Démondialiser et coopérer

Blog d'Aurélien BERNIER

posté le samedi 10 décembre 2011

La démondialisation, pour sortir du productivisme

 

 

 

 

Article paru dans le Sarkophage de novembre 2011

 

 


Imaginé par Bernard Cassen en 1996 et repris par le sociologue philippin Walden Bello en 2002, le terme de « démondialisation » a fait couler beaucoup d'encre ces derniers mois, grâce notamment au dernier livre de Jacques Sapir1 et à la position défendue au sein du parti socialiste par Arnaud Montebourg. A droite comme à gauche, la démondialisation a vite trouvé ses opposants, maniant la caricature et rappelant étrangement ce qu'ont vécu et vivent encore les objecteurs de croissance. Si l'austérité pour tous n'a jamais été le projet des objecteurs de croissance, l'autarcie nationale n'est pas non plus le projet des « démondialistes ». Au contraire, il doit s'agir de poser les bases d'un nouvel ordre international, mais de sortir de la douce rêverie pour passer enfin à l'action.


Le système économique mondial qui s'est construit à partir de 1945 est très complexe dans sa mécanique mais relève d'une logique assez simple. Le capitalisme a besoin de vendre toujours plus, car c'est avant tout la production matérielle qui permet le profit. Il faut donc utiliser les gains de productivité pour augmenter la production et trouver en permanence de nouveaux marchés. Le capitalisme a créé artificiellement des besoins supplémentaires. Il a développé le crédit pour qu'un maximum de consommateurs puissent les satisfaire. Mais ce n'était pas suffisant : il devait également organiser le renouvellement régulier des biens vendus, ce que les firmes sont parvenues à faire en créant des effets de mode et en dégradant leur qualité, ce que l'on nomme « l'obsolescence programmée ».


Bien-sûr, ce système ne fonctionne que si les multinationales ont accès à des ressources naturelles à bas prix. La bataille pour les ressources qui en découle est aussi vieille que le capitalisme, mais a changé de forme. Avant la Seconde guerre mondiale, le moyen le plus répandu pour mettre la main sur les matières premières était la colonisation. Avec le conflit de 1939-1945 et la guerre froide qui suit, des pays au Sud peuvent commencer à prendre une véritable autonomie politique. Au début des années 1970, le Chili, le Mexique, la Tanzanie ou encore le Sri-Lanka bâtissent des projets socialistes, redistribuent les terres et nationalisent des secteurs stratégiques de l'économie comme les mines ou le pétrole. Cette émancipation terrorise les grandes puissances commerciales, d'autant que la montée des préoccupations écologiques pose en parallèle la question de la surconsommation des ressources naturelles, annonçant une pression à la hausse sur les prix. Pour résoudre ce problème géopolitique crucial, les classes dirigeantes placent toute leur énergie dans l'instauration du libre-échange, un système commercial voulu par les États-Unis après la Seconde guerre et rendu encore plus urgent par cette émancipation de pays au Sud.


L'objectif du libre-échange est de permettre la circulation sans entrave des capitaux et des marchandises et de réorganiser mondialement la production et la consommation. Pour les grandes firmes, l'intérêt est double : accéder aux matières premières à bas coût et employer une main d'oeuvre sous-payée et corvéable à merci. Pour les gouvernements du Nord, il est d'augmenter artificiellement le pouvoir d'achat sans augmenter les salaires, en baissant le prix des importations. Le libre-échange incite les grandes firmes à s'établir dans les pays qui pratiquent le moins-disant social et environnemental, mais leur donne la possibilité d'alimenter les marchés occidentaux. Ainsi, en 2010, 60% des importations chinoises aux États-Unis sont des biens produits par des multinationales américaines délocalisées en Chine.


L'effet secondaire mais particulièrement vicieux du libre-échange est l'abaissement des normes sociales et environnementales dans les pays du Nord. Puisqu'il faut bien rester compétitif et que le libre-échange interdit de réguler les flux commerciaux et financiers, il faut geler ou réduire les salaires, augmenter le temps de travail, précariser l'emploi.


