Pour une écologie sociale et solidaire

Blog d'Aurélien BERNIER

posté le dimanche 17 août 2008

Les vraies victimes de la tyrannie libre-échangiste

Dans une tribune intitulée « L’Europe, fausse victime de la mondialisation » publiée le 30 juillet dans la rubrique Rebonds de Libérationi, M. Zaki Laïdi réussit un double tour de force : celui de défendre envers et contre tout le système libre-échangiste, et, plus impressionnant encore, celui de faire passer M. Nicolas Sarkozy pour un dangereux protectionniste, ce que l'auteur assimile à du populisme.


Commençons par un point d'accord. Alors même qu'il n'était que candidat à la fonction suprême, l'actuel président de la République ponctuait déjà ses interventions de propos qui pouvaient sembler critiques vis à vis du libre-échange. Populiste, la manoeuvre l'est effectivement. Pourtant, ce n'est pas le discours qui est en cause, mais plutôt le fait que le chef de l'Etat reste un néolibéral convaincu. Ses figures de style ne cherchent qu'à détourner à son profit la profonde inquiétude de citoyens confrontés à une mondialisation destructrice de l'environnement et du social. Des citoyens qui semblent en avoir compris les rouages bien mieux qu'une majorité d'économistes...


En consacrant toute leur énergie à promouvoir un système libre-échangiste à l’échelle planétaire, les grandes entreprises occidentales poursuivent en effet plusieurs objectifs : s’approvisionner à bas prix en matières premières ; bénéficier d’une main d’œuvre peu coûteuse et docile ; rechercher les conditions fiscales les plus avantageuses pour les détenteurs de capitaux ; trouver de nouveaux marchés dans les pays émergeants ; et, de plus en plus, profiter de réglementations environnementales permissives. Ces puissances financières, qui font évidemment la pluie et le beau temps à l'OMC et à l'Union européenne, ont très bien su forger les règles qui leur conviennent le mieux, en créant une concurrence délibérément faussée entre des Etats possédant des réglementations totalement disparates.


Pour qui veut ouvrir les yeux, l'absence de limites du système libre-échangiste apparaît maintenant au grand jour. Quand la firme Adidas annonce la délocalisation de ses usines chinoises vers des pays encore plus « avantageux » comme le Bangladesh ou le Vietnam, le message est clair : les puissances financières iront toujours vers le pire du point de vue social et environnemental. L'histoire n'a pas de fin. D'autant que cette stratégie permet évidemment de maintenir sous pression les salariés des pays occidentaux et de tout leur faire accepter. Elle explique comment, entre 1983 et 2006, la part des salaires dans le produit intérieur brut (PIB) a pu baisser en France de 9,3 %. Ce qui signifie bien-sûr que la part du capital dans le PIB a augmenté d'autant. La mondialisation, qu'on nous prédisait heureuse, ne sert finalement qu'un objectif : augmenter les taux de profit des grandes firmes.


Sur le plan environnemental, le bilan du libre-échange est tout aussi désastreux. Souvenons-nous qu'après la fable de la mondialisation heureuse, celle de la croissance « verte » nous était servie. Le résultat, tout à fait brillant, est une augmentation des émissions de dioxyde de carbone (CO2) de 35% depuis la finalisation du protocole de Kyoto en 1997. La très sérieuse revue américaine Environmental Science & Technology publiait courant 2007 une étude de deux chercheurs en science de l'environnementii. Ceux-ci estiment que 20% des émissions mondiales de CO2 sont imputables aux produits fabriqués dans les pays en développement et importés par les pays développés. Avant d'inciter les individus à co-voiturer pour réduire leurs rejets de gaz à effet de serre, il aurait été passionnant de se pencher sur ces chiffres, d'interroger les modes de consommation, de production, et les règles du commerce international. Entre autres choses, nous aurions vu que les délocalisations, visibles ou cachées, ont un poids considérable dans la crise écologique.


Comme tous les défenseurs du libre-échange, M. Zaki Laïdi nous explique que le protectionnisme est «  économiquement inefficace ». Ce faisant, il esquive une question fondamentale : veut-on faire seulement de l'économie ou bien avant tout de la politique? Les Etats ont choisi de se plier aux règles d'une concurrence profondément faussée et de perdre ainsi tout pouvoir sur les puissances financières. Alors qu'ils en étaient les garants, ils ont sacrifié la souveraineté populaire sur l'autel des fameuses « lois de l'économie ». Pour mettre fin à cette forfaiture, il faut stopper le libre-échange, stopper le chantage aux délocalisations, stopper la prime à l'irresponsabilité. Créons une taxe aux frontières qui comble les écarts entre les coûts sociaux et environnementaux des différentes productions. Créons cette concurrence réellement non faussée à partir de laquelle nous pourrons à la fois rediscipliner les multinationales, relocaliser une partie de la production et tirer vers le haut les niveaux de protection sociale et environnementale dans les pays en développement.


