Démondialiser et coopérer

Blog d'Aurélien BERNIER

posté le lundi 10 juin 2013

L’acheminement de l’électricité verte, alibi de la privatisation

 

 

Article paru dans Le Monde diplomatique, mai 2013

 

 

 

En Europe, la transition vers des sources d’électricité renouvelables se heurte à un obstacle de taille : le réseau de lignes à haute tension, mal adapté aux flux intermittents issus des parcs éolien et solaire. Sa modernisation et son aspect technique masquent un choix politique : l’énergie est-elle un bien commun nécessitant des infrastructures d’intérêt public ou une marchandise devant circuler dans toute l’Union ?

par Aurélien Bernier, mai 2013

Produire soi-même, grâce au vent ou au soleil, l’énergie que l’on consomme : ce rêve d’autonomie et de durabilité, plusieurs générations d’écologistes l’ont fait, un peu partout sur la planète. Mais il aura fallu attendre les négociations internationales sur le climat, à la fin des années 1990, et — surtout — l’augmentation du prix des combustibles fossiles, au cours de la décennie suivante, pour que les énergies solaire et éolienne se développent fortement.

 

Désormais, le concept d’autonomie énergétique n’est plus une lubie de militant Vert. En France, des collectivités, comme la communauté de communes du Mené, dans les Côtes-d’Armor, en font un objectif affiché. Ce territoire breton de six mille cinq cents habitants souhaite, selon l’un des responsables du projet, « parvenir à 75 % d’autonomie en 2020 et à l’autosuffisance en 2030 pour les consommations privée, publique et professionnelle  ». Un réseau de « territoires à énergie positive » réunit des collectivités locales qui déclinent à leur échelle les principes de la démarche négawatt : sobriété, efficacité et développement des énergies renouvelables. Au niveau européen, le projet « 100 % RES Communities », lancé en avril 2012 pour une durée de trois ans, doit permettre d’expérimenter des politiques locales de l’énergie allant dans le même sens. Mais, pendant ce temps, l’Union européenne et ses Etats membres suivent une tout autre voie, qui pourrait annuler les bénéfices du solaire et de l’éolien — lesquels ne sont pas les seules sources d’énergies renouvelables (lire « Déploiement à deux vitesses »).

Du vent dans les tuyaux

Une caractéristique fondamentale distingue les générateurs d’électricité éoliens et solaires des centrales nucléaires, au fioul, au gaz ou au charbon. Puisqu’une éolienne tourne lorsque le vent souffle, et que les panneaux solaires convertissent un maximum d’énergie lorsque le ciel est dégagé, ces deux énergies s’avèrent, par définition, intermittentes et aléatoires : leur production, discontinue, ne peut se planifier (...)

 

Lire la suite : http://www.monde-diplomatique.fr/2013/05/BERNIER/49102

 


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posté le lundi 10 juin 2013

Lettre ouverte à Alain Lipietz : retrouver l'audace

 

Les vieux livres recèlent parfois des trésors... Il y a quelques mois de cela, j'ouvrais l'un de ces bouquins poussiéreux à la couverture jaunie que l'on achète sur une brocante. Un livre écrit en 1984, juste après le « tournant de la rigueur » du Parti socialiste français. Un livre sur la gauche et ses échecs.

 


 

Particulièrement brillant, l'auteur explique pourquoi la relance keynésienne de François Mitterrand n'a pas fonctionné. Confrontées à la baisse de leurs taux de profits, les grandes puissances économiques décident dans les années 1970 qu'elles investiront désormais dans les pays émergents plutôt que dans les pays riches. Pour les libéraux, c'est le début d'une phase de reconquête qui suppose la mise en concurrence des travailleurs occidentaux avec les travailleurs sous-payés du Sud. Grâce à l'arme du chômage, il devient possible de discipliner les salariés et de grignoter progressivement les acquis sociaux des Trente Glorieuses. Les dépenses publiques sont violemment comprimées. Les rouages de la mondialisation et de l'austérité sont en place et ces politiques ultralibérales se répandent comme la peste sur le monde non-communiste. La grande habileté des libéraux est d'avoir bourré le crâne des citoyens avec de pseudo-lois économiques qui se révèlent fausses à l'usage. « Les profits d'aujourd'hui font les investissements de demain et les emplois d'après-demain » affirmait le chancelier allemand socio-démocrate Helmut Schmidt ; mais ce qui est parfois vrai dans une économie fermée ne se vérifie plus dans une économie ouverte, quand les profits français ou allemands peuvent être réinvestis librement au Brésil ou en Chine.

 


 

Le Parti socialiste au pouvoir avait deux options : « le protectionnisme et la sociale-démocratie de guerre » ou « l'acceptation définitive des contraintes du libéralisme ». Poussé par les sociaux-libéraux Jacques Delors, Michel Rocard ou Laurent Fabius, François Mitterrand choisit le libre échange et se convertit à la rigueur.