La conséquence la plus grave de cette mondialisation du capitalisme est la perte totale de contrôle des peuples et des États sur l'économie. Face au chantage aux délocalisations de grandes firmes, aucun gouvernement n'est assez déterminé et aucune lutte sociale n'est assez puissante pour tenir tête. Le maintien de l'emploi ne fait même plus vraiment partie des revendications syndicales, qui se replient sur la négociation des meilleures indemnités de licenciement possibles en cas de fermeture d'usine.


Ainsi, les populations sont soumises au Nord comme au Sud aux « lois des marchés ». La mondialisation est tout simplement la confiscation des politiques nationales, et notamment des choix de production, par les grandes firmes. Comment influer sur une production qui est délocalisée à l'autre bout de la planète ? C'est tout bonnement impossible. Quand à croire que le consommateur pourra faire pression sur une filiale chinoise ou indienne d'une multinationale en réclamant des labels de qualité, c'est une théorie au moins aussi illusoire que celle de la « mondialisation heureuse ».


Le libre-échange a certes permis d'aborder une deuxième phase « d'émancipation » au Sud, avec l'essor de la Chine, de l'Inde ou du Brésil sur la scène internationale. A présent qu'elle détient une grande partie de la dette américaine ou des ressources stratégiques comme les terres rares2, la Chine peut discuter d'égal à égal avec les États-Unis ou l'Union européenne. Mais contrairement au Chili, au Mexique, à la Tanzanie ou au Sri-Lanka des années 1970, les puissances émergentes des années 2000 n'ont pas pour projet de bâtir le socialisme : elles veulent concurrencer le capitalisme néolibéral par un capitalisme d'État.


Que faut-il en conclure ? D'une part, que la mondialisation reste une compétition entre États, qui défendent les intérêts stratégiques de leurs classes dirigeantes. La crise de l'Union européenne le confirme : ce n'est pas parce qu'il existe des structures supranationales que les stratégies nationales s'effacent. L'Allemagne oriente la construction européenne en fonction de ses seuls intérêts, les États-Unis ont bâti le GATT puis l'Organisation mondiale du commerce en fonction des leurs... Au contraire, l'existence de ces structures supranationales permet d'imposer plus facilement aux autres la loi de l'État le plus fort, et facilite l'alliance entre classes dirigeantes contre les intérêts des peuples.


Démondialiser, c'est sortir d'un carcan qui empêche toute politique alternative pour rendre le pouvoir aux peuples. Puisque le libre-échange interdit de contrôler les multinationales, il faut mettre en place un protectionnisme intelligent, basé sur des critères écologiques et sociaux. Le fait que la militante indienne Vandana Shiva, grande figure de la lutte contre les OGM, pour le féminisme et le respect des droits humains, réclame aujourd'hui du protectionnisme devrait faire réfléchir ceux qui, à gauche, assimilent la démondialisation à du repli national3.


Néanmoins, le protectionnisme n'est pas suffisant. La démondialisation, ce n'est pas seulement les taxes aux frontières, les quotas et la relocalisation, c'est aussi des actes forts de solidarité internationale, marchande et non marchande, et une perspective internationaliste. Ainsi, il faut organiser un partage équitable et une baisse de la consommation des ressources naturelles sans lesquels la paix entre les peuples est impossible. Mais la contrepartie d'une souveraineté sur les ressources et d'une industrialisation des pays du Sud est qu'elle ne serve pas, comme c'est actuellement le cas, à faire du dumping social et environnemental. Elles doivent au contraire permettre le développement du marché intérieur et s'inscrire dans un mouvement de sortie du productivisme.

Si cette démondialisation s'engage, les États continueront évidemment à commercer et à négocier. Dans un premier temps, ils seront nombreux à rester égoïstes, calculateurs, au service de leurs classes dirigeantes. Mais la sortie du libre-échange permettra à des gouvernements courageux de mettre en oeuvre d'autres politiques et de se donner les moyens d'aller jusqu'au bout d'une rupture avec le capitalisme. Ces dissidences ne laisseront pas insensible les mouvements sociaux dans les autres pays et, de proche en proche, des lieux de pouvoir pourront être pris à l'oligarchie et les perspectives d'alliances s'élargiront.