En son temps, Karl Marx a cru que le libre-échange permettrait d'étendre la lutte des classes. A l'exact opposé, il aura considérablement renforcé le système capitaliste au détriment des populations. Ne pas l'avoir prévu au XIXème siècle peut tout à fait se comprendre, mais nier cette évidence en 2008 est par contre inexcusable.

 

 

 

ihttp://www.liberation.fr/rebonds/342006.FR.php

iiEmbodied Environmental Emissions in U.S. International Trade, 1997-2004, Christopher L.Weber, H. Scott Matthews, Department of Civil and Environmental Engineering and Department of Engineering and Public Policy, Carnegie Mellon University, 10 mai 2007

 


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posté le samedi 02 août 2008

Les écologistes de pacotille du Groupe des huit

La photo est belle. Messieurs Nicolas Sarkozy et George W. Bush y apparaissent, la pelle à la main, plantant de jeunes arbres dans une pelouse de la ville japonaise qui hébergea, du 6 au 10 juillet, la dernière réunion du G8. Qu'ils soient ou non sur le cliché, tous les membres du groupe

des huit pays les plus riches de la planète ont fait de même. Car planter un arbre est un magnifique symbole, qui permet de prouver au Monde que ses dirigeants se préoccupent d'écologie.

 

Comme le veut maintenant la coutume pour tout sommet international qui se respecte, la réunion du G8 affichait à son ordre du jour la lutte contre le changement climatique. Et comme chaque fois, le résultat des négociations est navrant. Nicolas Sarkozy ne trompe personne en estimant que cette étape constitue un « progrès important », au motif que les Etats-Unis auraient accepté de partager un objectif mondial de division par deux des émissions de gaz à effet de serre à échéance 2050. Car cette déclaration n'engage strictement à rien.

 

En premier lieu, un George W. Bush qui coule les jours tranquilles d'une fin de second et dernier mandat peut presque tout promettre, puisque la balle est déjà dans le camp de son successeur. Et si les engagements à réduire les émissions sont une figure obligée de la campagne présidentielle américaine, les crises économiques à répétition et la menace de plus en plus réelle de récession laissent planer un énorme doute sur la mise en oeuvre de mesures durables.


Deuxièmement, les membres du G8 ne sont parvenus à se mettre d'accord ni sur une année de référence, ni sur un objectif intermédiaire. Or, le choix de l'année prise en référence sera déterminant dans le calcul, puisque les émissions mondiales ne cessent d'augmenter. Des objectifs intermédiaires, quant à eux, permettraient d'établir un début de calendrier et éviteraient de renvoyer l'atteinte du résultat à une date à laquelle la plupart des chefs d'Etats présents au Japon seront morts et enterrés.


Enfin et surtout, l' « accord » des Etats-Unis ne vaut que si la Chine et l'Inde acceptent la même contrainte. Or, depuis les négociations du protocole de Kyoto à la fin des années 90, ces pays émergents refusent tout objectif chiffré de réduction, en invoquant le droit au développement. Sur ce point, leur position n'a pas varié d'un pouce.


Le progrès en question est donc aussi spectaculaire que la plantation de quelques arbres par nos jardiniers amateurs. Si l'on veut bien abandonner la langue de bois, il faut admettre que la situation est totalement bloquée. Les raisons en sont simples. Aucun des protagonistes n'est prêt à toucher à la croissance de son économie, ni sur le plan quantitatif, ni même sur le plan qualitatif. Aucun, évidemment, n'envisage de remettre en cause le libre-échange, véritable moteur des délocalisations et, par là même, des profits des multinationales et de la finance.


Or, ce système économique construit contre les peuples et pour les grandes puissances financières est, de très loin, le principal responsable de l'augmentation folle des émissions de gaz à effet de serre. Alors qu'une croissance « décarbonée », pour ne pas dire « verte », nous était promise, les émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO2) ont augmenté de 35% depuis la signature du protocole de Kyoto en 1997. Si quelques rares Etats développés sont parvenus à réduire leurs rejets, ces « avancées » sont loin de compenser la régression provoquée par la stratégie de mondialisation poursuivie par les multinationales.


La très sérieuse revue américaine Environmental Science & Technology publiait en 2007 une étude de deux chercheurs en science de l'environnement1. Ceux-ci estiment que 20% des émissions mondiales de CO2 sont imputables aux produits fabriqués dans les pays en développement et importés par les pays développés. Alors que la production d'électricité, très peu délocalisable, est la première activité émettrice de CO2 (27% des émissions mondiales), ce chiffre de 20% signifie que les impacts sur le climat du commerce international sont tout simplement énormes. Avec un redéploiement de la production dans les Etats à bas niveau de protection environnementale, une surexploitation des ressources naturelles, un transport des produits sur des milliers de kilomètres... qui sont les conséquences évidentes du néolibéralisme, rien d'étonnant à ce que les pays développés soient importateurs nets de gaz à effet de serre.


