Démondialiser et coopérer

Blog d'Aurélien BERNIER

posté le lundi 17 septembre 2012

Le Monde : L'écologie derrière ses frontières

 

Edition du 7 septembre

 

 

Le mouvement écologique va mal. Comment l'expliquer, alors que la dégradation constante de l'environnement mondial est de plus en plus perceptible et inquiétante ? Aurélien Bernier apporte un diagnostic qui mérite d'être sérieusement analysé.

 

Cet auteur a publié en 2008 Le Climat, otage de la finance (éd. Mille et une nuits), une analyse critique du marché du carbone, dont l'évolution de celui-ci a depuis confirmé la pertinence. Dans Comment la mondialisation a tué l'écologie, il revient aux racines intellectuelles de l'écologie pour expliquer pourquoi, selon lui, elle a abouti à la présente impuissance. Il rappelle ainsi l'importance d'un penseur aujourd'hui presque oublié, Barry Commoner, qui avait développé, dans L'Encerclement (1971), une analyse politique de la crise écologique, en montrant le rôle de la recherche du profit et des firmes multinationales. Cette approche s'opposait à celle d'un autre écologiste (toujours vivant), Paul Ehrlich, qui insistait sur la "menace démographique" et "la surpopulation" - une façon, observe Bernier, de dépolitiser la question écologique en évacuant le problème de la répartition des richesses, que Commoner mettait en avant.


Le mouvement écologique a plutôt suivi la voie ouverte par Ehrlich que celle de Commoner, assure Bernier. Aux Etats-Unis et en Europe, les valeurs écologistes cultivaient "l'individualisme, un certain communautarisme, des références à la spiritualité et à la morale en lieu et place de perspectives politiques. De même, l'hostilité à l'Etat s'est traduite par une préférence pour le fédéralisme, les instances locales, mais aussi le mondialisme", "qui vise le remplacement de l'Etat par des structures supranationales".


Ce faisant, juge Bernier, "les écologistes [ont fait] l'erreur de ne pas voir ce qui se [profilait] déjà dans les années 1960 et 1970 et que l'on appellera plus tard mondialisation". Pour l'auteur, qui s'affiche clairement hostile au capitalisme, la "diatribe anti-Etat" des écologistes est entrée "en résonance avec celle des néolibéraux qui organisent la mondialisation".


L'intérêt des entreprises d'abord


Dans les instances internationales, l'écologie a été progressivement pliée aux desiderata des entreprises et des partisans d'un marché mondial le plus libre possible. Une évolution néfaste, rappelle Bernier, puisque de nombreuses études montrent que l'expansion du commerce mondial a entraîné une forte croissance des émissions de gaz à effet de serre.


Au fond, selon l'auteur, l'écologie ne peut retrouver de la force et peser que si elle s'affiche nettement protectionniste, seul moyen d'échapper à la contrainte du profit à court terme et de développer des politiques écologiques souveraines.


Le livre pèche parfois par des analyses trop abruptes ou des affirmations contestables. En revanche, il s'appuie de manière convaincante sur des textes oubliés ou négligés. Son analyse provocante devrait être discutée par les écologistes - du moins ceux qui ne croient pas aux vertus magiques du marché.

 

 

Hervé Kempf (Le livre du jour)

 

Ancien membre d'Attac, Aurélien Bernier a travaillé dix ans pour l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). Il collabore au "Monde diplomatique".

 


Commentaires

 
 
 
posté le lundi 27 août 2012

Intervention aux Estivales du Front de gauche 2012

 

 

 

Je souhaiterais commencer cette courte intervention par une citation dont vous pouvez essayer de trouver vous-mêmes l'auteur. Mais je vous préviens que ce jeu n'est pas facile. La voici.

 

« L'industrialisation "sauvage" qui accumule les nuisances, l'urbanisation hors d'échelle qui disloque les communautés, ne répondent plus aux aspirations et aux nécessités du temps présent. Le moment est venu de définir une nouvelle croissance. » [...]

 

« J'insiste, en effet, depuis plusieurs années, et dans diverses circonstances, sur la nécessité d'une croissance différente, plus humaine et plus économe. Cette nouvelle croissance n'est pas seulement un concept, un sujet de réflexion ou de rêve, elle peut se dessiner concrètement. En matiere d'environnement, elle signifie d'abord une "croissance zéro" de la pollution. » [...]