Ce raisonnement bouscule la stratégie altermondialiste initiale, qui ambitionnait de réformer les structures supranationales. Mais puisque rien ne bouge dans le sens voulu, bien au contraire, il faut savoir remettre à plat cette stratégie. Les objectifs sont restés les mêmes : nous devons sortir du productivisme, répartir différemment les richesses, coopérer entre peuples du Monde, vivre en paix... Mais plutôt que d'espérer une réforme de l'intérieur de l'Union européenne ou de l'OMC, nous devons envisager des mesures unilatérales de rupture avec le capitalisme pour ensuite rebâtir un ordre économique totalement différend.


On peut à priori craindre que des représailles viennent sanctionner une telle révolution. Pourtant, toute l'histoire des politiques commerciales montre que lorsque un pays dont le marché est suffisamment attractif met en place des mesures protectionnistes, les puissances économiques étrangères les contournent... par des investissements directs, qu'il conviendra alors de contrôler. Pour un pays comme la France, la relocalisation sera bien plus naturelle qu'on ne pourrait le croire de prime abord. De fait, la démondialisation n'est pas seulement nécessaire, elle est aussi parfaitement crédible.

 

 

1Jacques Sapir, La Démondialisation, Seuil, 2011.

2Les terres rares sont des métaux précieux qui entrent dans les processus de fabrication de matériel électrique et électronique, et notamment les technologies « vertes ».

3Vandana Shiva : « Le libre-échange, c’est la dictature des entreprises », Bastamag, 4 juillet 2011

 


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posté le samedi 10 décembre 2011

A la conférence de Cocoyoc, le Sud liait écologie et égalité

 

 

 

En 1974, à Cocoyoc, au Mexique, un colloque de l’Organisation des Nations unies (ONU) formulait une critique radicale du « développement », du modèle libre-échangiste et des rapports Nord-Sud. Ses conclusions furent vite enterrées…

 

par Aurélien Bernier, décembre 2011
 
Aperçu
 

Programmées à quelques mois d’intervalle, deux rencontres internationales sur l’écologie occupent les calendriers diplomatiques : la conférence de Durban (Afrique du Sud) sur le changement climatique, du 28 novembre au 9 décembre 2011, et le sommet de la Terre à Rio, du 20 au 22 juin 2012. Sur fond de crise économique, peu se risquent à parier sur une avancée positive des négociations lors de ces rendez-vous.

 

Après les sommets de Copenhague (2009) et de Cancún (2010), le thème du changement climatique et de la réduction des gaz à effet de serre est rangé au rayon des préoccupations accessoires. Quant aux sommets de la Terre, qui ont lieu tous les dix ans, celui de Stockholm, en 1972, avait suscité l’espoir d’une action concertée pour protéger la planète ; celui de Nairobi, en 1982, a constaté l’échec complet de la « communauté internationale », et ceux de Rio en 1992 et Johannesburg en 2002 ont salué la récupération de l’écologie par les multinationales. A n’en pas douter, un concert de louanges adressées au capitalisme « vert » rythmera l’édition 2012, laquelle sera à nouveau accueillie par le Brésil.

 

Pourtant, des trésors oubliés dorment dans les archives de l’Organisation des Nations unies (ONU). Ainsi, la déclaration la plus radicale sur l’environnement issue de cette institution est gommée de l’histoire officielle. Rédigée en octobre 1974 dans la ville mexicaine de Cocoyoc, elle dessinait les contours d’un nouvel ordre international aux antipodes de celui qui nous est imposé actuellement.

 

Tout commence en 1971 dans la ville suisse de Founex, près de Genève, où l’ONU réunit des personnalités chargées de préparer le sommet de la Terre de Stockholm : venus de pays du Nord et du Sud, ces experts sont sélectionnés pour leurs compétences en matière d’environnement, d’économie, de sciences sociales, de développement. Ils ne disposent d’aucun mandat de leur gouvernement et produisent un rapport non officiel, qui permettra pourtant d’orienter les négociations entre Etats.