Les membres du G8, qui ne peuvent ignorer un tel état de fait, ont donc fermé les yeux. Ils ont continué à tromper l'opinion publique en simulant la prise de conscience écologique. Ils ont utilisé un symbole particulièrement dangereux : celui qui consiste à faire croire que planter des arbres peut compenser les dégâts d'un système économique fondamentalement destructeur des écosystèmes.


S'ils avaient vraiment voulu agir pour la planète, les chefs d'Etat auraient mieux fait d'enterrer les politiques libérales. La tâche n'était pas si difficile ; le trou était déjà creusé.

 


1Embodied Environmental Emissions in U.S. International Trade, 1997-2004, Christopher L.Weber, H. Scott Matthews, Department of Civil and Environmental Engineering and Department of Engineering and Public Policy, Carnegie Mellon University, 10 mai 2007

 


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posté le dimanche 27 juillet 2008

L'environnement, dernier alibi de l'Union européenne ?

Article publié sur Marianne 2 :

www.marianne2.fr/L-environnement,-dernier-alibi-de-l-Union-europeenne-_a89276.html

 

 

Trois ans après le non français au référendum sur le Traité constitutionnel, le peuple irlandais vient de refuser la copie quasiment conforme du traité de Lisbonne. Si, pour certains optimistes comme le Premier ministre polonais M. Donald Tusk, il ne s'agirait que d'un « incident référendaire », beaucoup de commentateurs estiment que la construction européenne est en panne. Mais la réalité est bien pire. Il serait plus juste d'admettre que cette nouvelle étape ne fait qu'aggraver une crise profonde dans laquelle les institutions communautaires s'enfoncent un peu plus chaque jour. S'il en était besoin, le vote irlandais prouve une nouvelle fois que l'Union européenne ne fait plus illusion. Libérale, atlantiste, antidémocratique, l'Europe que l'on construit sous nos yeux n'est définitivement pas celle des peuples. Dans ces conditions, que reste-t-il pour sauver les apparences ? Bien peu de choses, sans doute. A moins de trouver une crise plus grave encore que celle de la construction européenne. Un problème majeur, d'avenir, grâce auquel l'Europe pourrait facilement redorer son blason... Un problème comme celui du changement climatique.


Rien de tel que l'écologie, en effet, pour faire oublier le désastre social des politiques européennes et laisser croire au citoyen que l'on se soucie de son bien-être et de celui des générations futures. M. José Manuel Barroso ne dit pas autre chose lorsqu'il estime le sujet « important sur le plan politique, parce que cela peut réconcilier l'Europe avec les nouvelles générations qui parfois ne se reconnaissent pas dans notre action »i. C'est ainsi que les délégués européens, puisant leur inspiration dans le succès de M. Al Gore, ne ménagent pas leur peine pour paraître « en pointe du combat pour le climat » à chaque sommet où ces questions figurent à l'ordre du jour. Il y a fort à parier que le camouflet du traité de Lisbonne annonce un redoublement d'activité en la matière, et ce dès le début de la présidence française de l'Union.


Malheureusement, les déclarations d'intention ne peuvent se substituer à un bilan objectif des politiques menées. Et c'est bien là que le bât blesse. Si l'Europe avait à subir un audit environnemental, ce dernier montrerait à quel point ses choix ont contribué à la destruction des écosystèmes en donnant une priorité absolue à la concurrence libre et soi-disant non faussée.


Très bien structurés, les lobbies ont en effet su forger la réglementation communautaire en fonction de leurs intérêts, l'institution répondant avec un zèle remarquable à leurs attentes. Pour la table ronde des industriels européens (ERT), puissante organisation patronale, il est évident que « les meilleurs accords sont ceux proposés par l'industrie »ii. Dès lors, on comprend mieux la grande timidité de certains textes, à l'image du programme REACH sur les produits chimiques, remodelé par les grands groupes privés pour échapper à une contrainte trop forte. On comprend aussi que le programme de développement des transports adopté par l'UE reprenne très largement le rapport de l'ERT sur le sujet, qui prône un développement autoroutier massif, la création de nouveaux aéroports et de lignes à grande vitesse, afin de satisfaire « le marché ». Ou que le brevetage du vivant soit maintenant autorisé pour le plus grand bonheur des marchands d'organismes génétiquement modifiés (OGM).