« Aux indices économiques traditionnels qui mesurent exclusivement l'expansion de la production marchande, il conviendra d'ajouter d'autres critères qui traduisent aussi les changements du cadre de vie et qui ne sont a l'heure actuelle recensés dans aucun de nos éléments statistiques. Dans le monde de demain, l'augmentation des espaces verts publics, la plus grande pureté de l'air et de l'eau, le recul des accidents du travail ou de la route devront être des signes mesurables et mesurés de progrès. »


Ce texte n'est pas extrait d'un article du Sarkophage, le journal de Paul Ariès, ni du dernier numéro du mensuel Fakir qui comporte un très bon dossier sur la décroissance.


Il ne provient pas non plus du livret du Front de gauche sur la planification écologique.


Non, il date du 29 octobre 1975 et fut prononcé par le Président de la République française Valéry Giscard d'Estaing.


Ceci montre à quel point la récupération de l'écologie par les classes dirigeantes n'est pas une chose nouvelle.



Je rappelle dans mon livre que bien d'autres s'y sont essayés avec plus ou moins de succès : Georges Pompidou, Margaret Thatcher (qui devint à la fin des années 1980 une grande prêtresse du trou dans la couche d'ozone et du changement climatique), Jacques Chirac au Sommet de la Terre de Johannesburg (« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ») et bien-sûr le président déchu Nicolas Sarkozy avec son Grenelle de l'environnement.


Ce mouvement de récupération date précisément de 1970 et débute aux Etats-Unis.


Le 22 avril de cette année, la première Journée de la Terre réunit plus de 20 millions de citoyens autour d'initiatives diverses : manifestations, conférences, colloques, fêtes.


Durant la préparation de cet événement, certaines multinationales comprennent qu'il se joue là quelque chose d'important.


Elles décident de changer de stratégie : alors qu'elles niaient l'existence des problèmes écologiques dans les années 1950 et 1960, elle choisissent de rejoindre le mouvement et de s'autodéclarer acteurs de la protection de l'environnement.


C'est le cas de Monsanto, Ford ou Dow Chemical, qui montent leurs propres événements pour cette Journée de la Terre.


Il s'agit certes d'une première manoeuvre grossière.


Mais la récupération de l'écologie se poursuit d'une façon bien plus insidieuse et dangereuse.


Les grandes puissances économiques comprennent que la question environnementale risque de contrarier leur projet du moment : instaurer un système de libre échange le plus large possible au sein du monde non-communiste, avec une libre circulation des marchandises, des services et des capitaux.


C'est ce que l'on nommera plus tard la mondialisation, qui commence à s'organiser effectivement dès le milieu des années 1960 aux Etats-Unis et dans les années 1970 en Europe.


Pourquoi le libre échange est-il si important ?


Premièrement parce qu'il ouvre de nouveaux marchés et permet de poursuivre l'expansion du capitalisme tout en limitant les risques de surproduction.


Deuxièmement, parce qu'il permet de s'approvisionner en matières premières et en main d'oeuvre à bas prix dans les pays du Sud dans une logique tout à fait néocoloniale.


Troisièmement, parce qu'il met en concurrence, grâce au chantage aux délocalisations et aux fuites de capitaux, les régimes sociaux, les normes, les fiscalités du Nord avec ceux du Sud.


Grâce à un puissant lobbying, les multinationales occidentales et les dirigeants politiques qui les soutiennent obtiennent que le libre échange soit sanctuarisé.


Dès le premier Sommet de la Terre, qui se tient en 1972 à Rio, la messe est dite : la déclaration finale stipule que « tous les pays […] acceptent de ne pas invoquer leur souci de protéger l’environnement comme prétexte pour appliquer une politique discriminatoire ou réduire l’accès à leur marché. »


La suite de l'histoire est mieux connue.


Au début des années 1980, après le tournant ultralibéral « Reagan, Thatcher, Kohl, Delors », l'environnement disparaît des agendas politiques.


L'heure est au démantèlement de la souveraineté populaire, à la dérégulation, au libre échange débridé.


Il y revient en 1987, avec le fameux Rapport Brundtland, qui consacre la notion de « développement durable ».