 

Le « rapport Founex », synthèse des premiers travaux, estime (...)

 


Retrouvez la version intégrale de cet article dans Le Monde diplomatique de décembre 2011, actuellement en kiosques, et dans l’édition électronique.
 


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posté le mercredi 02 novembre 2011

Nouvelobs.com

 

Crise de l'euro : faut-il désobéir à l'Union Européenne ? LE PLUS. La crise économique et politique que traverse l'Europe ces derniers mois pousse certains citoyens européens à la désobéissance civile, plus salvatrice que les décisions des leaders des 27 selon eux. Une besoin de souveraineté populaire selon Yohann Duval qui a lu "Désobéissons à l'Union Européenne" d'Aurélien Bernier, militant du Mouvement politique d'éducation populaire.

Yohann Duval

> Par Yohann Duval Citoyen

Edité par Melissa Bounoua  

Conçue par et pour les puissances économiques, l'Union Européenne est aujourd'hui totalement discréditée aux yeux des citoyens européens. Le mythe de l'Europe protectrice a vécu : la désindustrialisation du continent se poursuit et les politiciens à l'origine de cette construction bancale, incapables de trouver par eux-mêmes des solutions, en sont réduits à mendier auprès de la Chine pour sauver une monnaie unique viciée dès sa conception.

 

Aurélien Bernier, militant du M'PEP (Mouvement Politique d'Éducation Populaire), nous explique dans son livre "Désobéissons à l'Union Européenne" que, pour réconcilier les peuples et l'idée de coopération entre États, l'heure est venue de désobéir aux injonctions de Bruxelles.

 

L'eurolibéralisme comme dogme

 

"Loin de l'image d'Épinal d'une Europe forgée pour la paix, pour les peuples", l'Union Européenne telle qu'elle existe actuellement ne sert en réalité, d'après l'auteur, que les desseins de ce qu'il appelle "l'eurolibéralisme", c'est à dire une politique visant à asseoir la domination de l'idéologie du libre-échange et de la dérégulation.

 

La noble idée d'unifier un continent ravagé par deux guerres mondiales n'a servi qu'à imposer la domination des oligarchies financières, ce qui explique le divorce entre les peuples et une U.E. de plus en plus technocratique et anti-démocratique. Il n'est ainsi pas surprenant de constater que 60% des français ou 80% des slovaques se sont abstenus lors des dernières élections européennes (2009).

 

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel lors du sommet européen à propos de la crise le 23 octobre 2011 (E. FEFERBERG / AFP)

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel lors du sommet européen à propos de la crise le 23 octobre 2011 (E. FEFERBERG / AFP)

 

Pour Aurélien Bernier, les nations européennes sont enfermées dans une véritable prison libérale : toute tentative visant à mener une politique alternative se heurterait en effet à un arsenal juridique considérable (règlements, directives, décisions, recommandations, jurisprudence). Au fil des ans, les États ont été progressivement dépossédés de leurs prérogatives ; leur droit national est désormais subordonné au droit européen, élaboré à l'initiative exclusive de la commission européenne, qui, rappelons-le, ne bénéficie d'aucune légitimité démocratique. Il n'y a guère que la Cour de Karlsruhe qui se soit opposée à cette subordination : constatant qu'il n'existe pas de "peuple européen", elle a estimé que seul le Parlement allemand était le seul garant des droits des citoyens allemands.

 

Le dogme du libre-échange est gravé dans le marbre des traités, et toute inflexion nécessiterait l'unanimité des vingt-sept États membres pour être envisagée : autant dire qu'il s'agit d'une perspective irréaliste. L'U.E. "interdit toute politique en rupture avec l'eurolibéralisme". Il n'y a dès lors plus d'autre choix que de se plier aux injonctions de Bruxelles, qui dispose même du droit de punir (via des amendes) les États qui tarderaient à transposer certaines directives européennes.