C'est d'ailleurs dans le domaine agricole que l'imposture écologique de l'Union est sans doute la plus criante. En dépit de sa croisade pour le climat, elle continue à consacrer 50 milliards d'euros à une Politique Agricole Commune destructrice de l'environnement, engraissant toujours les exploitations intensives. Non contente de promouvoir le productivisme, l'UE s'attache par ailleurs à dénaturer l'agriculture biologique. Le règlement 834/2007 qui entrera en application le 1er janvier 2009 introduit dans la bio un seuil de contamination par les OGM (0,9%) qui s'imposera à tous les Etats ! Dans le même temps, les annexes de la directive encadrant l'utilisation d'OGM sont toujours inappliquées pour ce qui touche à leur évaluation, les parodies d'études présentées par les multinationales étant encore, à l'heure actuelle, acceptées les yeux fermés.


Enfin, pour ne laisser aucune illusion sur ses réelles motivations, l'Union défend avec ardeur la bourse des droits à émettre des gaz à effet de serre, déjà théâtre de nombreuses manoeuvres spéculatives. Entre le marché libre et la contrainte réglementaire, le choix est ainsi fait. Tant pis si l'efficacité n'est pas au rendez-vous, les rejets des entreprises concernées par ce système ne cessant de croître.


Face à cette réalité, la conclusion s'impose d'elle-même. L'Europe sociale n'existe pas ; l'Europe écologique non plus. Fondamentalement libre-échangiste, l'Union fonce dans le mur de la concurrence effrénée, où le pire est toujours gagnant d'un point de vue commercial, qu'il s'agisse de conditions de travail ou d'impacts écologiques.


Malheureusement, personne sur la scène politique française n'ose encore établir ce constat. Le tout nouveau Mouvement Politique d'Education Populaire (M'PEP) veut briser ce tabou et montrer la construction européenne telle qu'elle est : un outil au service des puissances financières. Alors, de deux choses l'une. Soit il est possible de la réformer rapidement, en profondeur, et ceux qui le pensent doivent nous expliquer comment. Soit il est trop tard, et il nous faudra sortir de cette Europe-là pour en construire une autre, radicalement différente, fondée sur des valeurs de solidarité, de coopération et de préservation des équilibres écologiques.



iLe plan d'action de la Commission européenne, 13 mars 2007, http://www.touteleurope.fr

ii« Europe Inc. - Comment les multinationales construisent l’Europe & l’économie mondiale », Observatoire de l’Europe industrielle, AGONE, 2005.

 


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posté le mardi 08 juillet 2008

Dans les profondeurs libérales de la crise pétrolière

Alors que l'augmentation du prix du pétrole occupe la une des médias depuis plusieurs semaines, le traitement par la grande presse de cette crise profonde reste encore une fois d'une pauvreté incroyable. Pourtant, à l'image de la crise alimentaire, le sujet permet de tirer bien des fils et met en cause les fondements mêmes du système économique international.


Comment donc expliquer l'envolée actuelle du prix du baril et des tarifs à la pompe? D'après les spécialistes de l'Institut français du pétrole (IFP), la raison principale est l'augmentation de la demande, en grande partie due au fait que la Chine et l'Inde n'en finissent plus d'émerger, ainsi qu'au comportement des pays producteurs qui se régalent d'un prix élevé. Or, si ces deux paramètres entrent bien en ligne de compte, ils sont loin de pouvoir tout justifier. En fait, le marché du pétrole présente différentes caractéristiques qui en font un formidable terrain de jeux pour les spéculateurs.

 

 

Le pétrole est la première valeur commercialisée sur la planète, avec près de 87 millions de barils (13,8 milliards de litres) par jour. La croissance économique mondiale dépassant les 5%, la demande augmente effectivement, même si l'Agence internationale de l'énergie (AIE) prévoit un rééquilibrage par rapport à l'offre dans les touts prochains mois. S'agissant d'une énergie fossile, les réserves ne sont pas extensibles, et les craintes d'une pénurie à un horizon relativement proche sont connues. Mais les statistiques en la matière sont particulièrement imprécises. Les Etats membres de l'Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP) publient leurs chiffres sur la production réelle avec un important décalage dans le temps. Une grande imprécision couvre également les capacités de production et les réserves prouvées de pétrole, qui ne sont vérifiées par aucun organisme indépendant. Bien-sûr, l'OPEP a tout intérêt à entretenir ce flou, qui leur permet de conserver un marché tendu et de bénéficier de prix élevés.


De leur côté, les compagnies pétrolières ont créé un entonnoir en limitant le développement des capacités de raffinage. Ainsi, aux Etats-Unis, aucune nouvelle raffinerie n'a été construite depuis 1976, alors que la consommation mondiale ne cesse d'augmenter. Curieux statu-quo pour des néolibéraux qui ne jurent que par la « loi » de l'offre et de la demande ! Mais ce faisant, les firmes comme Exxon Mobil, Shell, British Petroleum ou Total contrôlent un goulet d'étranglement par lequel le pétrole brut doit inévitablement passer et peuvent limiter d'autant les ambitions de l'OPEP. Actuellement, les capacités de raffinages permettent tout juste de répondre à la demande mondiale.