 


 

Pour l'auteur, il fallait au contraire réguler le commerce extérieur, car « [les mesures de protection] sont la clé de tout changement de modèle [...] Elles ouvrent l'espace des choix. [...] Condition nécessaire mais non suffisante du changement social, elles ne remplacent pas le choix. Mais choisir de les refuser est aussi un choix de société ». Il fallait également sortir de l'ordre monétaire européen (qui à l'époque ne s'appelait pas encore l'euro, mais le Système monétaire) pour dévaluer fortement le franc par rapport au mark et doper la consommation des produits français.

 


 

L'auteur critique la Communauté économique européenne (CEE) qui, avec la crise, « se met à pratiquer des politiques "d'austérité compétitive" : c'est à qui compressera le mieux les salaires et les dépenses publiques ». La gauche doit assumer la rupture en agissant à l'échelle qui reste la plus efficace et pertinente : celle de l’État. « Qu'il soit dangereux de confier au seul État la transformations des relations sociales est trop évident. Qu'au nom de ce constat on interdise à la souveraineté nationale tout changement qui n'aurait pas reçu le sceau du marché mondial relève du sophisme. Les sociétés peuvent changer par en haut et par en bas, mais les contraintes du libre échange ne leur laissent que la liberté de la bille dans un flipper. [...] Littéralement satanisé, le volontarisme national s'est retrouvé sans voix face à la coalition du marché et de l'individu. » Il faut au contraire accepter de prendre des décisions unilatérales qui auront valeur d'exemple, et tant pis si ces décisions brisent l'unité libérale européenne : « Ce que nous devons chercher, c'est le moyen de poursuivre une voie de progrès économique et social, si possible avec tous nos partenaires du traité de Rome, et le cas échéant sans eux, mais avec tous les pays tiers qui le voudraient. »

 


 

Le concept de « désobéissance européenne », auquel j'ai consacré un livre en 2011, et celui de « démondialisation », que je défend également, existaient donc déjà en 1984, même s'ils n'étaient pas nommés. Et l'auteur de cette formidable démonstration ne s'appelle pas Bernard Cassen, Frédéric Lordon ou Jacques Sapir. Non, il s'appelle Alain Lipietz1.

 


 

Le même Alain Lipietz qui, vingt ans plus tard, a fait campagne pour le « oui » au projet de Traité constitutionnel européen (TCE) et qui a défendu, en 2012, le Mécanisme européen de stabilité (MES). Le même qui dénonce, aujourd'hui encore, la « campagne souverainiste-nationaliste de la droite de la droite et de la gauche de la gauche » lors du référendum de 2005 sur le TCE2. Le même, enfin, qui annonce dans son dernier livre que « le prochain modèle sera certainement un modèle capitaliste, car il n'y a pas de candidat alternatif » et qui trouve « contre-productives » les attaques trop virulentes contre le capitalisme « vert ».

 


 

Pourquoi, alors que la construction européenne est mille fois plus libérale en 2012 qu'en 1984, avez-vous donc abandonné ce discours révolutionnaire ? Pourquoi faudrait-il renoncer au progrès social avec « tous les pays tiers qui le voudraient » au motif que l'Allemagne refuse de dévier de sa trajectoire ultralibérale, empruntée dès 1949 et jamais abandonnée depuis ? Pourquoi le « volontarisme national » que vous défendiez avec ardeur en 1984 est-il devenu un « souverainisme-nationalisme » en 2012 ?

 


 

Vous avez bien-sûr adhéré chez les Verts, dont la ligne « libérale-libertaire » (philosophie que vous critiquiez en 1984 !) est peu compatible avec votre audace d'alors. Puis vous avez été élu député européen, ce qui a le don de provoquer des poussées europhiles chez les plus endurcis, même des communistes comme Francis Wurtz ! Pourtant, je crois que l'explication principale se trouve ailleurs. Votre changement de discours illustre un mouvement bien plus profond qui a parcouru l'ensemble de la gauche trotskiste, communiste et « rouge-verte » dans les années 1980 et 1990 : l'anti-lepénisation des esprits.

 


 

Le 17 juin 1984, Jean-Marie Le Pen réalise une percée aux élections européennes : il obtient 10,95 % alors que les sondages l'annonçaient à 5 %. Pour la première fois, il talonne les communistes et envoie dix députés à Strasbourg. Moins de deux ans plus tard, le 16 mars 1986, la liste qu'il conduit aux législatives récolte 9,65 %. Grâce à un scrutin à la proportionnelle, trente-cinq députés d'extrême droite entrent à l'Assemblée. Comme beaucoup d'autres, vous exprimez votre colère. Mais surtout, vous abandonnez vos propositions de rupture à l'échelle nationale pour devenir « alter-européiste » et fédéraliste. Vous défendez l'idée d'une « autre Europe », qui naîtrait par on ne sait quel phénomène surnaturel du ventre ultralibéral de l'actuelle construction européenne.

