.

Je crois au contraire que la thèse du "réalisme" soutenue par Alternatives économiques ne peut mener qu'à la catastrophe, celle qui est en cours et qui a permis d'augmenter les émissions mondiales de gaz à effet de serre de 35% entre 1997 et 2007.

 

Suite à la parution de cette critique, voici donc le courrier que j'ai adressé à Alternatives économiques.

 

Madame, Monsieur,
 
Vous avez consacré dans le dernier numéro d'Alternatives économiques un paragraphe au livre que je viens de publier aux éditions Mille-et-une-Nuits, Le climat otage de la finance. Je tiens tout d'abord à vous en remercier.


Néanmoins, la critique que vous en faites me paraît mal fondée et pour le moins discutable.


Le thème du changement climatique, qui reviendra au premier plan de l'actualité au mois de décembre avec le sommet international de Poznan, et celui de la finance carbone méritent un débat approfondi. Votre journal me semble d'ailleurs être l'un des médias les mieux placés pour le mener.

 

Aussi, je me permets de vous proposer un échange contradictoire dans vos colonnes, dans lequel je pourrais développer non seulement quelques arguments du livre, mais également des réponses à vos critiques.
Je me suis d'ailleurs prêté récemment à un débat de cette nature lors de la dernière Université de rentrée du WWF que vous avez soutenue, et je serais ravi de pouvoir renouveler l'expérience par écrit.


Dans l'attente d'une réponse de votre part, je vous prie de recevoir, Madame, Monsieur, mes salutations les meilleures.

Aurélien Bernier

 

 

... Pas de réponse pour l'instant, mais à suivre de près.

 

 


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posté le lundi 06 octobre 2008

L’agriculture, entre la théorie libre-échangiste et les pratiques protectionnistes

Intervention à Annecy, le 20 septembre 2008, dans le cadre du rassemblement "Changeons la PAC" - Alors que la révolution industrielle a profondément modifié la société occidentale dès le XVIIIème siècle, le monde agricole est resté plus longtemps en marge des bouleversements technologiques. Si l’arrivée de la machine à vapeur transforma rapidement les modes de production dans les entreprises, les essais de machines agricoles à vapeur ne furent pas concluants. Il fallut attendre le début du XXème siècle aux Etats-Unis, avec l’arrivée des tracteurs équipés de moteurs à explosion, pour voir l’agriculture se mécaniser réellement. En 1918, près de 30% des surfaces cultivées servaient à nourrir les animaux de trait, principalement avec de l’avoine. Quarante ans plus tard, cette surface était tombée à zéro. Cette évolution technologique considérable eût deux conséquences particulièrement importantes : premièrement, les terres utilisées pour l’autoconsommation étaient toujours cultivées, mais la récolte devait être vendue ; deuxièmement, les fermiers s’endettaient pour acheter leurs machines, et devaient donc dégager des revenus supplémentaires. Du fait de l’augmentation fulgurante de la productivité et des quantités mises sur le marché, les Etats-Unis affrontèrent dans les années 20 et 30 une crise des excédents agricoles, et recherchèrent de nouveaux marchés d’exportation. Pour conquérir ces marchés, ils misèrent très largement sur la culture du soja, qui permet non seulement d’accélérer la croissance du bétail, mais qui possède en outre l'avantage de fixer l’azote de l’air et de le restituer au sol, remplaçant ainsi la fumure disparue en même temps que les animaux de trait.


En Europe, une autre phase de transformation impressionnante du monde agricole se déroule après guerre. Il faut nourrir les populations en produisant plus... et reconvertir les usines d’armes chimiques, qui trouveront une nouvelle activité dans la production d’intrans pour l’agriculture. Mais entre temps, l’Europe s’est placée sous dépendance américaine en signant les accords de Dillon en contrepartie du plan Marshall, qui l’obligent à acheter ses oléo-protéagineux aux américains. Cette situation sera confortée à la fin du GATT par les accords de Blair-House, encore en vigueur aujourd’hui. L’Europe cultivera donc majoritairement des céréales, qu’elle exportera en partie, et nourrira son bétail avec du soja d’importation. Avec les crises pétrolières des années 70, les produits agricoles européens sont une des principales monnaies d’échange utilisées pour acheter un pétrole cher. L’orientation productiviste s’en trouve évidemment renforcé.