Dès le départ, ce développement durable est en fait l'adaptation des politiques environnementales au tournant ultralibéral : on y affirme le besoin de croissance économique et de croissance du commerce international (donc de libre échange), on y appelle aux coopérations public-privé, on place l'individu au centre de la responsabilité environnementale en dédouanant les entreprises.


Une anecdote au passage : qui se souvient que la rédactrice du rapport sur le développement durable, Madame Brundtland, ancienne Premier ministre de Norvège, a négocié avec Jacques Delors pour que les conditions du grand marché européen de l'Acte unique s'appliquent aussi en Norvège, alors que le peuple avait dit « non », par référendum, à l'entrée dans l'Union européenne ?


Sociale-démocrate et libre-échangiste convaincue, Madame Brundtland ne pouvait pas imaginer de solution à la crise ailleurs que dans le cadre étroit des marchés et de la libre concurrence.


Ce développement durable restera au coeur des discours des Etats et des firmes multinationales durant une quinzaine d'années.


Puis, au début des années 2000, avec la crise climatique, mais surtout avec l'augmentation du prix des énergies fossiles, nous entrons dans une nouvelle ère : celle du capitalisme « vert ».


La planète est suffisamment dégradée pour que certaines technologies dites « propres » deviennent rentables, et les grandes multinationales se jettent sur ce créneau porteur, grassement subventionné par les collectivités.


On invente même un marché des droits à polluer, qui ouvre un nouveau créneau spéculatif, avec des « fonds carbone », des produits dérivés et structurés... de quoi reproduire dans quelques temps la crise des subprimes de septembre 2008.


Évidemment, tout cela entraîne des contestations, mais de natures très diverses.


La dénonciation du « capitalisme vert » se pratique aussi bien au Front de gauche que chez Europe Ecologie, et même au Parti socialiste, car elle n'engage pas à grand chose.


Le Front de gauche et Europe Ecologie partagent aussi la volonté de sortir du productivisme, qu'il faut bien comprendre comme étant le fait d'organiser la société autour d'un objectif d'augmentation de la production, et non de satisfaction des besoins sociaux.


Mais un sérieux problème se pose dès que l'on aborde le coeur du sujet, à savoir le capitalisme et sa stratégie d'expansion actuelle, le libre échange.


Certains écologistes, aveuglés par leur haine de l'État et leur culture libérale-libertaire, n'ont pas compris ce qu'était vraiment la mondialisation.


Sa pire conséquence n'est pas de déplacer la pollution et l'exploitation des travailleurs dans les pays du Sud, ce qui est déjà insupportable en soi, mais bien d'empêcher la mise en place de toute réglementation sociale ou environnementale contraignante pour le patronat, y compris au Nord.


L'ennemi numéro un, c'est donc le libre échange, car c'est lui qui nous empêcherait, par le chantage aux délocalisations et à la fuite de capitaux, de mettre en oeuvre tout le reste de notre programme.


C'est pour cette raison que l'écologie n'est pas un projet politique.


Il existe en effet une écologie compatible avec le marché ; celle du capitalisme vert, qui lui, est un projet politique, ou celle de la sociale-démocratie.


Et il existe « notre » écologie, que l'on peut qualifier de « radicale » ou d'écosocialiste, peu importe, qui est un tout autre projet politique.


Ce qui me paraît extrêmement intéressant, c'est de constater que l'Histoire nous fournit un cadre pour cette écologie radicale, d'autant plus pertinent qu'il a été élaboré par des représentants de pays du Sud.


En octobre 1974, des intellectuels sont réunis sous l'égide de l'ONU dans la ville mexicaine de Cocoyoc pour débattre de « L'utilisation des ressources, de l'environnement et des stratégies de développement ».


Plusieurs pays non alignés, mais qui mettent en oeuvre des politiques socialistes (Sri Lanka, Mexique, Tanzanie...) sont représentés.


A l'issue de leurs échanges, les experts publient une déclaration qui dénonce fermement un ordre économique international basé sur l'exploitation des pays du Sud et qui est le premier responsable de la dégradation de l'environnement.