 


 

En laissant croire que l'Union européenne est réformable, qu'un protectionnisme européen pourrait voir le jour (ce qui, au passage, ne réglerait aucun problème d'écart de compétitivité entre les vingt-sept), vous faites l'inverse de ce que vous recherchez : vous laissez au Front national un monopole sur la seule perspective de rupture crédible, la rupture au niveau de l’État.

 


 

Pourtant, la gauche n'a pas à craindre de revendiquer la désobéissance européenne, la sortie de l'euro ou un protectionnisme national. Ce ne sont que des moyens pour mettre fin à l'eurolibéralisme et construire autre chose, un « autre chose » qui n'a rien à voir avec le projet de Marine Le Pen. Le Front national veut protéger le capitalisme français, lui fournir un regain de compétitivité dans la concurrence internationale, mais il ne propose en aucun cas d'agir pour transformer l'ordre mondial. A l'exact opposé, la gauche « radicale » a l'ambition de changer les règles du jeu. De créer de nouvelles relations avec le Sud, basées sur la solidarité et non sur l'exploitation. De protéger les ressources. De garantir la justice sociale. Cela suffit amplement à faire la différence avec les ambitions de l'extrême droite. Mais pour que ce projet se réalise, il faut retrouver l'audace dont vous faisiez preuve en 1984 : un vrai gouvernement de gauche doit agir, et rompre unilatéralement avec l'ordre libéral de Bruxelles. Jamais ce que vous écriviez à l'époque n'a été aussi valable qu'aujourd'hui. Alors pourquoi ne pas dépoussiérer ces belles réflexions révolutionnaires ?

 

 

Article paru dans Le Sarkophage/La vie est à nous, juin 2013

 

 

 

1Alain Lipietz, L'audace ou l'enlisement, La Découverte, 1984.

 

2Alain Lipietz, Green Deal, La Découverte, 2012.

 

 


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posté le lundi 10 juin 2013

Le Parti de gauche et la « pensée Lutte ouvrière »

 

 

La violence des méthodes employées par Bruxelles pour « gérer » la crise économique a au moins un mérite : celui de relancer le débat en France sur les moyens pour la gauche radicale de rompre avec l’eurolibéralisme.


La saignée de Chypre supervisée par la Banque centrale européenne (BCE) a amené le Parti de gauche et son porte-parole Jean-Luc Mélenchon a durcir leurs positions. Dans un communiqué du 20 mars 2013, le député européen écrivait : « La décision du banquier central Mario Draghi de ne plus alimenter Chypre en euros jusqu’à ce que Chypre capitule [est] un acte d’agression inacceptable. Il montre que l’euro est non seulement un luxe Merkelien coûteux mais aussi un dangereux moyen d’action contre la souveraineté d’un peuple. […] S’il faut désormais choisir entre la souveraineté du peuple et celle de l’euro, la France doit choisir le peuple. La décision du banquier central est un tournant dans l’histoire de l’Union européenne. Elle impose un choix : soit changer le statut de la banque centrale et donc celui de l’euro pour sécuriser la souveraineté des peuples, soit renoncer à l’euro Merkel(1). » Il n’en fallait pas plus pour que les trotskistes du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) lancent une attaque en règle. Le 28 mars, au lendemain du Congrès du Parti de gauche, la dirigeante du NPA Roselyne Vachetta s’inquiète du « mélange continuel d’appels à la lutte sociale et de propos très républicains, quasiment nationalistes ». Elle considère au contraire que « la lutte de classes, l’écosocialisme ne peuvent se limiter aux frontières de l’État et de la République. D’abord parce que cet État n’est pas neutre : ses institutions sont au service de la classe que nous combattons. […] Ensuite parce que la gauche de combat est réellement internationaliste, pour défendre les intérêts communs des opprimées par delà d’inutiles frontières. »

 

 

 

Daniel Minvielle, un autre militant du NPA, estime quant à lui que « les discours des principaux dirigeants du PG – Delapierre, Billard, Coquerel, Mélenchon – ont marqué de fait une accentuation des côtés souverainistes, nationalistes déjà contenus dans le programme du PG. [...] Les dénonciations les plus radicales et justifiées du système capitaliste se heurtent à une logique qui les transforme en impasses aux relents populistes, nationalistes, antiallemands, accentués par la violence des propos.(2) » Cette réaction ne relève pas seulement de la tactique visant à déstabiliser un parti rival. Elle traduit une véritable divergence d’approche au sein de la gauche radicale sur une question déterminante dans le débat politique actuel : la question nationale.

 

 

 

Sur ce point, l’organisation d’Arlette Laguiller et Nathalie Arthaud, Lutte ouvrière, est la plus explicite. Pour elle, toute solution nationale, qu’il s’agisse de protectionnisme ou de reprise en main des politiques monétaires, est par définition « réactionnaire » et d’esprit « petit-bourgeois ». Le concept de « démondialisation » est considéré comme une ineptie. Ainsi, « [l]e choix entre mondialisation et démondialisation, c’est une fausse alternative. On désigne des boucs émissaires (hier, les produits japonais et coréens, aujourd’hui les produits chinois ou indiens, etc.) pour épargner les vrais responsables : les capitalistes d’ici et d’ailleurs (3) ».