 

Tout cela dans l'indifférence générale, car "le discours dominant distingue deux camps : d'un côté les affreux nationalistes rétrogrades, forcément xénophobes, qui refusent la construction européenne et, de l'autre, les progressistes ouverts et bardés de sentiments généreux qui la soutiennent". Un schéma binaire poussé à son paroxysme en 2005 lors du référendum sur le traité constitutionnel.

 

Les partis complices ou impuissants

 

Les grands partis majoritairement libéraux (PS., MoDem, UMP - main dans la main lors du référendum de 2005) s’accommodent très bien de cette situation. Pour le PS, il s'agit même d'une aubaine : il "utilise l'Europe pour justifier son inaction, après avoir participé à la construire telle qu'elle est".

 

C'est en effet à Jacques Delors que l'on doit la capitulation de la gauche française devant les conservateurs européens sur ces questions essentielles dans les années 80. L'Europe de la "concurrence libre et non faussée" érigée en règle sacrée n'est qu'une construction parmi d'autres, mais les socialistes ont tendance à l'oublier : pour eux, l'eurolibéralisme "n'est qu'un dégât collatéral qui ne doit pas freiner la construction européenne" et "l'élaboration de l'outil serait plus important que le but poursuivi".

 

Les partis politiques désireux de voir une autre Europe sont plus critiques mais tout autant pris au piège. Les communistes, les verts, le front de gauche, les socialistes anti-libéraux ou les républicains de gauche comme de droite doivent se rendre à l'évidence : "il n'y aura pas plus d'Europe écologique que d'Europe sociale dans l'actuelle Union".

 

Les dirigeants de ces partis ne sont pas dupes, mais espèrent parvenir à modifier la situation de l'intérieur, ou par une renégociation des traités. Cette "transformation légaliste" est extrêmement improbable, pour ne pas dire purement théorique. Il convient donc de prendre des mesures plus radicales mais plus réalistes pour éviter que les peuples, constatant leur impuissance, ne se réfugient dans le nationalisme le plus stérile. Comment procéder ?

 

Pour réagir, une arme : la désobéissance

 

Aurélien Bernier propose tout simplement de désobéir à l'Union Européenne. Pour cela, il convient de restaurer la primauté du droit national sur le droit communautaire (en proposant une modification de la Constitution par référendum) et de refuser d'appliquer les directives de Bruxelles lorsqu'elles sont contraires à l'intérêt général.

 

Les collectivités locales pourraient également jouer un rôle, plus secondaire. Pour le dire plus simplement : l'auteur estime qu'il devient urgent d'engager un bras de fer avec ce qu'il appelle les "forces libérales", qui ne favorisent qu'une minorité et qui sont en opposition complète avec les intérêts des peuples.

 

Une manifestation en Grèce à Iraklion le 28 octobre 2011 (X. METAXLAKIS/AFP)

 Une manifestation en Grèce à Iraklion le 28 octobre 2011 (X. METAXLAKIS/AFP)

 

Cette désobéissance permettrait de lutter contre le démantèlement des services publics, d'imposer lors de l'attribution des marchés publics un minimum de conditions sociales ou environnementales (qui "faussent" la concurrence au sens où l'entend la Commission) et d'envisager l'instauration d'un protectionnisme européen, idée totalement illusoire si elle passe par la négociation à vingt-sept.

 

La monnaie étant indissociable de la politique économique de l'U.E., la mutation de l'euro devrait être engagée : elle passerait du système de la monnaie unique (rigide, ingérable, vouée à l'échec tel qu'elle est conçue actuellement) à celui de la monnaie commune, utilisable pour les transaction internationales, mais avec des monnaies nationales restaurées sous un "toit européen". Il s'agirait là d'un système souple et viable, adapté à l'hétérogénéité des nations européennes.

 

Vers une nouvelle Europe ?

 

Quelles seraient les conséquences d'une action unilatérale ? Il pourrait y avoir des sanctions financières, mais dans les traités, rien ne peut contraindre un État à payer ses amendes. Les prêts de la Banque Européenne d'Investissement ou les différentes aides communautaires pourraient être suspendus, mais la France est le deuxième contributeur net après l'Allemagne ; elle serait donc arithmétiquement gagnante.