Ils proposent une marche à suivre pour les pays qui veulent s'en émanciper, basée sur quatre grandes idées :


  • Premièrement, la souveraineté nationale. Les Etats doivent récupérer la pleine maîtrise de leurs ressources naturelles. Ils doivent s'allier, en suivant l'exemple des pays producteurs de pétrole (OPEP), pour réguler la production et négocier des prix de vente décents. Une Nation doit pouvoir être autonome, un mot qui revient en permanence dans la déclaration.

     

  • Deuxièmement, la souveraineté populaire, qui est la souveraineté nationale exercée dans un cadre démocratique, dans l'intérêt des peuples et non d'une classe dirigeante. Aucune confusion possible avec un repli sur les frontières nationales pour préserver les intérêts capitalistes.

     

  • Troisièmement, la rupture avec l'ordre économique mondial, c'est à dire (même si ces mots ne figurent pas dans la déclaration pour des raisons diplomatiques) la sortie du capitalisme et du libre échange.

     

  • Quatrièmement, l'internationalisme, c'est à dire la coopération entre Etats ayant retrouvé leur souveraineté nationale et populaire, notamment pour gérer ensemble les ressources naturelles et répondre aux problèmes environnementaux.


Cette déclaration de Cocoyoc, qui est le premier texte officiel que l'on peut qualifier d'écosocialiste, est à mes yeux le texte le plus important de l'histoire de l'écologie politique.


Pourtant, il ne figure nulle part, ni sur le site des Nations unies, ni dans la littérature très abondante sur l'écologie politique (à part dans mon dernier livre !).


Or, ce que nous disaient les pays du Sud il y a près de quarante ans est primordial pour notre combat actuel, en 2012.


Appliquer aujourd'hui les principes de la déclaration de Cocoyoc signifierait sortir de l'Organisation mondiale du commerce, désobéir à l'Union européenne, mettre en place un protectionnisme écologique et social, restaurer la souveraineté monétaire, contrôler les mouvements de capitaux...


Finalement, les intellectuels de Cocoyoc avaient inventé dès 1974 un concept qui trouverait son nom bien plus tard : la démondialisation.

 


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posté le vendredi 17 août 2012

Pourquoi je ne partage plus les options stratégiques du M'PEP

Depuis sa création en mai 2008, le M'PEP a l'ambition de participer à le reconstruction d'une grande force de gauche capable de dépasser le Parti socialiste et de mettre en oeuvre un socialisme du XXIè siècle. Lors de la création du Front de gauche, en novembre 2008, le M'PEP a manifesté son souhait d'intégrer ce rassemblement, à condition que ses positions (sur l'Union européenne et le protectionnisme internationaliste notamment) puissent être exprimées librement. Même si les dirigeants nationaux du Parti communiste français et du Parti de gauche n'ont jamais répondu favorablement, l'intégration au Front de gauche est longtemps restée un objectif du M'PEP. Lors du Congrès des 28, 29 et 30 janvier 2011, le M'PEP adoptait une résolution dans la perspective des élections de 2012. Elle actait un soutien critique à la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l'élection présidentielle et aux candidats du Front de gauche aux élections législatives, et annonçait des candidatures du M'PEP dans trois circonscriptions où le Front national était en position de force et où le Front de gauche avait peu de chances de faire un bon score.

 

Au lendemain des élections présidentielles, cet équilibre fragile vole en éclat avec l'annonce de la candidature de Jean-Luc Mélenchon sur la circonscription d'Hénin-Beaumont, où Michèle Dessenne était candidate déclarée pour le M'PEP.

 

Le 12 juin 2012, Jacques Nikonoff, porte-parole du mouvement, appelle à titre personnel à voter pour Nicolas Dupont-Aignan au second tour des législatives. Dans sa chronique, il estime qu'« on ne pourra pas compter sur le PS et le Front de gauche pour s’opposer au fédéralisme européen » et que « c’est à la construction d’un nouveau Conseil national de la Résistance qu’il faudrait œuvrer, rassemblant des communistes et des socialistes qui souhaitent recouvrer notre souveraineté nationale, des gaullistes, des républicains et démocrates, des syndicalistes, pour mettre en œuvre un programme de démondialisation. »

 

Les 23 et 24 juin 2012, le Conseil national du M'PEP adopte une résolution qui vise la prise de « contacts exploratoires » dans la double perspective de la constitution du « nouveau CNR » et de la création d'une alliance électorale pour les européennes de 2014 afin de transformer cette échéance en référendum pour la sortie de l'Union européenne et de l'euro.