 

 

 

Puisque « les prolétaires n’ont pas de patrie », lutter contre la mondialisation et ses conséquences sur l’emploi n’a pas de sens : « La prétendue « lutte contre les délocalisations » rejoint le « produire français » dans l’arsenal des propositions réformistes, aussi dérisoires que nuisibles du point de vue de la prise de conscience de classe des travailleurs. C’est une revendication réactionnaire pour cette autre raison encore qu’elle suggère que, pour conserver les emplois des travailleurs d’ici, il faut priver d’emplois les travailleurs d’ailleurs. (4) »

 

 

 

Dans la « pensée Lutte ouvrière », l’Union européenne est désignée non comme un pilier de l’ordre néolibéral, mais comme un bouc-émissaire : « Les discours sur les « autorités de Bruxelles qui imposent leurs directives aux États » sont mensongers. L’autorité de Bruxelles n’a pas remplacé l’autorité des États, qui continuent à représenter les intérêts de leurs bourgeoisies respectives. Elle n’en est que l’émanation. [...] Cela n’empêche pas les dirigeants politiques de se réfugier derrière les « décisions de Bruxelles » ou « les directives de la Commission européenne » lorsque cela les arrange, pour ne pas imposer des décisions impopulaires. Mais désigner Bruxelles comme responsable de la politique de sa propre bourgeoisie est encore une façon de tromper les travailleurs. » Pour finir, Lutte ouvrière accuse le Parti communiste français, le Parti de gauche ou le Front de gauche de s’aligner sur la « démagogie lepéniste ». Lorsque Jean-Luc Mélenchon estime que la relation franco-allemande « est dirigée par le gouvernement allemand au mieux des intérêts d’une population vieillissante » et que les intérêts de la France sont opposés, Lutte ouvrière considère que « ces propos chauvins de Mélenchon sont dignes d’une Le Pen ou d’un Dupont-Aignan (5) ». Cette « pensée Lutte ouvrière » a largement contaminé la gauche radicale française et le mouvement altermondialiste. Au PCF, sous la plume de l’ancien député européen Francis Wurtz, on retrouve quasiment au mot près certains arguments trotskistes. Ce dernier réfute « l’idée selon laquelle « Bruxelles » nous dicterait la conduite à tenir, et que, dès lors, se libérer de cette tutelle nous ouvrirait en soi une perspective de changement dans notre pays. […] La question n’est pas de « sortir de l’Europe », mais bien de changer de structures et d’orientations tant à Bruxelles (et Francfort) qu’à Paris. (6)» Lorsque Michel Husson, au NPA, s’oppose à la sortie de l’euro, c’est notamment parce que « le risque est très grand de donner une légitimité de gauche aux programmes populistes. En France, le Front National fait de la sortie de l’euro l’un des axes de sa politique. Il renoue avec une logique national-socialiste qui combine le discours xénophobe avec une lecture faisant de l’intégration européenne la source exclusive de tous les maux économiques et sociaux. (7)» Enfin, Jean-Marie Harribey, ancien co-président d’Attac, traduit bien le point de vue majoritaire au sein du mouvement altermondialiste lorsqu’il écrit : « La sortie de l’euro, la dévaluation, l’érection de barrières douanières, ne peuvent être considérées comme des options envisagées comme des préalables et surtout des préalables décidés unilatéralement. (8) »

 

 

 

La « pensée Lutte ouvrière » s’articule donc autour de deux idées. Premièrement, pour ne pas « dire la même chose que le Front national », la gauche radicale doit renoncer par principe à toute mesure unilatérale de rupture (désobéissance européenne, protectionnisme, sortie de l’euro…). Deuxièmement, puisqu’il faut bien donner des perspectives de changement, il faut travailler à l’émergence d’une contestation supranationale, qui permette de réformer l’Union européenne, voire l’Organisation mondiale du commerce ou le Fonds monétaire international.

 

 

 

Le principal problème de cette pensée est qu’elle confond deux choses très différentes : le projet politique d’une part et la stratégie de rupture d’autre part. Pour envisager « une autre Europe » et « un autre monde », encore faut-il s’émanciper des structures de domination existantes. Or, l’Union européenne repose sur un ordre juridique et, pour la zone euro, sur un ordre monétaire qui s’imposent aux États. Lutte ouvrière a évidemment raison lorsqu’elle dénonce la duplicité des gouvernants nationaux qui les ont érigés, mais la véritable question n’est pas là. Elle est de savoir s’il est possible de mener une politique de gauche en respectant le droit européen et les orientations de la BCE. De toute évidence, la réponse est non. On pourrait alors vouloir réformer en profondeur les orientations de l’Union européenne et de la zone euro. Mais quelles en seraient les conditions ? A minima, que la gauche radicale accède au pouvoir en France et en Allemagne, puis que les deux nations les plus puissantes négocient ou imposent aux autres États membres une réécriture complète des traités, des directives, des règlements, des statuts de la BCE. Si l’on veut bien admettre que l’arrivée au pouvoir, à court terme et simultanément, de Die Linke et du Front de gauche est assez improbable, compter sur cette seule stratégie relèverait du suicide politique. Il ne reste alors qu’une option : que le premier parti de gauche radicale qui parvient au pouvoir dans un État rompe de manière unilatérale avec l’ordre juridique et monétaire de Bruxelles.

