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Titre du blog : Démondialiser et coopérer
Auteur : abernier
Date de création : 28-11-2007
 
posté le 14-04-2014 à 17:09:43

L’Europe repeinte en vert des écologistes

 

Extrait de Désobéissons à l'Union européenne ! (2014) -  Chez les écologistes, c’est un européisme béat qui continue d’irriguer les positions politiques officielles, en dépit de fortes divergences. Lors de leur référendum interne de février 2005, les Verts avaient voté à 52 % pour le soutien au Traité constitutionnel et à 42 % contre. Après avoir perdu le scrutin national, ils publient un communiqué qui rappelle que « les Verts s’étaient prononcés majoritairement pour le Oui, car ils voyaient dans cette Constitution un certain nombre d’avancées sur lesquelles s’appuyer pour la construction d’une Europe politique plus fédérale et plus démocratique1. » Ils voient dans la victoire du Non « le fait que le Traité est apparu comme une réponse insuffisante à la marchandisation mondialisée et son corollaire de dégâts environnementaux et sociaux » et « un profond rejet des politiques menées par la droite qui a continué sa politique de casse sociale2. »

 

 

Les rédacteurs de ce communiqué n’ont donc pas lu le Traité constitutionnel, ni les précédents, ni même les directives et règlements européens. S’ils l’avaient fait, ils constateraient que l’ultralibéralisme est inscrit à tous les niveaux de la construction européenne et qu’il n’y aura pas plus d’Europe écologique que d’Europe sociale dans l’actuelle Union.

 

 

D’une manière générale, les Verts (et bien d’autres écologistes) se sont fait prendre au piège d’un grand numéro d’illusionniste sur la question environnementale. Ils croient encore que l’Union européenne a fait avancer la protection de l’environnement en contraignant certains États membres à prendre des mesures de protection des écosystèmes. Mais cette analyse ne tient pas une seconde ! Premièrement, les directives ou les règlements en question ne visaient que des mesures très peu politiques, ne touchant jamais aux intérêts des grandes multinationales. Les textes de référence cités par les écologistes pour expliquer que « l’Europe » va dans le bon sens sont les textes sur la chasse, sur les zones protégées, sur le traitement des animaux... ou bien des déclarations d’intention qui n’aboutissent à aucun réel progrès, comme le « Paquet énergie climat » censé développer les énergies renouvelables, économiser l’énergie et réduire les gaz à effet de serre. Sur toutes les questions stratégiques, comme l’agriculture, l’industrie, le commerce international, l’Union européenne pratique le productivisme, le libre échange et obéit aux lobbies3. Mais, comme le Parti socialiste, les Verts ont sur la construction européenne des réactions irrationnelles et privilégient la construction de l’outil à son usage.

 

 

Avec l’ouverture au centre-droit impulsée par Daniel Cohn-Bendit dans le cadre du rassemblement Europe-Écologie, devenu Europe-Écologie-Les Verts (EELV), cette schizophrénie s’est aggravée. Le programme pour les élections européennes du 7 juin 2009, « Le contrat écologiste pour l’Europe », proclame dès la première page que « la crise économique met dramatiquement en lumière les insuffisances de l’Europe des nations. Chaque État membre de l’Union européenne pare au plus pressé en élaborant des petits plans de relance maison et se privant ainsi de l’impact et de la cohérence d’un investissement massif et coordonné. Nous ne pouvons plus penser franco-français. Que nous ayons voté oui ou non au référendum de 2005, nous avons tous besoin d’une Europe unie, seul espace à la hauteur des défis, seul outil efficace pour mettre en œuvre une stratégie commune de sortie de crise fondée sur la conversion écologique et sociale. »