 

Notre pays pourrait perdre son droit de vote dans les instances communautaires, mais cela n'aurait aucune incidence directe et n'empêcherait nullement la dénonciation de certaines politiques. Quant aux mesures de rétorsion douanières, hautement improbables, elles tomberaient sous le coup des règles de l'O.M.C. et le poids de la France est tel que "le souci de faire des affaires" resterait prioritaire.

 

Les véritables conséquences seraient en réalité essentiellement positives : la désobéissance d'un État comme la France entraînerait inévitablement une crise institutionnelle qui obligerait les autres partenaires européens à négocier et elle pourrait "contaminer" d'autres pays. Elle aurait enfin et surtout le mérite de relancer le débat sur le type de coopération dont les citoyens européens veulent.

 

L'UE produit aujourd'hui un droit qui ne s'appuie sur aucune souveraineté populaire, la désobéissance devient en conséquence une nécessité démocratique tout à fait légitime. En outre, elle permettrait de réaffirmer que la souveraineté populaire s'exprime dans le cadre de l'État et de la Nation, deux concepts plus que jamais d'actualité au vu de l'échec cuisant des politiques supranationales que nous pouvons constater aujourd'hui, que la lutte contre la mondialisation libérale n'est pas le nationalisme, et que le marché n'est pas la nouvelle religion qui surplomberait les souverainetés nationales et populaires.

 

J'avoue avoir été agréablement surpris en parcourant ce petit ouvrage complet, documenté et très précis. Il nous propose d'explorer un chemin qui n'était jusqu'ici qu'à peine évoqué, et qui pourrait, à l'instar de la politique de la chaise vide utilisée par le Général de Gaulle dans les années 60, débloquer la situation et redonner une perspective de progrès aux peuples d'Europe promis ces derniers temps à toujours plus d'austérité.

 

L'auteur ne semble compter que sur les militants de gauche pour mener ce combat, mais l'intérêt général passe bien au-dessus des clivages traditionnels et le débat sur la possibilité d'une désobéissance européenne mériterait assurément d'être engagé par toutes les forces politiques du pays.

 

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/209648;crise-de-l-euro-faut-il-desobeir-a-l-union-europeenne.html

 


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posté le mercredi 25 mai 2011

Le 11 juin à Paris - Colloque du M’PEP "Que faire de l’Union européenne ?"

 

 

 

 

Avec Aurélien Bernier, Bernard Cassen, Michèle Dessenne, Frédéric Lordon, Jacques Nikonoff, Jacques Sapir, Antoine Schwartz et Emmanuel Todd - Inscription obligatoire

Au moment où la crise de l’Union européenne de semble plus avoir de fin et où chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles, une interrogation monte de la société : que fairee l’Union européenne ? C’est à cette question que tenteront de répondre les intervenants au colloque.

 

QUE FAIRE DE L’UNION EUROPÉENNE ?

Colloque organisé par le Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP),
parrainé par Monsieur François Asensi, député de Seine-Saint-Denis

 SAMEDI 11 JUIN 2011 à Paris
de 9h à 18h

Salle Lamartine, immeuble Jacques Chaban-Delmas,
101 rue de l’Université 75007 PARIS

(Métro Assemblée nationale ou Invalides)

Au moment où la crise de l’Union européenne de semble plus avoir de fin et où chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles, une interrogation monte de la société : que faire de l’Union européenne ? C’est à cette question que tenteront de répondre les intervenants au colloque.

 PROGRAMME

09h00-09h15 : Présidence du colloque et introduction par Michèle Dessenne, porte-parole du M’PEP.

09h15-09h45 : L’ « Europe » peut-elle être sociale ? par Antoine Schwartz, chercheur en sciences politiques.

09h45-10h45 : Débat avec la salle.


10h45-11h00 : Pause.