 

 

 

Cette stratégie revient-elle à « légitimer les programmes populistes » ? Faut-il intenter aussitôt un procès en chauvinisme, en souverainisme ou en nationalisme ? Absolument pas, car le projet politique de la gauche radicale, de Lutte ouvrière au Parti de gauche, reste de construire un monde plus juste, en paix, dans lequel la concurrence serait remplacée par la coopération. La stratégie de rupture ne change en rien le projet. Avoir des monnaies nationales n’interdit pas de coordonner des politiques monétaires. Prendre des mesures protectionnistes pour relancer l’emploi national n’empêche pas de développer des coopérations, notamment des coopérations non commerciales en matière de santé, d’éducation, de recherche… Comment pourrait-on confondre le projet de la gauche radicale avec celui du Front national, qui ne vise qu’à protéger le capitalisme français à l’abri de frontières et qui n’a jamais envisagé une seule seconde de remettre en cause l’ordre économique mondial ? Pourquoi avoir si peur, sur de simples questions stratégiques, de « dire la même chose que le Front national », alors que nos projets sont diamétralement opposés ? À la veille des élections européennes de 2014, il est urgent de sortir la gauche radicale de cette « pensée Lutte ouvrière » qui la domine. Trotskistes, altermondialistes et communistes doivent accepter d’envisager la solution nationale, a minima comme « plan B ». De leur côté, les républicains doivent montrer qu’il est possible de développer de véritables coopérations internationales, tout en démondialisant l’économie et en restaurant la souveraineté populaire. Refuser ce débat ou le caricaturer, c’est accepter, une fois de plus, la défaite de la gauche et la victoire du Front national.

 

 

Article paru dans Ragemag, 18 avril 2013

http://ragemag.fr/le-parti-de-gauche-et-la-pensee-lutte-ouvriere-24247/

 


 

Notes

 


 

1.http://www.lepartidegauche.fr/actualites/communique/communique-jean-luc-melenchon-blocus-financier-chypre-21482

 

2.http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article28278

 

3.« La « démondialisation » et le protectionnisme, entre démagogie cocardière et ineptie économique », Lutte de Classe n°141 (février 2012).

 

4.« « Mondialisation », « globalisation » de l’économie – des expressions toutes faites qui déguisent, plus qu’elles n’éclairent, la réalité de l’impérialisme », Lutte de Classe n°23 (Novembre 1996).

 

5.« Le problème ce n’est pas l’Allemagne, ce sont les capitalistes », Lutte ouvrière, 24 janvier 2013.

 

6.http://franciswurtz.net/2011/04/29/sortir-de-l%E2%80%99euro-ma-reponse-a-un-lecteur/

 

7.« Euro, en sortir ou pas », Michel Husson, http://www.npa2009.org/content/euro-en-sortir-ou-pas

 

8.« La démondialisation heureuse ? Éléments de débat et de réponse à Frédéric Lordon et à quelques autres collègues », http://alternatives-economiques.fr/blogs/harribey

 

 


Commentaires

 

1. Pierre-Yves Martin  le 22-07-2013 à 09:59:21

Vous êtes de ceux qui mènent avec talent le débat à l'intérieur d'un microcosme : le militants et sympathisants convaincus de gauche. Ce débat est incontournable, mais il a son corollaire : il est intellectuel dans ses formulations et le plus souvent rébarbatif (bien que votre ouvrage « Désobéissons à l'union européenne » aie la rare mérite d'être lisible).
Mais qui s'adresse à la couche « en-dessous » : ceux qui sont intéressés, raisonnablement informés, mais ni militants, ni intellectuels (je ne parle pas ici de niveau d'étude mais d'attitude mentale)?
Ceux-ci entendent deux discours :
- le discours « Faukon yaka », de type PCF, par lequel tout est possible, mais il ne faut en aucun cas toucher à l'U.E. (celui de Lutte Ouvrière n'en est qu'une exagération théorisée) - et d'ailleurs tout débat à ce sujet est étouffé, parfois brutalement ;
- le discours du FN, simpliste, mais volontariste, dont il est à mon avis caricatural d'écrire qu'il ne vise qu'à défendre le capitalisme national (il n'y a déjà plus de capitalisme national).
Devinez qui ils choisissent ?
Il faut qu'il y aie aussi un discours simple et volontariste de gauche, afin comme objectif un rassemblement de type « mouvement », moins structuré mais plus large que les partis politiques.
A ce point de vue, la démarche actuelle du M'PEP me semble meilleure que celles qui l'ont précédée, mais reste, ô combien, groupusculaire !
Quant à l'argument « Il ne faut pas ressembler au FN », c'est idiot : l'important n'est pas de ressembler ou non à X ou Y, c'est de dire et faire ce qu'il faut. Point !