La dernière phase de conversion de l’agriculture au libre-échange se prépare dans les années 80, avec la contre-révolution conservatrice initiée par Margaret Thatcher et Ronald Reagan. Afin de redresser les taux de profit mis à mal par les acquis sociaux des année 60 et 70, les grandes puissances financières se lancent dans une réorganisation à l’échelle planétaire de leurs modes de production. En effet, le développement des réseaux de transport et de communication permet d’envisager la mise en œuvre d’une stratégie imparable connue maintenant sous le nom de mondialisation. Un formidable mouvement de dérégulation est orchestré pour permettre aux entreprises de produire ce qu’elles veulent, comme elles le veulent, où elles le veulent, de vendre cette production partout sur la planète, et de rapatrier leurs bénéfices à moindre frais. Alors que la dette des pays du Sud sert à maintenir ces derniers sous contrôle, le salariat des pays développés est rediscipliné par le chômage, produit de cette mondialisation.


Pour l’agriculture comme pour l’industrie, les politiques internationales sont définies par les grandes puissances occidentales, au premier rang desquelles les Etats-Unis et l’Europe. L’objectif est triple. Premièrement, il s’agit d’écouler la surproduction sur les marchés d’exportation. Deuxièmement, de s’approvisionner à bas prix en matières premières, toujours dans le but d’augmenter les taux de profit. Avec leur coût du travail dérisoire, les pays en développement sont une aubaine et des productions agricoles industrielles y sont développées. Les grands bénéficiaires sont les secteurs de l’agroalimentaire et de la grande distribution, qui augmentent leurs bénéfices dans des proportions incroyables. Ainsi, aux Etats-Unis, entre 1974 et 1993, le prix d’achat du café aux producteurs a diminué de près de 20%, tandis que le prix d’achat par le consommateur a augmenté de… 240%. Mais, au delà de ces secteurs, les produits alimentaires à bas prix satisfont les intérêts de l’ensemble du patronat. Selon un vieux principe énoncé par Adam Smith, baisser le coût de l’alimentation permet d’éviter d’augmenter les salaires - voire de les réduire - tout en laissant intact le pouvoir d’achat. Le troisième grand objectif recherché par les pays développés est bien sûr de contrôler autant que possible l’alimentation mondiale, afin de conserver un levier d’action puissant sur les pays émergents et sous-développés.


Concrètement, la mondialisation à marche forcée de l’agriculture mondiale se fait par la suppression des réglementations et des barrières douanières, qui sont des outils que même les pays pauvres peuvent mettre en place. Tout le jeu consistera ensuite à réclamer le libre échange… et à s’en préserver autant que possible. Car, pour éviter la révolte de leurs agriculteurs, les pays occidentaux doivent les maintenir artificiellement compétitifs face aux productions industrialisées des pays à bas niveaux de salaire. Les subventions, plus ou moins déguisées, permettront d’y parvenir et produiront un dumping terrible pour les agricultures paysannes du Sud. Prises en étau entre deux agricultures industrielles – celle du Nord, rendue “ compétitive ” par les subventions, et celle du Sud, rendue compétitive par des coûts du travail dérisoires – l’agriculture non mécanisée est jetée en pâture au marché mondial. Alors qu’on produit au Nord une moyenne de 5000 quintaux équivalent céréales par travailleur et par année, la production manuelle est de 10 quintaux. Pour mettre au pas les pays du Sud et les convertir à ce libre-échange qui n’a rien de libre, les ruses ne manquent pas. On citera les négociations de l’OMC, qui forcent chaque pays à importer 5% de chaque produit, même s’il est en situation d’excédent, ou les plans d’ajustement structurels, qui imposent l’abandon des cultures vivrières pour les cultures d’exportation. Et le succès est total lorsque la prise de contrôle de ces productions se fait par des groupes étrangers, comme ce fut le cas pour le Costa-Rica. Moins de dix ans après le début d’un processus de libéralisation entamé dans les années 80, 50% du marché agricole et 99% de la production de papaye étaient aux mains d’entreprises étrangères.


Les conséquences de ces politiques libre-échangistes sont désastreuses à touts points de vue. Au niveau social, elles provoquent l’exode rural au Sud, la malnutrition, voire la famine. Au nord, elle permettent un recul progressif, puisque la “ règle ” est de s’adapter coûte que coûte à la concurrence internationale. Et donc de s’aligner sur le pire. Le pêcheurs européens en savent quelque chose, puisque leur part de marché s’est effondrée dans les années 90 suite à l’intensification de la pêche d’exportation dans les pays en développement… et à une décision éminemment politique d’ouverture des marchés. Au niveau environnemental et sanitaire, le bilan est si accablant qu’il n’est même plus nécessaire de rappeler le lien direct entre l’agriculture intensive et la dégradation de la planète, ni de citer les nombreuses crises sanitaire comme celle de la vache folle ou de la grippe aviaire. Mais l’ultime conséquence de la conversion au libre-échange de l’agriculture est peut-être que le marché mondial, dans lequel chaque économie, chaque peuple, est en concurrence avec son plus proche voisin, ouvre une voie royale aux spéculateurs. Le développement de la finance n’est ni un hasard ni un phénomène naturel. Il est le produit de la dérégulation et de l’organisation planétaire du marché. La crise alimentaire de 2008, principalement due aux mouvements spéculatifs, est elle aussi une conséquence directe du libre-échange. Elle vient s’ajouter à un passif terrible et prouve s’il en était besoin qu'il faut en finir au plus vite avec ce système .