11h00-11h30 : Que signifie désobéir à l’Union européenne ? par Aurélien Bernier, porte-parole du M’PEP.

11h30-12h30 : Débat avec la salle.


12h30-14h00 : Repas libre dans le quartier.


14h00-18h00 : Table ronde sur le thème « Que faire de l’Union européenne ? » animée par Michèle Dessenne.

14h00-14h10 : Introduction par Michèle Dessenne.

14h10-15h00 : Introduction de 10’ par chaque intervenant, dans l’ordre suivant : Bernard Cassen, Frédéric Lordon, Jacques Nikonoff, Jacques Sapir, Emmanuel Todd.

15h00-15h25 : Réaction de 5’ par chaque intervenant, dans le même ordre.


15h25-15h35 : Pause.


15h35-17h25 : Débat avec la salle.

17h25-17h50 : Conclusion de 5’ par chaque intervenant dans l’ordre suivant : Emmanuel Todd, Jacques Sapir, Jacques Nikonoff, Frédéric Lordon, Bernard Cassen.


17h50-18h00 : Conclusion générale par Aurélien Bernier.

 INTERVENANTS

  • Aurélien Bernier, porte-parole du M’PEP
    (dernier ouvrage publié : Désobéissons à l’Union européenne, Mille et une nuits, 2011).
  • Bernard Cassen, secrétaire général de l’association Mémoire des luttes, président d’honneur d’Attac
    (dernier ouvrage publié : Élections européennes : mode d’emploi (avec Louis Weber), Éditions du Croquant, 2009).
  • Jacques Nikonoff, professeur associé à l’Institut d’études européennes de l’Université Paris 8, ancien Attaché financier à New York
    (dernier ouvrage publié : Sortons de l’euro !, Mille et une nuits, 2011).
  • Jacques Sapir, directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales
    (dernier ouvrage publié : La Démondialisation, Seuil, 2011).
  • Antoine Schwartz, politiste, université Nanterre Paris-Ouest
    (dernier ouvrage publié [avec François Denord] L’Europe sociale n’aura pas lieu, Raisons d’agir, 2009).
  • Emmanuel Todd, historien, ingénieur de recherche
    (dernier ouvrage publié : Après la démocratie, Gallimard, Paris, 2008).

Le nombre de places étant limité, seules les premières inscriptions pourront être prises en compte (participation : 5 euros).

 

Pour vous inscrire utilisez le bulletin d’inscription en pièce jointe et sous ce lien :

 


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posté le mardi 24 mai 2011

La désobéissance européenne doit être le grand sujet politique de 2012

 

 

 

Tous les partis et mouvements de la gauche radicale s'accordent pour dénoncer l'ultralibéralisme de l'Union européenne. La critique n'est pas nouvelle. François Denord et Antoine Schwartz ont décrit dans L'Europe sociale n'aura pas lieu la vraie nature de la construction européenne1. Après guerre, les intérêts des Etats-Unis, qui veulent faire barrage au communisme et promouvoir le libre échange, croisent ceux du grand patronat européen, qui cherche à se reconstruire. Leur stratégie, c'est "l'Europe", dont les fondements libéraux ne datent pas des années 1980, mais du traité de Rome. Après la période de compromis des Trente glorieuses, où les puissances économiques concèdent aux peuples des avancées sociales par peur de la "tentation communiste", l'effritement puis l'effondrement du bloc de l'Est permet d'appliquer enfin le projet européen d'origine. Margaret Thatcher elle-même estime dans ses mémoires que l'Acte unique de 1986-87 "donne une substance réelle au traité de Rome" et "ravive sa finalité libérale, libre-échangiste et dérégulatrice".