 

Le 28 juin, avec l'accord du Conseil national, Jacques Nikonoff intervient dans une conférence de presse organisée par Nicolas Dupont-Aignan.

 

Enfin, le 31 juillet 2012, le M'PEP adopte un texte intitulé « Analyse des résultats du Front de gauche ». On peut y lire notamment : « Pour battre le FN il faut des partis politiques organisés sur le terrain, au plus près de la population, qui mènent à la fois le combat idéologique et qui agissent pour la défense des intérêts quotidiens, collectifs et individuels de la population. Le Front de gauche n’est pas apte à mener ce combat, c’est le rôle d’un parti communiste comme il en existait un des années 50 aux années 70. » La conclusion du texte est que : « Tout l’enjeu des mois et des années à venir se résume à la question de la souveraineté nationale. Il serait cependant stérile d’attendre qu’une telle évolution se produise d’elle-même, ou même de l’encourager seulement par la stimulation du débat interne aux organisations membres du Front de gauche.[...] Le moment est donc venu pour ceux qui se reconnaissent dans ce courant de s’organiser. Et de rassembler les forces qui voudront s’engager sur cette ligne politique, articulée au Front de gauche et sans rupture avec lui. Mais à l’extérieur du Front de gauche, de manière libre et totalement autonome à son égard. »

 

Ce changement d'orientation, qui doit encore être confirmé par un Congrès programmé début 2013, m'amène à réagir.

 

Sur le rapport au Front de gauche :

Le Front de gauche a bien des défauts, et nombre de critiques que lui adresse le M'PEP sont justifiées. Ses positions encore trop timides sur les questions européennes en général et son erreur d'analyse et de stratégie sur l'euro en particulier l'ont empêché de réaliser un meilleur score aux élections de 2012 en mobilisant plus largement les abstentionnistes. Néanmoins, je pense qu'il est possible de faire changer cette ligne en faisant changer les militants d'opinion. Or, la création d'un rassemblement électoral «  totalement autonome » et concurrent du Front de gauche marquera sans doute la fin du dialogue possible entre les organisations du Front de gauche et le M'PEP. Ce dialogue, refusé par les dirigeants nationaux du PCF et du PG, existait souvent au niveau local et pouvait, à mon sens, porter ses fruits. Dire que le Front de gauche est acquis au « fédéralisme européen » me semble faux, comme il serait faux de croire que la question du protectionnisme continuera forcément à être sous-estimée.

 

Sur le « nouveau CNR » :

J'admets que, sur bien des points, Nicolas Dupont-Aignan est plus courageux et même plus « à gauche » que certains dirigeants socialistes. J'admets également que la situation politique nécessiterait de dépasser les clivages traditionnels et que l'exemple du CNR est, à ce titre, intéressant. Néanmoins, il ne faut pas mettre la charrue avant les boeufs. Si des actions communes pourraient et devraient réunir des mouvements de gauche radicale comme le M'PEP et des mouvements républicains qui ne se reconnaissent pas dans « la gauche », ce n'est pas un soutien électoral lancé entre les deux tours d'une élection législative qui peut constituer un signal favorable. Il faut d'abord convaincre la gauche radicale que rien n'est possible sans reconstruction de la souveraineté populaire à un niveau national. Lorsque ce combat sera gagné, et que le Parti socialiste apparaîtra enfin, aux yeux de la gauche radicale, comme l'un des fossoyeurs de cette souveraineté populaire, de nouvelles alliances pourront peut-être s'envisager. Mais à l'heure actuelle, je ne pense pas que la concurrence électorale avec le Front de gauche, qui plus est dans un « nouveau CNR » qui intègre des formations de droite, puisse profiter au M'PEP et aux idées qu'il défend.