 
 
 
posté le jeudi 20 septembre 2012

Intervention sur le TSCG, 18 septembre 2012 à Poitiers

 

Après le rejet, en France et aux Pays-Bas, du Traité constitutionnel de 2005 et l'adoption dans la foulée de son clone, le Traité de Lisbonne, on pouvait penser que l'Union européenne avait atteint le fond du trou libéral. Qu'après avoir écarté d'un revers de main l'expression démocratique de ses citoyens pour imposer le libre échange et la libre concurrence, elle ne pouvait tomber plus bas. Erreur : après avoir touché le fond, elle s'est mise à creuser !

 

Ce dont il est question aujourd'hui avec le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), c'est de l'abandon pur et simple du peu qu'il reste de souveraineté populaire dans les Etats membres au profit de Bruxelles.

Pour l'Union européenne, la crise gravissime que la zone euro traverse actuellement n'est pas due à la spéculation des marchés financiers.

Ni au renflouement des banques par les pouvoirs publics.

Ni à l'absence de régulation du commerce international.

Ni à une monnaie unique viscéralement nuisible pour la plupart des Etats, à l'exception de l'Allemagne.

Pas plus qu'à des politiques libérales qui interdisent d'augmenter les recettes en taxant les richesses...

Non, pour l'Union européenne, la crise est due à la mauvaise gestion des Etats.

Des Etats qui dépensent trop en finançant des services publics, des prestations sociales, des hôpitaux ou des enseignements de qualité...

Il faut donc réduire ces dépenses somptuaires, encadrer les déficits et stopper l'endettement.

Pour ce faire, 25 Etats de l'Union européenne, parmi lesquels figurent tous les pays de la zone euro, ont adopté en mars 2012 le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG).

Ce texte n'apporte pas grand chose de nouveau, sur le fond, aux politiques communautaires, mais procède à un renforcement des règles d'orthodoxie budgétaire.

Dans les considérants, il est rappelé que « [les] États membres de l'Union européenne doivent s'abstenir de toute mesure susceptible de mettre en péril la réalisation des objectifs de l'Union dans le cadre de l'union économique ».

Ces objectifs, nous les connaissons très bien.

Il s'agit d'aller toujours plus loin vers le libre échange et la libre concurrence d'une part, et vers la rigueur budgétaire et monétaire d'autre part.

Revenons quelques instants sur ces principes ultralibéraux, ces « règles d'or », que nous subissons déjà depuis plus de trente ans.

Premier principe : la circulation des biens, des services, des capitaux doit être « libre », c'est à dire débarrassée de toute entrave réglementaire, de toute taxation ou limitation par des quotas ; la concurrence entre Etats et à l'intérieur des Etats doit être « non faussée ».

Dès ses premiers pas, la « construction européenne » fut imaginée comme la construction d'un espace de libre échange.

Pourquoi ?

Parce qu'à la sortie de la Seconde guerre mondiale, les Etats-Unis craignent une crise de la surproduction liée à la reconversion de leur industrie de guerre.

Ils doivent donc conquérir de nouveaux marchés, et l'Europe de l'Ouest dévastée par les conflits représente un débouché rêvé.

En faisant de l'Europe de l'Ouest une zone de libre échange ouverte aux produits américains et, bien-sûr, une zone d'influence politique, les Etats-Unis font coup double : ils consolident leur économie et contiennent la progression des idées communistes.

Pour le patronat d'Europe de l'Ouest, c'est une période de rénovation du capitalisme qui s'ouvre avec l'adoption du libre échange et de la libre concurrence.

Les grands dirigeants comprennent assez vite que, grâce au libre échange, il sera encore plus facile de mettre au pas les salariés en invoquant la « contrainte extérieure » puis le risque de délocalisations.

Il sera d'autant plus facile de maintenir des bas salaires, des conditions de travail « flexibles », un taux de chômage élevé, que les salariés craindront la concurrence asiatique ou des pays de l'Est.

Le libre échange est donc une arme redoutable contre les peuples.

Mais le second principe fondateur de l'Europe libérale, le monétarisme, est tout aussi dangereux.

Selon ce principe, il faut supprimer l'intervention de l'Etat en matière de politiques monétaires, et se plier à des règles automatiques.

Notamment, il faut limiter l'inflation (la hausse des prix et des salaires) en limitant la création monétaire.

D'autre part, en maintenant dans la mesure du possible des taux d'intérêt élevés pour les Etats et les entreprises (c'est à dire en rendant l'emprunt coûteux), on oriente les investissements vers des activités rapidement rentables.

Ainsi, on fait le bonheur des détenteurs de capitaux, qui peuvent prêter à des conditions très lucratives et dont la rente n'est pas rognée par l'inflation.