A ces problèmes posés par la production et la transformation, il faut ajouter bien-sûr les questions du transport et du stockage, qui font de la géopolitique du pétrole un puzzle extrêmement complexe. Les nombreux événements qui peuvent survenir tout au long de la chaîne jouent inévitablement sur le marché. Une guerre dans un pays producteur, un ouragan comme Katrina qui met hors service des raffineries aux Etats-Unis sont autant de phénomènes qui impactent directement le prix du baril de brut.


Le marché du pétrole, lui, ressemble comme deux gouttes d'eau aux marchés financiers. Il comprend des opération « physiques » à livraison immédiate ou différée, et des opérations « papier » qui permettent d'échanger des intentions d'achat ou de vente. Or, le marché « physique » ne représente au mieux que 10% des transactions. Le reste porte sur des mouvements fictifs, pour lesquels les contrats peuvent aller jusqu'à quinze ans. Dans cette ambiance hautement spéculative, de nouveaux intervenants sont apparus récemment : les fonds d'investissement. Ces derniers pesaient 13 % des transactions en 2004, contre 6 % seulement trois ans plus tôt. Le Sénat américain vient de s'emparer du rapport écrit par un financier indépendant, M. Michael Masters, constatant que ces institutions financières ont acheté un total de 848 millions de barils sur les cinq dernières années au travers d'indices boursiers de matières premières. Soit presque autant que l'accroissement des besoins de la Chine qui, sur la même période, s'élevait à 920 millions. Preuve que les pays émergents ont le dos large... Le dernier épisode en date est la reprise le 23 juin par le Wall Street Journal des résultats d'une enquête menée par le Congrès, qui chiffre le niveau de spéculation sur l'un des pétroles pris comme référence commerciale, le WTI (West Texas Intermediate). Les investissements des traders atteindraient maintenant 70% du marché.


En fait, le schéma est tout à fait prévisible. Dans leur recherche effrénée de rendement financier, les fonds boursicotent sur le pétrole de la même manière que sur les produits alimentaires, les crédits immobiliers, ou, depuis peu, les droits à polluer. Et plus les prix sont élevés, plus ces investisseurs sont attirés par le marché. Le plus étonnant est que certains spécialistes, comme les économistes de l'IFP, parviennent encore à le nier.


De la même manière, il devient difficile de contester l'augmentation des profits sur le raffinage et la distribution des produits pétroliers. Début juin, l'UFC-Que Choisir révélait que la marge de raffinage sur le gas-oil vendu en France a été multipliée par 2,4 en quatre mois et par plus de 6 en dix ans, pour approcher les 16 centimes par litre au mois de mai dernier. A elle seule, elle explique environ la moitié de l'envolée du prix à la pompe sur les six derniers mois. Rappelons qu'une firme comme Total dégage de tels profits qu'elle a pu augmenter de 64 % le versement des dividendes à ses actionnaires entre 2000 et 2004, et qu'elle dépense des sommes colossales pour racheter ses propres actions dans le but de faire grimper artificiellement son cours en Bourse.


Voici des paramètres qui mériteraient d'être mieux connus. Un marché hautement spéculatif... Des multinationales qui jouent de l'effet d'aubaine pour soutirer encore quelques profits supplémentaires... Et en bout de chaîne ? Des manifestations de pêcheurs et de transporteurs étranglés, des citoyens pris au piège d'une mondialisation destructrice, la crise pétrolière n'étant que l'un de ses derniers avatars.


En bons écologistes, nous pourrions nous réjouir de l'envolée du prix du baril, qui devrait théoriquement inciter aux économies. Mais ce serait oublier deux choses. D'une part, la consommation des ménages, qui est liée au chauffage et au transport, réagit très faiblement à la hausse du prix de l'énergie. Une augmentation de 10 % des tarifs génère une baisse de la consommation d'au maximum 1,5%. D'autre part, le drame de la situation pour les catégories les plus touchées tient au fait qu'elle combine et additionne plusieurs conséquences terribles des politiques néolibérales menées tambour battant depuis le début des années quatre-vingts.


Ainsi, le secteur de la pêche est l'exemple type d'un marché mondialisé pour le plus grand bénéfice des puissances financières. Durant la seule année 1992, les cours mondiaux du poisson ont chuté d'environ 20%, sous la pression des importations à faible prix en provenance des pays en développement. Mis en concurrence avec des ouvriers exploités pour un salaire de misère, les pêcheurs français sont devenus une proie facile pour la grande distribution. Alors qu'ils vendent actuellement à perte, le rapport entre le prix qui leur est payé et le prix de vente dans les grandes surfaces est de un à dix !