 

Je me trouve donc en désaccord avec la stratégie dans laquelle s'engage le M'PEP. Ce désaccord, qui n'enlève rien à mon attachement aux positions de fond portées par le mouvement, ni aux erreurs commises par le Front de gauche, m'oblige à revoir ma position au sein du M'PEP. J'ai décidé de quitter le bureau exécutif et ma fonction de correspondant local, et je ne m'exprimerai plus publiquement, par écrit ou par oral, au nom du mouvement. Je reste adhérent et je continuerai à défendre ma position au sein du Conseil national, en espérant sincèrement que les relations entre le M'PEP et le Front de gauche connaîtront des jours meilleurs. D'ici là, j'essaierai de contribuer au débat de fond au sein de la gauche radicale pour faire gagner les idées qui sont les miennes : la sortie du libre-échange, du productivisme, de l'ordre juridique européen et de l'euro.

 

Aurélien Bernier

16 août 2012


 


Commentaires

 

1. Michel Lepesant  le 28-08-2012 à 14:32:17  (site)

Bonjour Aurélien

je reviens des (F)Estives de l'objection de croissance qui avaient lieu cette année en Belgique : "Ecologie radicale", anti-productivisme et décroissance (comme nom politique de la transition d'une société de croissance à une société d'a-croissance) me semblent des horizons bien plus prometteurs que de devoir hésiter entre la grippe et l'angine.
En lisant ton texte, on ne peut s'empêcher de se demander comme un anti-productiviste de gauche comme toi en arrive à appartenir à une formation qui oscille entre :
- un regroupement certes à gauche mais avec des productivistes.
- un regroupement certes dénonçant la mondialisation mais avec des politiques de droite.

Amitiés
Michel

 
 
 
posté le vendredi 20 juillet 2012

La Décroissance : écologie recyclée

 

Aurélien Bernier est membre du M'PEP, Mouvement politique d'éducation populaire, proche du Parti communiste. C'est d'ici qu'il nous livre un ouvrage très complet et sérieux d'histoire contemporaine de l'écologie politique : Comment la mondialisation a tué l'écologie. La partie consacrée au Club de Rome sera d'ailleurs particulièrement intéressante et éclairante pour les objecteurs de croissance. L'auteur montre comment l'écologie politique a été digérée par le capitalisme pour devenir un "facteur de croissance" sous le vocable de "développement durable". La responsabilité en revient à nombre d'écologistes eux-mêmes, traversés par l'idéologie du libéral-libertarisme, et qui ont été des plus fervents détracteurs de l'Etat-nation au profit du mondialisme, "qui se traduit par un européisme béat" et le refus de remettre en cause le libre-échangisme. "S'il ne suffit pas d'être anticapitaliste pour être écologiste, ceux qui affirment pouvoir protéger les écosystèmes sans sortir du capitalisme sont des menteurs ou des naïfs." Nous sommes bien d'accord.

 

B.C.

 

La Décroissance - Juillet-août 2012.

 


Commentaires

 

1. lucie47  le 30-07-2012 à 08:46:38

C'est seulement une démonstration où apporte-t-il des suggestions de solutions ?

2. sasha56  le 31-08-2012 à 11:01:35

"La Décroissance : écologie recyclée", moi pas comprendre...

3. Manso  le 31-08-2012 à 13:49:29  (site)

Pour vous paraphraser : "ceux qui affirment pouvoir protéger les écosystèmes sans stopper l'explosion démographique sont des menteurs ou des naïfs".

 
 
 
posté le vendredi 20 juillet 2012

Télérama

 

« Le moment est venu de définir une nouvelle croissance [...] plus humaine et plus économe [...] En matière d'environnement, elle signifie d'abord une "croissance zéro" de la pollution [...] Aux indices économiques traditionnels qui mesurent exclusivement l'expansion de la production marchande, il conviendra d'ajouter d'autres critères qui traduisent aussi les changements du cadre de vie... » Ces lignes aux envolées vertes et décroissantes datent de 1975 et ont été prononcées par... Giscard d'Estaing. L'auteur les exhume - entre autres exemples tirés chez Pompidou ou Thatcher - et rappelle comment depuis quarante ans l'écologie est intégrée dans les discours officiels pour être mieux édulcorée. Il démontre efficacement les impasses de « la croissance verte » tant « la crise environnementale menace le capitalisme » et ses trois grandes variables, la croissance économique, le productivisme et le libre-échange. — Weronika Zarachowicz

 

Ed. Fayard/Mille et une nuits, 354 p., 19,50 €.

 

Le 21/07/2012
Weronika Zarachowicz - Telerama n° 3262

 


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