Ces politiques monétaires voulues par les ultralibéraux renforcent l'effet destructeur du libre échange.

L'euro fort pénalise les exportations mais favorise l'achat d'entreprises ou de pièces détachées hors zone euro.

La boucle est bouclée : Renault ou Peugeot pourront d'autant plus facilement acheter des unités de production ou des pièces au Brésil ou en Roumanie que le cours de l'euro est élevé, et les règles de libre échange leur permettront d'écouler sans entrave leur production délocalisée.

La fermeture de PSA ou le saccage de la sous-traitance automobile ont une seule et même cause : les politiques commerciales et monétaires de l'Union européenne.

Un grand coup d'accélérateur a été donné dans le milieu des années 1980.

A partir de 1985, l'horrible Jacques Delors prépare l'Acte unique européen, qui lui vaudra les félicitations des grandes multinationales ou de Margaret Thatcher.

Ce traité organise la Communauté économique européenne, ancêtre de l'Union européenne, autour du libre échange et prévoit l'adoption de centaines de directives de libéralisation et de dérégulation.

L'Acte unique est la source du flot de directives qui nous submerge en permanence et contre lesquelles nous devons lutter au quotidien : directive postale, directive services, directive sur l'énergie, directive ferroviaire, etc.

Un second coup d'accélérateur a lieu en 1992, avec l'adoption du Traité de Maastricht qui prépare la monnaie unique et introduit déjà la rigueur monétaire et budgétaire : les candidats à l'euro doivent respecter des « critères de convergence », parmi lesquels la stabilité des prix (et des salaires), un déficit maximum de 3 % du PIB et un endettement public maximum de 60 % du PIB.

Le TSCG contre lequel nous nous mobilisons aujourd'hui donne un tour de vis supplémentaire.

Ce texte réaffirme l'exigence d'équilibre budgétaire et de maîtrise de la dette.

Mais il va plus loin, en estimant que le déficit structurel d'un Etat (c'est à dire le déficit corrigé des variations de la conjoncture), ne doit pas dépasser 0,5 % de son PIB.

Surtout, il fixe des règles de retour dans le droit chemin libéral et des sanctions automatiques pour les Etats déviants.

En France, ramener le déficit dans la limite autorisée des 0,5 % signifie procéder à 87 milliards d'économies par an.

Ramener l'endettement à 60 % du PIB suppose de « trouver » 26 milliards supplémentaires.

Ce sont donc 113 milliards de dépenses qui doivent être coupées pour satisfaire aux critères de Bruxelles.

On ne parle même pas des saignées correspondantes en Grèce, en Espagne, au Portugal ou en Italie !

Pour atteindre ce niveau délirant d'austérité, un Etat doit présenter un programme de réformes contraignantes à la Commission et au Conseil.

Ses projets d'émission de la dette doivent également obtenir l'aval de Bruxelles.

En cas de non respect, les sanctions sont quasi automatiques : il faudrait en effet qu'une majorité d'Etats signataires (72 % des voix du Conseil) s'y oppose pour que les sanctions financières ne soient pas appliquées.

Et si le pays est sanctionné, la Commission pourra intervenir directement dans l'élaboration du budget d'un Etat pour demander des « réformes structurelles », c'est à dire des politiques de rigueur.

Soyons clair : ce Traité est une arme de destruction massive de la souveraineté populaire et de la démocratie représentative.

Les législateurs passaient déjà le plus clair de leur temps à transcrire des directives européennes ou à mettre le droit national en conformité avec le droit européen.

Avec « l'indépendance » des banques centrales, les élus du peuple s'étaient vus ôter des mains l'outil essentiel des politiques monétaires.

Avec le TSCG, les gouvernements seront directement placés sous la tutelle budgétaire de Bruxelles, elle-même au service des marchés financiers et des multinationales.

Lorsqu'il s'agissait de pays pauvres soumis au diktat du Fonds monétaire international (FMI), les mesures de correction identiques à celles prévues dans le TSCG portaient un nom : des Plans d'ajustement structurels.

Et bien aujourd'hui, c'est la France et les autres pays récalcitrants qui sont soumis à des Plans d'ajustement structurels qui n'avouent pas leur nom.

C'est pourquoi nous devons lancer une mobilisation éclair et massive contre le TSCG.

Les parlementaires doivent rejeter ce texte ou bien le soumettre à référendum, car il serait intolérable qu'une telle régression soit validée sans que les citoyens soient consultés.

Cette mobilisation contre le TSCG sera difficile, mais elle peut être victorieuse, comme le fut en 2005 la campagne pour le « non » au Traité constitutionnel.

Pour autant, stopper le TSCG n'est pas suffisant.

La question européenne est la grande question politique du moment et des années qui viennent.

Or, pour espérer gouverner à gauche, nous devons porter un programme clair et radical de rupture avec l'eurolibéralisme.

Nous devons mettre fin à plus de trente années de soumission

Nous devons être prêts à désobéir à l'Union européenne, c'est à dire à sortir de son carcan juridique qui empêche toute politique de gauche.