Le transport routier français, quant à lui, ne représente plus que 24% du transport international réalisé entre la France et l'étranger. Il en pesait 52 % en 1992. Là encore, la concurrence, au sein même de l'Union européenne, a été meurtrière. Et les dernières règles qui protégeaient encore les entreprises d'Europe de l'Ouest vont bientôt voler en éclats. L'Union a en effet décidé début juin d'autoriser le cabotage, qui consiste à transporter des marchandises entre deux villes d'un pays étranger. Sous couvert d'optimisation des consommations de carburant, la concurrence sera encore accrue, ce qui bénéficiera in fine aux Etats à faibles niveaux de salaire.


Pour ces deux secteurs, l'augmentation du prix du pétrole est donc dramatique, car elle vient s'ajouter à la montée d'une concurrence toujours plus acharnée, produite par des politiques maladivement libre-échangistes qui ne profitent qu'aux pouvoirs financiers. Mais le constat pour le salarié lambda va exactement dans le même sens. Entre 1983 et 2006, la part des salaires dans le produit intérieur brut (PIB) a baissé en France de 9,3 %. Ce qui signifie bien-sûr que la part du capital dans le PIB a augmenté d'autant. Nous assistons en fait à un transfert continu des richesses vers les propriétaires des grands moyens de production, qui ne cesse de creuser l'écart entre ceux qui vivent de leur travail et ceux qui vivent de leurs investissements. Si cette réalité était rappelée par les médias, nul doute que le débat sur le pouvoir d'achat prendrait de la hauteur et de la consistance.


L'augmentation du prix du pétrole est donc l'arbre qui cache la forêt d'un partage profondément inéquitable des richesses. Il n'est pas grave en soi que les tarifs des énergies fossiles augmentent. Il faudra même s'y habituer, puisque les réserves ne sont pas inépuisables, que la demande ne cesse de croître, et que leur utilisation pose de sérieux problèmes environnementaux. Mais la gravité tient au fait qu'il est de plus en plus difficile de vivre correctement de son travail, que l'on soit pêcheur, transporteur, ou salarié dans bien d'autres domaines d'activité.


Alors que le gouvernement ne propose que des mesurettes constituées pour l'essentiel d'exonérations fiscales, il faut au contraire frapper fort, en distinguant les mesures d'urgence des mesures visant à changer la structure de l'ordre économique.

 

Une taxe immédiate sur les profits des pétroliers doit être prélevée et utilisée pour aider les professions les plus touchées. Les sur-profits de Total réalisés en France, à savoir les profits qui vont au delà d'une rentabilité de référence de 15 %, ont atteint 1,2 milliard d'euros en 2005 et près de 4 milliards sur la période 2003-2006. Appliquons-leur une taxe de 100% et n'en parlons plus !

Dans le même temps, il faut absolument instaurer un tarif régulé des énergies, qui permette de contrôler les marges des transformateurs et des distributeurs, afin d'éviter l'effet d'aubaine observé actuellement.

 

Mais pour agir en profondeur, c'est encore une fois la fermeture de la Bourse et l'arrêt du libre-échange qu'il faut très sérieusement envisager.

Le moyen le plus sûr de casser la spéculation est d'exclure du marché les investisseurs privés qui ne recherchent que la rentabilité financière. C'est pourquoi les transactions sur le pétrole doivent être réservées aux seuls Etats, selon des principes définis dans une nouvelle charte internationale de l'énergie qui serait refondée sur des bases de coopération.

En matière de commerce extérieur, une taxe doit intervenir pour réintroduire le coût social et environnemental dans le prix des importations. Si la possibilité d'utiliser des droits de douane n'avait pas été systématiquement éliminée, au nom de la lutte contre le protectionnisme, par l'Organisation mondial du commerce, le Fonds monétaire international ou l'Union européenne, la concurrence entre pêcheurs français et pêcheurs chinois, entre chauffeurs français et chauffeurs roumains, ne serait pas à ce point faussée et destructrice.

Ces mesures apparaissent maintenant comme un point de passage obligé pour re-discipliner l'économie. Car avant de pouvoir engager de véritables politiques alternatives, dans le domaine de l'énergie comme ailleurs, il faut faire sauter ces verrous que les libéraux se sont appliqués à poser pendant près de trente ans.


 


Commentaires

 

1. Lak  le 08-07-2008 à 15:16:27  (site)

J'ai repris votre texte (avec indic source)sur le nouveau site amitié entre les peuples au lien :
http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article212

Le mythe de l'échange marchange libre doit tomber tout comme celui des privatisations inéluctables. Il semble plus aisé de combiner sur ce sujet A BERNIER et V GAY que A BERNIER et Y COCHET. Non ?
JJ Lakrival

2. annielamarmotte  le 08-07-2008 à 17:38:31  (site)

passage de marmotte interessée...