Le respect de la souveraineté populaire, qui n’existe aujourd’hui qu’au niveau national, consisterait donc à « penser franco-français ». Si l’Union européenne ne parvient pas à sortir de la crise, ce serait à cause de l’égoïsme des nations, et pas de l’ultralibéralisme des traités et des directives. On croit rêver... Le programme propose « une nouvelle directive européenne sur la réduction du temps de travail sans perte de salaire », « une PAC écologique », « l’Union européenne, zone sans OGM », « un moratoire sur toute nouvelle libéralisation », « une clause de non-régression sociale », etc. Autant de bonnes proposition, mais qui font de ce contrat un programme « hors-sol », tout comme il existe une agriculture « hors-sol ». En effet, pour les mettre en pratique, il faudrait renverser la Commission européenne, qui a seule l’initiative des actes législatifs, dénoncer nombre d’accords internationaux, à commencer par ceux de libre échange, ré-écrire du début à la fin le traité, ré-écrire la quasi-totalité des directives et des règlements ou encore mettre fin aux politiques monétaires et budgétaires issues de Maastricht.

 

 

Pourtant, cette relation irrationnelle aux questions européennes s'explique : elle est liée aux fondements mêmes de l'écologie politique, lorsque les premiers penseurs de ce courant croyaient devoir se battre contre l’État et la nation4. Un ouvrage de Catherine Decouan, journaliste écologiste, publié à la veille des premières élections du Parlement européen au suffrage universel, en 1979, illustre parfaitement cette logique. « De toutes les dimensions politiques, la dimension nationale est incontestablement la plus controversée par la pensée écologiste. La nation est en effet la création la plus artificielle qui puisse s'imaginer. C'est un territoire qui a été inventé de toutes pièces par des légistes, borné autoritairement par des frontières et constitué en vue de la guerre. [...] Cette analyse est partagée depuis longtemps par les écologistes et les régionalistes, qui préfèrent voir les États-nations se fédéraliser de l'intérieur et se fédérer à l'extérieur », écrit-elle, ajoutant que « Dans la pratique, les écologistes ignorent les frontières, parce que les problèmes qui les préoccupent les ignorent aussi. »5 Toujours accrochés à cette vision en dépit des ravages de la mondialisation, les écologistes défendent avec ferveur une Europe fédérale. En 2012, ils osaient même affirmer : « L’Europe est notre réponse à la mondialisation »6. Comme le Parti socialiste, ils proposaient leur pacte, baptisé « Pacte écologique et solidaire ». Au moins, le programme écologiste, à la différence du programme socialiste, précisait que ce pacte « remplacera le pacte de stabilité et de croissance et les critères de Maastricht ». Mais bien-sûr, Europe-Écologie-Les Verts ne dit pas par quel phénomène magique cette proposition viendrait à être acceptée par les dirigeants des vingt-huit États membres.

 

 

Compte tenu de l’extrême importance des questions environnementales, il est urgent de désenvoûter les écologistes de gauche pour qu’ils cessent de rêver la construction européenne telle qu’ils l’imaginent et qu’ils la voient enfin telle qu’elle est. Il s’agit d’un enjeu majeur pour construire une grande force de gauche radicale capable de devenir majoritaire, qui ne peut se priver du courant écologiste.

 

 

Pour lire l'intégralité du livre : http://abernier.vefblog.net/30.html#Desobeissons_a_lUnion_europeenne_en_version_actual

 

 

 

1La partie III du projet de traité constitutionnel, qui traite des « politiques et du fonctionnement de l’Union », reprenait, pour les constitutionnaliser, une grande partie des dispositions des traités antérieurs.

2Les Verts, « Après le refus de la ratification du Traité constitutionnel européen », communication du Collège exécutif du 31 mai 2005.

3Aurélien Bernier, « Imposture écologique », in En finir avec l'eurolibéralisme, sous la direction de Bernard Cassen, Mille et une nuits, 2008.

4Aurélien Bernier, Comment la mondialisation a tué l'écologie, Mille et une nuits, 2012.

5Catherine Decouan, La dimension écologique de l'Europe, Éditions Entente, 1979.

6Europe écologie – Les Verts, Vivre mieux. Vers une société écologique., Les petits matins, 2012.