Ce constat évident semble pourtant échapper à bien des organismes officiels, à l’image de la Banque mondiale, qui persévère dans l’autisme béat. Après la réunion de Cancun en 2003, ces experts chiffraient les bénéfices de la libéralisation à 832 milliards de dollars, dont 539 milliards pour les pays en voie de développement. Fin 2005, l’estimation chutait à 287 milliards, dont 30% seulement au profit des pays pauvres. On attend avec impatience les résultats de la prochaine étude…


Bien sûr, il n’y a rien à espérer de ceux qui ont mis en place ce système en toute connaissance de cause. Un mouvement “ de gauche ”, et plus largement tout mouvement qui se reconnaît dans les valeurs républicaines et humanistes, ne peut plus rester crédible sans revendiquer la sortie de l’OMC et la rupture avec les politiques euro-libérales. D’autant que le “ plan B ” existe. La charte de la Havane, signée en 1948 par 53 pays, proposait une toute autre organisation du commerce, sur la base de coopérations, d’échanges équitables, de souveraineté alimentaire, mais aussi industrielle. En donnant comme objectif l’équilibre de la balance des paiements, elle aurait sans doute permis un développement radicalement différent des sociétés, à l’opposé de l’actuelle concurrence acharnée qui ne bénéficie qu’aux grands actionnaires.


Pris au piège d’une Union européenne ultra-libérale impossible à réformer - y compris lorsque la majorité de ses Etats membres sont gouvernés par des socio-démocrates - les gouvernements n’ont qu’un moyen de briser ce cercle vicieux. Une véritable gauche au pouvoir en France devrait au minimum dénoncer un nombre impressionnant de directives libérales et les déclarer sans effet sur le territoire national. Elle refuserait bien évidemment de payer la moindre astreinte et cesserait d’abonder un budget européen qui ne sert qu’à la mise en œuvre de politiques inacceptables, au premier rang desquels la politique agricole commune. Un tel bras de fer, qui reste la seule solution possible, équivaudrait qu’on le veuille ou non à une sortie de l’Union. Mais il s’agit d’un point de passage obligé pour reconstruire, avec d’autres Etats volontaires, une nouvelle organisation à vocation internationale. Cette rupture marquerait l’entrée dans un post-néolibéralisme où la démocratie reprendrait enfin le contrôle de l’économie.

 


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posté le lundi 22 septembre 2008

Sortie du livre "En finir avec l'eurolibéralisme"

 

 

Dans un monde où se mettent en place de grands pôles de puissance, et où bon nombre de problèmes n'ont de solution que planétaire, il faut indiscutablement De l'Europe, mais pas de l'Europe libérale actuelle. Pour la penser, on ne saurait toutefois rester frileusement prisonnier des institutions existantes, ni se cramponner au périmètre actuel de l'UE.
Le refus a été exprimé à de nombreuses reprises : les peuples ne veulent pas de l'Europe que fait chaque jour la Commission, mais aussi la cour de Justice, celle du libre-échangisme intégral.
S'imposera un acte de dissidence inaugural, en entraînant d'autres. Après un état des lieux argumenté, En finir avec l'eurolibéralisme en examine les conditions.

 

 

Coordonnée par Bernard Cassen, ce livre accueille les contributions d'Aurélien Bernier, de Corinne Gobin, de Jean-Luc Gréau, de Julien Landfried, d'Anne-Cécile Robert, d'Antoine Schwartz, de Christophe Ventura et de Louis Weber.

 

En finir avec l'eurolibéralisme

 Mémoire des luttes et utopie critique (sous la direction de Bernard Cassen)
 
Date de Parution : 17/09/2008
Collection : Les Petits Libres
Prix public TTC : 3,50 €
Code ISBN / EAN : 9782755500745 / hachette : 4934246
Format (105 x 150)
Nombre de pages : 160

 

 


Commentaires

 

1. rimesoudeprime  le 22-09-2008 à 21:00:29  (site)

petite visite.

 
 
 
 

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