3. vlad  le 21-07-2008 à 15:40:12

le mecanisme de la speculation expliqué:

Un puits de pétrole secret jaillit à l’intérieur de Citigroup

mardi 24 juin 2008 (08h15) : de Pam Martens

Deux agences fédérales sont coupables de manipulations du cours du brut

Si vous voulez débusquer une manipulation sur le marché, ne vous tournez pas vers les détectives du Congrès. Ils ont enquêté sur les marchés pétroliers et sont passés complètement à côté d’une société qui se trouve au centre de l’action. Durant cette période, le baril de brut est passé de 50 à 140 dollars, laissant un vaste pan du peuple américain face au choix, pour l’hiver prochain, d’acheter de la nourriture ou payer leur facture de chauffage.

.........

CounterPunch — publié le 23 juin 2008

article original : "A Secret Oil Gusher Inside Citigroup "

http://www.counterpunch.org/martens06212008.html

http://questionscritiques.free.fr/edito/CP/Pam_Martens/Citigroup_Phibro_transactions_petrolieres_210608.htm

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article68101

La solidarité en cours dont "ils" ne parlent pas:

N.H. will accept free oil from Chavez after all

With fuel prices rising, N.H. decides to accept free oil from Chavez's government after all

NORMA LOVE
AP News

Jul 18, 2008 14:47 EST

Two years ago, New Hampshire refused to accept heating oil from Venezuelan President Hugo Chavez, the pro-Castro U.S. critic who once called President Bush "the devil." But with fuel prices rising, well, free oil is free oil....

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On the Net:

Citgo:

http://www.citgo.com/CommunityInvolvement/HeatingOil.jsp

Citizens Energy:

http://www.citizensenergy.com/main/Home.html

http://wiredispatch.com/news/?id=258277

 
 
 
posté le mercredi 25 juin 2008

Les révoltes de la faim, conséquences naturelles de la mondialisation

Dès le XVIIIème et le début du XIXème siècle, les économistes Adam Smith et David Ricardo avaient décrit un phénomène d'une logique imparable : la baisse du prix des denrées alimentaires permet d'augmenter le pouvoir d'achat des salariés sans avoir à augmenter leurs salaires. Par voie de conséquence, cette baisse est vivement souhaitable pour les propriétaires des grands moyens de production. Règle numéro un du parfait libéral : la nourriture doit être bon marché.


Dans ses travaux, le même Ricardo élabore la théorie des avantages comparatifs, qui conclut à l'intérêt qu'aurait chaque pays à se spécialiser dans les types de production pour lesquels il se montre le plus performant. Peu importe que cette spécialisation rende dépendant d'autres pays producteurs, le libre-échange permet aux marchandises de circuler et aux peuples de satisfaire leurs besoins. Règle numéro deux : il faut renoncer à la souveraineté alimentaire et industrielle pour se convertir au libre-échange.


La stratégie de mondialisation permise par le développement fulgurant des réseaux de transport et de communication n'est jamais que la mise en oeuvre à marche forcée de ces principes par les puissances économiques. Tous les moyens auront été bons pour y parvenir. Le GATT puis l'OMCi propageront le libre-échange un peu partout sur la planète, y compris dans le domaine agricole. Lorsque les négociation patinent à l'OMC, comme c'est le cas depuis quelques années, des accords régionaux ou bilatéraux prennent le relais et appliquent les mêmes recettes. Sans oublier les Plans d'ajustement structurels imposés aux pays emprunteurs du Fonds monétaire international (FMI), qui déclinent encore la doctrine néolibérale. En bout de course, les vrais bénéficiaires de ce libre-échangisme débridé sont les grandes entreprises, qui peuvent profiter des conditions sociales, fiscales et environnementales les plus avantageuses et niveler par le bas les législations grâce à l'argument massue de la concurrence internationale.


De plus, la financiarisation croissante de l'économie démultiplie les conséquences de cette réorganisation. Le pouvoir exorbitant des marchés généralise la spéculation, y compris sur les produits alimentaires. Le « marché mondial » fixe les prix, fonction de l'offre et de la demande... mais aussi (et de plus en plus) des perspectives de rendement financier. Pour s'en convaincre, on peut admirer la transparence de la banque belge KBC qui, pendant les révoltes de la faim, vante les performances d'un produit financier investi dans les matières premières agricolesii.


Ainsi, on comprend mieux comment cette mondialisation qu'on nous prédisait heureuse a pu conduire à la situation de pénurie alimentaire vécue en ce moment même par de nombreux pays. Spéculation provoquant une hausse brutale des prix, répartition totalement inéquitable des richesses, dépendance des pays du Sud vis-à-vis du Nord...voilà les ingrédients de la crise. On peut bien-sûr ajouter un choix technologique désastreux comme celui des agro-carburants, qui confirme l'hérésie du système économique mondial en détruisant des aliments pour produire de l'énergie.