Pour garantir qu'aucun Etat ne déviera de cette trajectoire, l'Union européenne utilise un outil imparable : le droit. Là aussi, la démonstration est connue. Dans les colonnes du Monde Diplomatique, notamment, Bernard Cassen et Anne-Cécile Robert ont prouvé que l'ordre juridique européen est parfaitement verrouillé. Depuis le milieu des années 1960, la supériorité du droit communautaire sur le droit national, qui ne fut jamais explicitement prévue dans les Traités, est affirmée par la Cour de justice des communautés européennes. Les juges décidèrent que les Traités, les règlements et les directives devaient primer sur le droit national. Seule la Constitution nationale conservant une valeur supérieure à celle du droit européen, les dirigeants français la réforment en 2008 pour la rendre compatible avec le traité de Lisbonne ! La conclusion est claire et nette : toute politique de gauche est impossible au regard du droit européen. Développer un "pôle public bancaire", comme le propose à juste titre le Front de gauche, contredit une directive européenne, la directive "services". Et donc, aucune loi ne peut être votée en ce sens sans être déclarée inconstitutionnelle ! Il en va de même pour la renationalisation de producteurs d'énergie comme Gaz de France, pour la taxation des transactions financières ou pour une fiscalité environnementale qui remettrait en cause la libre-concurrence.


Le problème de la gauche est donc qu'elle s'apprête à aller aux élections avec un programme inapplicable, dont chaque mesure, si elle parvenait au pouvoir, serait censurée par le Conseil constitutionnel... À moins qu'elle ne revendique, dès la première page de son manifeste, la désobéissance européenne. Comprenons bien que cette désobéissance européenne n'est ni une formule de style ni un mouvement d'humeur. Elle est l'aboutissement d'un raisonnement imparable : puisque la Constitution française fait allégeance au Traité de Lisbonne, ce qui empêche juridiquement toute politique de gauche, il faut la réformer pour restaurer la primauté du droit national sur le droit communautaire. Seul ce renversement de la hiérarchie des normes juridiques permettra à une gauche radicale de voter des lois pour mener des politiques différentes de la droite et des socio-libéraux. Pourtant, la désobéissance européenne est toujours absente des débats.


Ne pas lever ce tabou serait la plus grave des erreurs politiques. Ce trou béant dans notre projet est de plus en plus visible. Comment les électeurs peuvent-ils croire dans la gauche si elle ne dit pas comment elle sortira du carcan législatif européen ? Pourquoi aller voter si elle promet des mesures auxquelles elle sera obligée de renoncer une fois élue ? Les taux d'abstention effrayants des dernières élections nous forcent à répondre à ces questions. Et la montée du Front national également. Face à sa démagogie, à son art du mensonge et du maquillage, notre seule chance de vaincre est d'opposer le courage et la franchise. Oui, la gauche doit être prête à désobéir à l'Union européenne ! Oui, elle peut à nouveau porter l'espoir du changement, mais à la seule condition de mettre cartes sur table. Nous devons rendre au peuple le pouvoir confisqué par Bruxelles. La seule stratégie possible est de gagner les élections et de pratiquer la désobéissance européenne. Encore faut-il le dire, et le temps presse.

 

Article paru dans l'Humanité Dimanche du 19 mai 2011

 

1L'Europe sociale n'aura pas lieu, François Denord, Antoine Schwartz, Raison d'agir, 2009.

 


Commentaires

 

1. PourDire  le 07-06-2011 à 15:04:31

Le Front de Gauche prévoit la tenue d'une Constituante, c'est un moyen de " réformer pour restaurer la primauté du droit national sur le droit communautaire".

2. RV  le 14-06-2011 à 19:50:36

Pan sur le bec ! ! !
-_-
Bonjour, votre article, dont je partage le diagnostic sur le pouvoir de l'Europe, semble ignorer les propositions du Parti de gauche que je vous invite tous à aller lire car effectivement le PG propose : "nous pratiquerons la désobéissance européenne afin de respecter la volonté du peuple. Nous le ferons d’autant plus légitimement que l’adoption du Traité de Lisbonne s’est faite contre le vote populaire des Français, des Néerlandais et des Irlandais" sur sa page : http://programme.lepartidegauche.fr/programme/7-chapitre-4--sortir-du-traite-de-lisbonne/140-138-appliquer-la-desobeissance-europeenne.
Votre article pratique donc la désinformation ! ! !

édité le 14-06-2011 à 21:51:56

 
 
 
 

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