Ceci n'est possible qu'en réformant la Constitution, pour restaurer la primauté du droit national sur le droit européen.

Alors, nous pourrons rompre avec le libre échange, les privatisations, la destruction programmée de l'industrie des pays européens au profit des multinationales qui exploitent la main d'oeuvre sous payée des pays émergents.

Mais il faut également rompre avec le monétarisme et l'orthodoxie budgétaire.

Est-ce possible en restant dans la zone euro, sous la coupe de la Banque centrale européenne ?

Je suis persuadé que non.

Nous devons poursuivre le débat sur la monnaie unique, à l'intérieur du Front de gauche et avec la population, car il est tout à fait possible de coopérer, de bâtir de nouvelles solidarités, de poser les bases d'un nouvel internationalisme en retournant à des monnaies nationales et en rendant le pouvoir financier, commercial et monétaire aux Etats.

C'est non seulement possible, mais c'est indispensable.

Aujourd'hui, l'urgence est de faire échec au TSCG, et nous devons y consacrer tous les moyens disponibles, sans hésiter.

Mais demain, en juin 2014, nous aurons à voter pour élire les députés européens.

Nous pouvons faire de ces échéances un véritable référendum contre l'eurolibéralisme, et nous pouvons gagner ce référendum.

Les citoyens y sont prêts.

Un sondage Ifop publié hier dans Le Figaro donne des résultats sans appel.

Les conséquences de la monnaie unique sont jugées « nettement négatives sur la compétitivité de l'économie française » par 61 % des sondés.

63 % pensent que l'euro est mauvais pour l'emploi et 89 % qu'il provoque une hausse des prix.

60 % rejettent une intégration européenne renforcée avec une politique économique et budgétaire unique.

Enfin, si le référendum sur Maastricht avait lieu à nouveau, 64 % des personnes interrogées voteraient « non ».

Les Français sont donc bien moins aveugles que leurs dirigeants !

Si nous ne voulons pas laisser au Front national le bénéfice de cette situation, nous devons présenter aux électeurs un véritable projet de rupture avec l'eurolibéralisme, avec le libre échange, avec l'orthodoxie monétaire.

Alors, nous ne serons plus seulement sur la défensive.

Nous ne serons plus cantonnés dans l'opposition à des politiques toujours plus libérales, pour éviter que les derniers vestiges de nos acquis sociaux, ceux du Conseil national de la Résistance, soient définitivement balayés.

Nous pourrons enfin reprendre notre destin en main et avancer vers ce qui nous réunit : la sortie du capitalisme et la mise en place d'un socialisme du XXIè siècle.

 

 


Commentaires

 

1. centre d'appel  le 18-10-2012 à 09:28:53  (site)

Je souscrit à votre ligne de pensée !
Manon

 
 
 
posté le lundi 17 septembre 2012

Les échos : L'écologie instrumentalisée

Edition du 4 septembre 

 

« Comment la mondialisation a tué l'écologie. Les politiques environnementales piégées par le libre-échange », Aurélien Bernier, Editions Mille et Une Nuits, 353 pages, 19,50 euros. Livre à lire avant l'organisation par le gouvernement d'une conférence environnementale, retour sur les engagements pris et ce qu'ils sont devenus.

 

Le propos. Lorsqu'elle a émergé dans le débat politique, dans les années 1970, l'écologie semblait en mesure de porter de grands espoirs. Depuis plus de quarante ans, face aux maux de la Terre, aucun des grands de ce monde n'aura laissé entendre le moindre message de résignation, si ce n'est outre-Atlantique. De sommets mondiaux en débats nationaux, que ce soit sur le climat, la biodiversité ou l'efficacité énergétique, la cause de l'écologie politique aurait dû progresser. Las, elle a capitulé. Les gouvernements, en France comme ailleurs, se sont toujours rendus, sans oser le dire, à la raison économique. La prise de conscience environnementale, dont beaucoup d'entre eux se prévalent, est une « imposture ». Aucune mesure de protection de l'environnement -c'est la démonstration que s'emploie à faire l'auteur de cet ouvrage à charge -n'a réellement porté atteinte à la mondialisation accélérée des échanges, lourde de conséquences sociales et écologiques.

 

L'auteur. Aurélien Barnier est un militant dans l'âme de la cause écologique, en tant qu'ancien membre d'Attac, mais aussi comme actuel adhérent de l'association M'Pep (Mouvement politique d'éducation populaire). L'ex-chargé de mission de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), compte à son actif trois autres ouvrages très critiques.

 

L'intérêt. A dix jours de l'organisation par le gouvernement d'une conférence environnementale, destinée à marquer l'entrée de la France dans l'ère de la « transition écologique », la lecture de cet ouvrage se révèle instructive. Elle rappelle les engagements qui ont pu être pris lors de manifestations analogues... Et ce qu'il en est advenu.

 

JOEL COSSARDEAUX

 


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