Face à la révolte de populations qui ne parviennent plus à payer leur nourriture, les institutions sont dans l'embarras. Elles accusent la hausse de la population, la croissance de la Chine et de l'Inde ou le changement climatique, et préconisent d'augmenter l'aide alimentaire. Les plus téméraires reconnaissent tout juste des effets pervers dans la stratégie internationale et se souviennent que les subventions des pays riches à leur agriculture provoquent un dumping terrible dont sont victimes les pays en développement. Egale à elle-même, la Banque Mondiale s'oppose à l'arrêt des exportations de produits alimentaires par les Etats les plus touchés par la famine au motif... que cette mesure provoquerait une nouvelle augmentation des cours sur les marchés ! En d'autres termes, pour sortir de la crise, laissons mourir les pauvres.


On applaudira enfin la commissaire européenne à l'agriculture, Mme Mariann Fischer Boel, qui estime que les prix élevés sont « une bonne chose pour les producteurs »iii et qu'un développement plus rapide des organismes génétiquement modifiés (OGM) limiterait la crise. Toutes les démonstrations ont pourtant été faites et maintes fois répétées pour tordre le cou à ce dernier argument. Protégés par brevets et conçus pour une agriculture intensive basée sur la chimie, les OGM sont un désastre de plus pour les pays en développement. Environ 80% des surfaces cultivées dans le monde avec ces variétés sont d'ailleurs destinés à la nourriture du bétail consommé dans les pays riches. Et, à supposer que certains OGM apportent une amélioration en terme de rendement (ce qui reste à prouver), les faits démontrent que les causes de la malnutrition sont bien politiques, et qu'augmenter la production ne modifiera en rien la situation.


Une diversion aussi ridicule n'a visiblement qu'un objectif : celui d'occuper le terrain médiatique. Car, pour les tenants de l'ordre économique international, le risque que les citoyens tirent les véritables conclusions de cette situation est grand. Et ces conclusions sont sans appel. Le libre-échange est un désastre au Sud comme au Nord. Reconstruire la souveraineté alimentaire et industrielle des Etats est la seule voie possible pour sortir d'une logique de concurrence et s'engager dans une logique de coopération et de solidarité. Pour cela, il faut fermer la bourse, contrôler les importations et les investissements, taxer les profits... bref, remettre l'économie sous contrôle politique. Si elle était analysée pour ce qu'elle est, cette crise alimentaire devrait signifier la mort clinique de l'idéologie néolibérale.



iGATT : Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, signé le 30 octobre 1947 pour harmoniser les politiques douanières des parties signataires. Cet accord multilatéral de libre-échange entra en vigueur en janvier 1948 et aboutira en 1994 à la création de l'Organisation Mondial du Commerce (OMC).

iii« Hausse des prix agricoles: bonne chose pour les producteurs », AFP, 18 avril 2008.

 


Commentaires

 

1. michèle  le 26-06-2008 à 00:08:25

Salut Aurélien,

Je croyais que c'était Adam Smith qui avait élaboré la théorie des avantages comparatifs en 1817, et non Riccardo.

J'ai traité de la crise alimentaire dans notre dernier "Mardi d'attac" et j'ai dit et développé les idées que tu exposes très clairement ici.Le débat fut intéressant mais personne n'a osé dire que la hausse des prix agricoles était une "bonne chose pour les producteurs", il n'y avait pas de céréaliers dans la salle....

2. 2eloq  le 26-06-2008 à 11:28:09  (site)

merci de faire parvenir au plus de gens possible des renseignements aussi précieux..
il est incongru, à mon avis, que des avis tels que le tien, qui sont de simple bon sens mais, qui plus est, construits et argumentés, puissent être marginalisés par des voix ayant pignon sur rue...

3. Etsiçachangeait?  le 27-06-2008 à 21:52:09

Je trouve ces arguments très censés et désolants, mais on cherche tous la solution. Aujourd'hui qui croit en un changement, on subit on plie ou on survit mais ceux qui décident peuvent continuer tranquillement car les "émeutes " sont matées ou cernées suffisamment grace à la milice, les medias la propagande , la betise et la tétanie des paralysies des absents ou peureux. Quelles actions, quel courage, qui veut Vraiment que ça change?

4. geodel  le 27-06-2008 à 21:52:23

Toujours un plaisir de te lire. Tu exprimes de plume de maitre tout ce que je ressens.
En souvenir d'une soirée de mai 2005. En souhaitant agir de nouveau.
Georges de Jazeneuil.

 
 
 
 

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